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Les gars de « l’usine »
« Il était une fois »…Non, surtout pas. Reprendre l’incontournable entrée de contes à endormir les enfants de générations d’avant le petit écran, le portable, internet et les SMS, tirerait un rideau en trompe-l’œil sur une époque sinistrée habitée d’illusionnistes qui essaient de faire prendre les cauchemars des fermetures d’entreprises en cascade pour des défilés d’éléphants roses.
Qui peut encore croire au « tout est au mieux dans le meilleur des mondes » ? Plus grand monde à Fumel, Monsempron-Libos, et dans le bassin de la vallée du Lot et des ruisseaux annexes dont les ressources en minerai d’une qualité exceptionnelle stimulaient les énergies dès le quinzième siècle avec l’émergence des premiers fondeurs.
Six cents ans après les premières étincelles, les braises d’un ultime retour de flamme étouffent sous une cendre de feu de paille. Qui n’a pas connu la longue ligne droite qui relie Fumel à Libos surpeuplée aux heures d’embauche et de sortie, ne s’est pas diverti de l’activité bavarde et polyglotte des ménagères aux fenêtres, aurait du mal à imaginer l’euphorie d’une époque bénie.
Alors que le silence s’étend sur l’avenue et que les corons lui faisant cortège ont été rasés, le simple récit de cet âge d’or paraît émarger à la fiction. Pourtant, des décennies durant le ronflement réconfortant et le rayonnement du rougeoiement des hauts fourneaux symboles de prospérité pour les enfants du pays et phares érigés vers un ciel qui éclairait un coin de terre ouvert à l’immigration ont bercé un brassage permanent de populations mêlées.
Polonais, Russes, Slaves de tous pays, Espagnols, Italiens, Portugais et, plus tard, Maghrébins, ils se sont fondus dans le Fumélois, au coude à coude des gens du terroir pour écrire ensemble leur histoire. L’histoire des gars de l’usine. Et leurs enfants ont avancé sur leurs traces pour ajouter de nouveaux chapitres.
Pendant près d’un siècle, quand presque personne ne s’inquiétait des lendemains, qu’il y avait de l’ouvrage pour tous sans distinction de nationalités, les différences de langue, de culture et de religion se sont coulées sans heurts dans le creuset de la PAM. À l’image des mineurs de fond du nord du pays, ils n’étaient pas d’ici ou d’ailleurs, mais de « l’usine ». Et fiers d’en être.
Du Moulin de Fer de Libos à l’âge d’or de Pont-à-Mousson en passant notamment par la Société Métallurgique de la Vienne puis celle du Périgord, cette usine a bâti un empire qui a, entreprises de sous-traitance comprises, mobilisé quatre mille employés et assuré le quotidien de leurs familles avant de subir la crise. La douloureuse fracture des années soixante-dix.
Depuis, de remises en cause et de grèves en pied-de nez à des promesses de reprises avortées, de reconversions sinon de métamorphoses, « l’usine » lézardée par le temps et les nouveaux créneaux d’une politique oublieuse des hommes, n’est plus la locomotive d’un train-train économique et social à bout de souffle.
Mais les hommes, eux, n’oublient pas. Anciens cadres ou o.s, Lot-et-Garonnais de vieille souche ou descendants d’immigrés, beaucoup en ce printemps déterminant pour le dernier carré des gars de l’usine qui se sont repris à croire en un nouveau sursis, suivent leur combat avec le plus vif intérêt. Et certains qui auraient pu s’abandonner au confort d’une retraite méritée, ont rejoint ceux qui font immanquablement songer aux « derniers des Mohicans » et les épaulent jour après jour.
Ensemble, ils continuent à entretenir la flamme vacillante de la longue histoire des gars de « l’usine ». Une histoire qui vaut d’être connue et partagée .
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