AU SOMMAIRE DE CE NUMÉRO :
4 - Edito : L’esprit et la lettre
La dernière semaine de mai, à Agen et Villeneuve-sur-Lot, le réseau éducation sans frontières (RESF) a tenté de sensibiliser la population à l’angoisse d’un couple d’Arméniens parents d’une enfant de deux ans, assurant qu’ils risqueraient leurs vies en rentrant au bercail. Leur volonté d’oublier ici les tourments et de gommer les difficultés de l’exil paraissait évidente. Ils ont appris le français, trouvé un logement et du travail dans le domaine agricole.
Les démarches de l’avocat de RESF, Me Bruneau -demandes de droit d’asile ou de titre de séjour- se sont heurtées aux fins de non-recevoir du préfet, Lionel Beffre. Rappelez-vous. Il y a un an, celui-ci faisait répondre par un
communiqué de son cabinet à une sollicitation d’entretien d’Ancrage à propos de l’affaire Samir Bouchyoura, lycéen villeneuvois et marocain, expulsé en octobre 2007 : «Le préfet de Lot-et-Garonne n’accorde pas d’interview
sur ce sujet sensible à forte connotation humaine. Il considère qu’il ne fait pas de zèle dans l’application de la loi sur l’immigration» (1). La loi au pied de la lettre et au garde-à-vous, les doigts sur la couture du pantalon. Foin de
l’esprit et des préoccupations humanitaires ! Qui ne comprendrait pas les affres de la famille arménienne ? Il ne se passe pas de mois, de semaine, qu’en rubrique de faits divers, le sort de sans-papiers, souvent sans toits, ne fasse l’objet d’un entrefilet à défaut d’une enquête ou d’un reportage. La situation des immigrés non régularisés et les directives gouvernementales entraînent des réactions et génèrent des engagements qui, hélas, n’émeuvent guère la «majorité silencieuse»
En mai dernier, la mort frappait un Vietnamien d’une vingtaine d’années non loin de Dunkerque. Espérant rallier l’Angleterre de nuit et en tapinois, il est retombé du camion dans lequel il comptait trouver un refuge salvateur. Un
compagnon d’infortune a, lui, été blessé et cloué sur le sol inhospitalier de France. Il n’y a pas une éternité, pour des raisons «humanitaires et sécuritaires» (sic), les autorités fermaient le centre de rétention de Sangatte. Les sans-papiers désireux de filer outre-Manche n’ont pas renoncé à leur projet. Ils se sont
égaillés dans les sous-bois des alentours, survivants aux abois d’une précarité sans issue, égarés dans ce no man’s land aussitôt baptisé «la jungle».
Les bonnes âmes de la contrée ne sont pas restées de marbre. Elles se sont engagées sans réserve pour améliorer leur quotidien. Les représentants des forces de l’ordre ont très vite entrepris de disperser ou d’appréhender les
ombres fantomatiques de la jungle, zone interdite pour cause «sanitaire». Déterminé à désarmer les gens de bonne volonté, le ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement a fait planer la menace de sanctions à l’encontre de toute personne portant assistance aux clandestins.
Sangatte fermé, la jungle «assainie», subsiste une trentaine de centres de rétention administrative (CRA) de quarante à cent quarante places en France. Tous les ans, environ trente cinq mille étrangers y sont consignés de vingtquatre heures à trente-deux jours (moyenne de treize jours). Informer les étrangers
Une association, la Cimade, est, à l’origine, en charge d’une mission d’aide aux immigrés. Or, le 10 mai dernier, le ministère de l’immigration signait des contrats qui élargissaient le «marché de l’assistance aux étrangers placés en rétention à cinq autres associations (2). Parmi elles, le Collectif Respect, inconnu au bataillon des défenseurs des droits des étrangers. Ce mouvement qui se dit «apolitique» a été créé par la droite en 2003 afin de «promouvoir le respect dû à l’autorité légitime, en particulier aux institutions et au président de la République». Et les sans-papiers dans tout ça ?
La Cimade agissant en solo est habilitée à «informer les étrangers et à les aider à exercer leurs droits». Un décret aurait limité les six à «leur information en vue de l’exercice de leurs droits». Les responsables de la Cimade redoutaient que la multiplication de intervenants engendrât «des concurrences». Et qu’à terme… «le rôle de contrepoids des ONG et la défense des droits des étrangers deviennent quasi-impossible». Son secrétaire général, Laurent Giovannoni dénonçait «des méthodes de voyou…et un véritable bras d’honneur à la justice». La Cimade
contre-attaquait illico. Fin mai, une ordonnance du tribunal administratif de Paris suspendait les contrats précités. Dimanche 31, Eric Besson annonçait la prolongation de la «mission de la Cimade pour une durée de trois mois»
(2). Reculade et atermoiement du ministère sinon volte-face ou capitulation, le dernier acte d’une sorte de bras de fer appelle à la vigilance de chaque instant.
En amont, l’étau des mesures coercitives ne bâillonne pas la voix ni n’entrave l’action des associations, des élus et des citoyens qui s’unissent pour mettre des bâtons dans les roues d’un engrenage trop souvent ignoré.
Dernièrement encore à Libourne, la concertation instantanée et la démarche volontariste d’enseignants, de parents d’élèves, de groupes humanitaires, d’élus et de simples administrés anonymes rassemblés en faveur d’une famille
kurde auxquelles les représentants départementaux de l’Etat, préfet et sous-préfet, n’ont pas opposé une fin de non-recevoir, ont différé une procédure d’expulsion. Ce numéro d’Ancrage rappelle leur action-éclair ( lire de la page 6 à la page 11).
Le respect aveugle de la lettre n’a pas toujours raison de l’esprit ouvert aux douloureuses tribulations des déracinés.
Les lois au pied de la lettre ou l’esprit des lois ? A vous de choisir. Et à chacun son combat.
Jean-François Mézergues
6 - Libourne : kurdes sans papiers
Le parrainage républicain de Gilbert Mitterrand
11 - Une autre alerte en Libournais
12 - Ariège : Au tribunal pour aide à un enfant.
Hauts-de-Seine : Français noir de peau.
13 - Isère : L’ auxiliaire de vie menacé d’expulsion.
14 - “Délit” de solidarité
16 - Birmingham - Banquefort-sur-Briolance :
Les globe-trotters sont à quai.
22 - Jean Jessus : La saga des Marranes
31 - Chroniques d’Aquitaine : favoriser l’accès aux pratiques
culturelles des jeunes Aquitains
32 - Tribune : “De l’oubli à la mémoire retrouvée” par Geneviève
Dreyfus-Armand.
Docteur en histoire, Geneviève Dreyfus-Armand est directrice de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) et du Musée d'histoire contemporaine. Elle est l'auteur de nombreux articles et ouvrages de
référence sur l'exode des victimes du franquisme : L’exil des républicains espagnols en France. Les camps sur la plage avec Emile Temime. La participation de Geneviève Dreyfus-Armand au colloque de Nérac (Lot-et-Garonne) “la guerre d’Espagne dans l’histoire de France” a constitué l’un des temps forts des manifestations organisées dans le cadre du soixante-dixième anniversaire de l’exil des républicains espagnols en France.
De l’oubli à la mémoire retrouvée. Qu’est-ce à dire concernant l’exil républicain en France ? L’exil républicain a été l’objet d’un oubli tenace et n’a connu qu’une remémoration tardive de la part de la société et des pouvoirs publics français. Sauf lors de la brève parenthèse des lendemains de la Libération. Par ailleurs l’historiographie concernant l’exil a été lente à se constituer. Elle a été impulsée par les républicains eux-mêmes et elle est stimulée présentement par leurs descendants. Ce sont ces deux points que je vais essayer d’analyser. La mémoire des vaincus de la guerre civile espagnole a été longtemps occultée en Espagne comme en France pour des raisons bien entendu différentes mais qui tiennent à la place des événements à chacun des deux pays. Il y des raisons historiques et politiques propres à chacun des deux pays.
En Espagne, dès la période de la guerre civile, qui consacra dans cette première moitié du vingtième siècle, le rôle déterminant de la propagande, deux visions antagonistes du conflit étaient diffusées qui utilisèrent pour la première fois dans l’histoire contemporaine tous les vecteurs possible de communication. La persistance de l’interprétation de la guerre civile comme une geste héroïque basée sur une vision manichéenne des forces en présence et des événements, fut particulièrement intense dans le camp franquiste en raison bien entendu de sa victoire mais surtout de sa volonté d’éradiquer toute trace de la république et de la longue durée du régime mis en place à l’issue de la guerre. En Espagne pendant des années, au moins jusqu’aux années soixante, la seule vision autorisée de la guerre civile, du fait d’une censure féroce, était celle d’une croisade espagnole, d’une croisade contre l’athéisme. "Histoire de la croisade espagnole" c’est le titre de huit volumes publiés au lendemain de la guerre. Ou encore c’était le thème d’une guerre de libération. C’est ainsi que s’intitule une publication faite encore en 1968 par le service historique de l’armée espagnole. L’histoire des vaincus de la guerre civile et particulièrement celle des exilés républicains fut ainsi ensevelie pendant des décennies sous la propagande franquiste. Les républicains espagnols étaient considérés comme de dangereux « rouges » qu’il fallait impitoyablement pourchasser et dont il fallait éradiquer jusqu’au souvenir.
La loi de la mémoire historique de 2007 permet certaines avancées par rapport à la reconnaissance des républicains persécutés par le franquisme, mais les sentences des tribunaux d’exception ne sont pas abrogés.
D’ailleurs le régime n’a cessé de poursuivre de sa vindicte les exilés eux-mêmes en ne cessant de faire pression sur les gouvernements des pays d’exil et particulièrement sur les gouvernements français pour que les exilés soient surveillés, réprimés voir extradés pendant la période vichyste. Après le retour de la démocratie en Espagne, ce n’est que progressivement que l’histoire de la guerre et de l’exil a resurgi.
Ce n’est donc véritablement qu’au début des années 1990 que les publications sur ce thème se multiplient , pour atteindre leur apogée en 1999 avec le soixantième anniversaire de la fin de la guerre. Ce n’est qu’ensuite encore,
toujours en Espagne, que l’exil et la répression franquiste sont entrés dans le débat public pour parvenir à la condamnation unanime le 20 novembre 2002 par le congrès des députés du soulèvement militaire le 18 juillet 1936.
La loi de la mémoire historique de 2007 permet certaines avancées par rapport à la reconnaissance des républicains persécutés par le franquisme, mais les sentences des tribunaux d’exception ne sont pas abrogés. (Un long développement serait nécessaire, mais ce n’est pas l’objet aujourd’hui.) En France, quel écho rencontra la voix des vaincus de la guerre d’ Espagne? En 1939 pratiquement aucun. Sauf dans les secteurs de la classe politique et de l’opinion publique française qui avaient soutenu la république. Mais l’heure était plutôt à ce moment-là à l’organisation de la solidarité compte tenu des conditions difficiles et précaires de l‘exode. Pour une majorité de l’opinion publique, les craintes grandissantes d’une guerre généralisée marquées notamment par l’occupation de la Tchécoslovaquie par les nazis en mars 1939, feront rapidement oublier la tragédie espagnole. La guerre mondiale la noiera dans la tourmente. A la libération, les républicains espagnols qui avaient combattu au coude à coude avec les Français dans les maquis et pris une part importante à la lutte contre l’occupant, furent soutenus par les gouvernements français issus de la résistance, mais la survenue de la guerre froide, les changements de majorité politique, le souci des pays anglo-saxons mais aussi de l’URSS de ne pas provoquer de bouleversement en Europe, et en Espagne en particulier, puis l’entrée de l’Espagne franquiste à l’ONU en 1955, firent que la voix des républicains espagnols tomba peu à peu dans l’indifférence générale.
Il convient cependant d’évoquer la brève parenthèse de la période de la Libération. Du fait de leur rôle actif pendant la guerre, les Espagnols jouissent alors de la sympathie des pouvoirs issus de la Résistance et nombre de personnalités politiques ou d’autorités locales ne manquent pas d’affirmer leur solidarité avec eux notamment dans les départements où ils ont joué un rôle important pour leur libération. Je citerais par exemple le préfet de l'Aveyron,qui accorde une interview au journal de l'Union Nationale Espagnole et qui affirme
que l'Espagne fasciste ne doit pas être reconnue et ne le sera pas. Un comité franco-espagnol des Basses-Pyrénées est constitué sous la présidence d'honneur du préfet, du maire de Pau et du chef de la troisième division militaire avec pour objectif d'obtenir la rupture de toutes relations avec l'Espagne. L'assemblée générale de l'ONU, du 12 décembre 1946, condamne le régime franquiste et recommande à tous les membres des Nations Unies de retirer leurs ambassadeurs.
Le maire de Perpignan et le préfet de l'Hérault prennent des positions ouvertement anti-franquistes. Le préfet d'Alger accepte la présidence d'honneur du cercle culturel Garcia Lorca, créé par les républicains espagnols. Cette
sympathie envers les républicains espagnols est à l'image du vote unanime de la commission des affaires étrangères de l'assemblée consultative qui se prononce le 25 mai 1945 pour la rupture des relations avec l'Espagne.
Cependant dès l'automne 1944, il apparaît que les nouvelles autorités se trouvent écartelées entre leur sympathie et leur reconnaissance envers les républicains espagnols, leur souci de finir la guerre au plus tôt et leur désir de réaffirmer l'autorité de l'état. Les occupations de consulats espagnols, les incursions en Espagne et la tentative d'invasion du Val d'Aran, surviennent à un moment où la guerre n'étant pas terminée, l'ouverture d'un front au Sud de la France parait peu souhaitable aux nouvelles autorités et va à l'encontre de la volonté de reprise en main du pouvoir central qui impose partout aux dirigeants de la Résistance de rentrer dans le rang. Aussi en 1945 Paris concilie-t-il sympathie active envers les républicains espagnols et souci de ne pas envenimer les relations avec
Madrid. D'abord, fait d'importance, le statut de réfugiés politiques est enfin accordé aux Espagnols républicains. En mars 1945, un office central pour les réfugiés espagnols est chargé d'assurer la protection juridique et administrative
des réfugiés. Par ailleurs le quai d'Orsay effectue de nombreuses interventions en faveur de militants anti-franquistes emprisonnés en Espagne. En 1946, la France soutient ouvertement les républicains espagnols et adopte une stratégie internationale de condamnation et d'isolement de l'Espagne franquiste. Parallèlement, elle accueille de façon libérale, les nombreux clandestins qui proviennent de la péninsule. Comme vous le savez, le 27 février
1946, à la suite de l'exécution en Espagne de Cristino Garcia, chef de maquis dans les Cévennes et de onze autres anti-franquistes pour la plupart anciens combattants de la résistance, le gouvernement décide la fermeture de
la frontière espagnole à partir du 1° mars suivant. Et la France va déployer une intense activité diplomatique afin d'attirer l'attention de ses alliés anglais et américains sur les dangers que la situation actuelle en Espagne fait courir
à la sécurité internationale. Ces efforts aboutissent à une déclaration commune en date du 4 mars 1946. Ensuite au fait que l'assemblée générale de l'ONU, du 12 décembre 1946, condamne le régime franquiste et recommande à tous les membres des Nations Unies de retirer leurs ambassadeurs. Comme on le sait, cette condamnation du régime espagnol est surtout morale et la France ne peut que constater la réticence de ses alliés à définir des sanctions précises et surtout leur souci primordial de non-ingérence dans les affaires intérieures d'un
pays tiers. Pendant ce temps, le contexte international et la situation politique française se sont singulièrement modifiés.
La mise en route du plan Marshall et la création du Kominform marquent le début de la constitution des blocs et l'amorce de la guerre froide. Tandis que la sortie des communistes du gouvernement et leur entrée dans
l'opposition consacrent la rupture du tripartisme qui avait gouverné la France depuis la guerre mondiale.
Très vite après la réouverture de la frontière dès la mi-février 1948, des pourparlers commerciaux s'engagent entre Paris et Madrid. Les années 1948 et 1949 marquent un tournant important dans les relations franco-espagnoles.
Deux accords commerciaux et financiers sont signés à Madrid en mai 1948 et en juin 1949. Aussi, fort de ce début de relations, le gouvernement franquiste ne cesse de se plaindre de l'activité politique des réfugiés espagnols en France et de la sympathie dont ils jouissent. Jusqu'en 1949, les notes du gouvernement espagnol sont laissées sans réponse. La même année, Paris donne cependant satisfaction à Madrid sur plusieurs points. En 1950, la vie politique française se trouve fortement marquée par la guerre froide exacerbée par le déclenchement de la guerre de Corée et l'on redoute une vaste entreprise de subversion communiste, ce qui aboutit à l'interdiction de toutes les organisations communistes espagnoles de l'exil et notamment l'interdiction de l'amicale des anciens FFI et résistants espagnols, qui portaient la mémoire d'une partie importante de la lutte armée menée en France par les républicains
espagnols contre l'occupation. L'année 1950 est marquée par les premiers succès internationaux du régime franquiste. Les Etats- Unis accordent un prêt à l'Espagne et en novembre, l'ONU annule la résolution du 12 décembre 1946, ce qui laisse les pays libres de rétablir des relations diplomatiques avec l'Espagne. Une soixantaine de députés français déposent d'ailleurs une proposition de résolutions demandant au gouvernement de renouer rapidement des relations diplomatiques avec l'Espagne, en dépit du vote de décembre 1950 hostile à cette
reprise de la commission des affaires étrangères de l'assemblée présidée alors par Daniel Meyer. Malgré cela les relations diplomatiques sont rétablies entre la France et l'Espagne en janvier 1951.
Pendant des décennies la participation des républicains espagnols à la seconde guerre mondiale et à la résistance a été un fait peu connu, oublié des historiens Dans ce contexte très prégnant, la participation des Espagnols à la résistance va s'estomper progressivement. Après l'instauration de la cinquième république, les relations entre la France et l'Espagne franquiste connaissent
encore une autre tonalité. Paris aura alors tendance à répondre de plus en plus positivement aux demandes répétées de Madrid concernant notamment l'expression publique des républicains espagnols. Interdiction leur est faite
dès 1959 de tenir des congrès dans le Sud-Ouest, de publier dans la presse de l'exil des articles ou des dessins injurieux envers le chef de l'état espagnol, sa famille et son gouvernement. Un journal anarchiste et l'organisation
de la jeunesse anarchiste sont interdits en 1959. La guerre d'indépendance algérienne accroît encore les possibilités de pression de Franco sur le gouvernement français et les républicains espagnols sont l'objet de tractations
entre la France et l'Espagne en échange de la surveillance en Espagne de partisans de l'OAS. Aussi en 1961, les principaux journaux de l'exil restants, les journaux socialistes et anarchistes fondés en 1944 sont-ils interdits.
L'expression publique des républicains sera dès lors beaucoup plus réduite.
Donc pendant des décennies la participation des républicains espagnols à la seconde guerre mondiale aux côtés des Français et particulièrement à la résistance a été longtemps un fait peu connu, oublié des historiens français
jusqu'à une date fort récente et en tout cas largement absente de la mémoire collective française. Certes dans certains départements où s'étaient déroulés des combats particulièrement héroïques ou meurtriers, dans lesquels des
républicains espagnols avaient été impliqués, des stèles souvent modestes portaient des noms espagnols. C'était le cas dans le Gard, l'Aveyron, par exemple. Ce n'est qu'en août 2004, qu'une cérémonie organisée par le maire de Paris a rendu enfin hommage au rôle des républicains espagnols, dans la Libération de la capitale et particulièrement aux combattants de la "Nueve"
Des monuments à l'honneur des républicains espagnols ont été érigés au fil des années, mais toujours à l'initiative de mouvements ou de personnalités amis de républicains espagnols. Ou à celle des Espagnols eux-mêmes, comme en 1952, à Annecy, le monument dédié aux Espagnols morts pour la liberté dans les rangs de l'armée française et de la résistance, monument érigé sous l'égide de Daniel Meyer et Pablo Cazals. Ou en 1969 au cimetière du Père Lachaise, en face du mur des Fédérés, à l'initiative de la Fédération Espagnole des Déportés et Internés Politiques a été érigé le monument en hommage aux Espagnols morts à Mathausen et c'est grâce à une souscription que l'amicale des anciens guérilleros espagnols en France FFI, reconstituée en 1976, a fait ériger en 1982, un
monument à la mémoire des guérilleros morts pour la France à Prayols, dans l' Ariège, lieux de combats importants pour la libération du département où s'illustra la troisième brigade. Au cours de l'année 1994, lors des manifestations commémoratives nationales du cinquantième anniversaire de la libération de la France la participation des républicains à cette libération a été pratiquement passée sous silence. Seule, une cérémonie a réuni le 21 octobre 1994 à Prayols, en marge d'un sommet franco-espagnol des délégations officielles française et espagnole présidées par François Mitterrand et Felipe Gonzalez. Pour le soixantième anniversaire de l'exode, lors d' importantes manifestations organisées par la ville d'Argelès en 1999, deux ministres, dont le secrétaire d'état aux Anciens Combattants, sont venus inaugurer une plaque de rue dédiée par la ville
d' Argelès à la retirada et un monolithe sur la plage à l'emplacement de l'ancien camp. Un chêne a été planté à la mémoire des enfants morts enterrés dans l'ancien cimetière dit cimetière des Espagnols. Mais ce n'est qu'en août
2004, qu'une cérémonie organisée par le maire de Paris a rendu enfin hommage au rôle des républicains espagnols, dans la Libération de la capitale et particulièrement aux combattants de la "Nueve" la compagnie à dominante
espagnole qui a fait partie du détachement précurseur de la deuxième division blindée du général Leclerc qui est entrée dans Paris, le soir du 24 août 1944. À partir de cette date, des autorités régionales ont entrepris divers hommages publics aux républicains espagnols, notamment en Midi-Pyrénées à Toulouse en novembre 2004 puis en février 2005 et, cette année, en 2009 c'est le cas en Languedoc-Roussillon à Montpellier et à Argelès-surmer. Cependant au niveau national, rien de tel ne s'est produit. Comment expliquer un oubli historique qui a duré pendant plus de quarante ans? Les raisons en sont diverses et se sont cumulées depuis la guerre mondiale pour creuser cette amnésie collective
tenace. Ce trou mémoriel s'explique d'abord par la manière dont la France a très vite écrit, fixé pour des années sa propre histoire de la période de la guerre. Les mémoires dominantes de l'après-guerre générées par les courants les plus importants, les courants gaullistes et communistes, ont méconnu ou minimisé la participation des étrangers dans la Résistance, pour faire prévaloir l'image d'un large consensus national contre l'occupant nazi ou derrière un chef prestigieux. Le mécanisme de cette occultation ou de cet oubli revêt un caractère particulier pour les Espagnols. Dans les années trente il faut rappeler que la guerre d'Espagne a été très intégrée au débat interne de la politique française, qu'elle a provoqué des clivages importants dans la classe politique publique et dans l'opinion publique et qu'elle a soulevé les passions les plus contraires. Après la deuxième guerre mondiale, beaucoup d'éléments ont contribué à oblitérer le rôle des Espagnols. La présence des guérilleros dans la région de Toulouse après guerre, a suscité des peurs irrationnelles puis, la guerre froide a eu pour effet d'opérer le retour en grâce du régime franquiste et de plonger dans l'oubli le rôle joué par les républicains durant l'occupation de la France. Ainsi, interdits de séjour en Espagne, marginalisés en France, les républicains espagnols ont été privés de la reconnaissance de leurs actions pendant la guerre. Du côté des exilés espagnols eux-mêmes, les antagonismes politiques
issus de la guerre avivés pendant l'exil ont empêché eux aussi, il faut le dire, la constitution d'une mémoire commune de cette période et au moins trois éléments sont à prendre en compte pour tenter de cerner les raisons pour lesquelles ils n'ont pas attiré plus tôt, davantage, leur rôle pendant la guerre mondiale en écrivant sur cette question sauf quelques brefs témoignages publiés après la guerre avant la fin des années soixante. D'abord la première participation chronologiquement parlant à la Résistance a été probablement l'organisation en coopération avec les services secrets alliés de réseaux de passage des Pyrénées. Cette aide importante apportée à la Résistance a été surtout le fait de militants anarchistes, du POUM et de nationalistes basques agissant indépendamment de leur mouvement. Aussi cette activité a-t-elle été longtemps méconnue. Non seulement du fait de son caractère nécessairement discret mais parce que les acteurs eux-mêmes n'en ont généralement pas parlé ou n'ont pas pu en parler
parce qu'ils avaient disparu. Ils faisaient l'histoire dans la résistance, ils la faisaient dans les guérillas anti-franquistes, ils la faisaient aussi dans le combat politique et culturel mené en exil mais ils n'avaient pas le temps, l'opportunité d'écrire leur histoire. Deuxième aspect à prendre en compte, la mémoire de la lutte armée organisée de manière autonome qui a surtout été menée à l'initiative des communistes espagnols a évidemment souffert du passage forcé dans la clandestinité des militants communistes à partir de 1950 et de l'interdiction à cette date par le gouvernement de toutes les organisations communistes et également de l'amicale des anciens FFI et résistants espagnols. Enfin et surtout à mon
avis la préoccupation principale des réfugiés espagnols étaient l'Espagne. La participation à la Résistance en France n'a été pour beaucoup qu'une étape moralement et politiquement obligée dans la longue marche qui devait aller de l'exode à la reconquête de l'Espagne. Et après 1945, l'activité militante des exilés espagnols qui a été intense du moins les premières années de l'après-guerre est restée centrée sur la lutte anti-franquiste. Le temps était au combat contre la dictature. Et non à la construction d'une mémoire historique. C'est ainsi que gommés des mémoires dominantes de l'après- guerre, brouillés par des images négatives de la période de la libération, ignorés par le régime franquiste habilement neutre, longtemps oubliés des historiens, la participation des Espagnols à la Résistance a été tue par les acteurs eux-mêmes ou souvent limitée dans son expression publique. "Le grand voyage" de Jorge Semprun a été publié en français en 1963. Un livre que son auteur a mis plus de vingt ans à écrire tant écrire le renvoyait à la mort et qu'il voulait, "appartenir à la vie pleinement".
Le deuxième point que je souhaitais aborder c'est que l'historiographie a été lente à se constituer et impulsée par les républicains eux-mêmes et stimulée présentement par leurs descendants. Les historiens qui parfois sont ceux
qui explorent des pages occultées de la mémoire collective n'ont commencé à s'intéresser que fort tardivement aux conséquences de la guerre d'Espagne, particulièrement à l'exil. Malgré l'importance et l'ampleur de l'exil républicain
aussi bien dans l'histoire espagnole que dans l'histoire française puisque dans les deux cas il s'agit de l'exode le plus important que ces deux pays avaient alors connu, l'histoire de cet exil a été longue à s'écrire et elle est restée longtemps méconnue et de nombreux aspects sont encore à explorer. Cependant les républicains espagnols pris comme on le sait dans les tourments de l'histoire puis dans l'enchaînement des tragédies causées par la seconde guerre mondiale et après la guerre fortement impliqués dans le combat anti-franquisme, ont eu peu le
temps et le goût d'écrire leur histoire pendant des décennies.
Ils étaient happés par la spirale de l'histoire, ils faisaient l'histoire, ils la faisaient dans la Résistance, ils la faisaient dans les guérillas anti-franquistes, ils la faisaient aussi dans le combat politique et culturel mené en exil mais ils
n'avaient pas le temps, l'opportunité d'écrire leur histoire. Si bien que à part quelques brefs témoignages sur les camps français, parus en Amérique latine aux débuts des années 1940 et les mémoires de diverses personnalités,
étrangement trois femmes, anciennes responsables républicaines, il s'agit d'Isabel de Palencia, ancienne ambassadrice républicaine en Suède et en Finlande, Victoria Kent ancienne directrice générale des prisons et Federica
Montseny ancienne ministre de la santé, à part ces brefs témoignages et ces mémoires,publiés en Europe aux lendemains de la guerre mondiale, dans les années quarante, il a fallu attendre les années soixante pour que des publications
sur l'exil républicain paraissent. Et ces publications émanaient alors de responsables politiques ou syndicaux de l'exil, d'écrivains ou de simples acteurs des événements. C'étaient des témoignages très divers sur l'expérience de l'exil et leurs immenses mérites au travers des itinéraires de vie qu'ils proposaient étaient de sauver de l'oubli des milliers de républicains espagnols qui avaient vécu des destins similaires. La grande majorité de ces
récits a concerné les camps en France et en Algérie, les camps de concentration nazis et de façon générale l'ensemble des événements de la deuxième guerre mondiale marqués par la difficile arrivée en France du travail forcé
dans les compagnies de travailleurs étrangers, la guerre dans les unités militaires françaises, l'engagement dans la Résistance ou la déportation. Le premier thème évoqué a été celui de la déportation en Allemagne. "Le grand voyage" de Jorge Semprun a été publié en français chez Gallimard en 1963. Un livre que son auteur a mis plus de vingt ans à écrire tant écrire le renvoyaits à la mort et qu'il voulait, je le cite, "appartenir à la vie pleinement". A la fin des années 1960 c'est toujours sur la guerre mondiale que portent deux ouvrages très importants, l'un publié en Français toujours chez Gallimard, "le triangle bleu, les républicains espagnols à Mathausen" de Mariano Constante et Manuel Rasola et l'autre "Los Olvidados" de Antonio Vilanova publié en Espagnol chez Ruedo Iberico la même année en 1969. Que le plus douloureux du drame des républicains espagnols est sorti ainsi au grand jour mais avec une distance temporelle extrêmement grande. C'est seulement après ces nécessaires évocations que les autres aspects de cette histoire collective ont pu peu à peu surgir. C'est Aussi parce que le temps d'écrire l'histoire était venu pour l'exil trop occupé pendant des décennies à lutter de diverses manières contre le franquisme. A partir
des années soixante-dix de nombreux témoignages apparaissent en France comme en Espagne. Beaucoup de ces témoignages sont encore relatifs à la participation des Espagnols à la Résistance pendant la guerre et ils émanent
d'anciens résistants comme Alberto Fernandez, Miguel Sanz ou Eduardo Ponstrales. on peut constater que le véritable décollage historiographique en France et en Espagne se situe bien tardivement au tournant des années 1980 et 1990. On peut dire que les études historiques se développent surtout à partir du
cinquantième anniversaire de l’exode Les premières études historiques n’apparaissent quant à elles qu'au cours des années soixante-dix. Leurs publications coïncident à peu de chose près avec la fin du franquisme. Et à part l'ouvrage de Louis Stein "Par- delà l'exil et la mort, les républicains espagnols en France," édité par l'université de Harward en 1979, ces études sont presque
toutes d'origine espagnole depuis le travail de Javier Rubio sur l'exil espagnol paru en 1977 jusqu'à l'ouvrage collectif dirigé par José Luis Abellan qui a une approche davantage culturelle, ouvrage publié en six volumes entre
1976 et 1978 sous le titre "exilo español 1939". Mais on peut constater que le véritable décollage historiographique en France et en Espagne se situe bien tardivement au tournant des années 1980 et 1990. On peut dire que les
études historiques se développent surtout à partir du cinquantième anniversaire de l'exode. Ce décollage historiographique est marqué par la parution presque simultanée de diverses éditions en France et en Espagne. D'abord
un recueil de témoignages à l'initiative d'un républicain exilé en France, Antonio Soriano , "Exodos". Ces témoignages de dix-sept républicains espagnols ont été rédigés en France et édités en Espagne. Antonio Soriano est
fondateur de la ligue espagnole de Paris. Des ouvrages collectifs sont parus en 1989 et en 1990 comme " plages d'exil " qui a été un des premiers ouvrages parus en France sur les camps, "Les Français et la guerre d'Espagne"
un colloque important tenu à Perpignan en 1990 et divers ouvrages collectifs parus en Espagne... "L'opposition au régime de Franco" et "Exil et migration, Italiens et Espagnols en France de 1938 à 1946" ouvrages issus de deux
colloques comparatistes sur les Italiens et les Espagnols en France durant la guerre.
Ces deux colloques ont eu lieu à Salamanque et à Paris en 1991. Après cette stimulante impulsion, les recherches ont connu une intensification considérable. Des publications sont apparues aussi bien en France qu'en Espagne et
des travaux universitaires sont arrivés à leur terme. De nombreux étudiants ou des petits-enfants d'exilés et significativement majoritaires se sont lancés à leur tour dans l'étude de l'exil. Des travaux collectifs ont été impulsés notamment
sur l'étude des républicains espagnols dans le Sud-Ouest, sur la génération considérée souvent comme oubliée, celle née entre 1925 et 1940, arrivée quand ils étaient adolescents ou enfants en exil. De nombreuses initiatives
se sont produites dont la constitution en 1995 du centre d'étude et de recherche sur l'immigration ibérique et une association soeur en Espagne, L'AEMIC, est née.Le soixantième anniversaire de l'exode en 1999 a probablement marqué, de mon point de vue, le point culminant de la rencontre entre les trois lectures, les trois histoires de l'exil républicain qui cheminaient depuis 1939, celle des acteurs, celle des historiens et puis maintenant l'histoire écrite par les descendants directs des républicains espagnols. Rencontres avec ce que cela suppose de convergence, les acteurs voyant leur histoire individuelle et collective inscrite dans l'histoire dite scientifique mais aussi de divergences quant aux postures différentes occupées par les uns et les autres sur la question sensible des chiffres
de ceux qui sont rentrés, contraints ou consentants, en Espagne ou sur la dénomination des camps français par exemple. En ce qui concerne ce soixantième anniversaire, il a été l'occasion de manifestations significatives en
France comme en Espagne. Précédant cette année-là, une initiative universitaire avait débuté à Barcelone, consacrée à la littérature et la culture de l'exil républicain en France.
cette relecture actuelle de l'exil entend tirer les leçons des mères et des pères mais elle élargit son action et sa réflexion à des actions de solidarité au présent et à la défense des valeurs de la démocratie, voire au soutien d'une troisième république espagnole.
En 1999 une série de colloques s'est tenue dans les principales villes universitaires, à Madrid, à Salamanque, à Valence, également à Guernica pour étudier les cultures de l'exil et en faire connaître les productions et les réalisations.
En 1999 des manifestations importantes se sont tenues dans les Pyrénées-Orientales à Perpignan mais aussi à Argelès où une semaine entière a été consacrée à l'exil espagnol avec des rencontres, des conférences,
des expositions, des spectacles. Deux ministres sont venus inaugurer des lieux symboliques du passage et de la forte présence des républicains espagnols et cette manifestation a mis en évidence, à mon sens, que la mémoire des républicains espagnols était dorénavant portée par les héritiers de l'exil, par les filles et fils de républicains. La seconde génération issue de l'exil porte à mon avis depuis cette date, la mémoire des acteurs de l'anti-franquisme et de l'exil. C'est elle qui porte le relais de la mémoire et de l'histoire. Depuis cette date, comme il est clair que malheureusement les rangs de la génération arrivée adulte en France étaient de plus en plus clairsemés, c'est une nouvelle génération qui est porteuse de cette histoire. D'ailleurs il faut souligner que cette relecture actuelle de l'exil entend tirer les leçons des mères et des pères mais elle élargit son action et sa réflexion à des actions de solidarité au présent et à la défense des valeurs de la démocratie, voire au soutien d'une troisième république espagnole. Depuis 1999 donc, les contributions à l'histoire de l'exil républicain espagnol émanent surtout de cette génération comme en témoignent une multitude d'ouvrages qui sont de nature extrêmement diverse, ce sont des livres d'histoire, des recueils de témoignages et également des fictions inspirées par l'exil.
Sans prétendre être exhaustive et en ne citant que quelques noms - je vais en oublier beaucoup - je citerais quelques auteurs de ces publications récentes :
Progreso Marin qui a publié trois ouvrages sur un portrait de sa mère, et un recueil de témoignages sur la guerre d'Espagne, les camps et la résistance, livre au titre évocateur : "exilés espagnols, la mémoire à vif". Raymond San
Geroteo, je ne citerais de lui que les "Oubliés de l'exil" et "la fille de l'anarchiste", Véronique Olivares Salou a fréalisé un important travail sur les républicains espagnols à Mathausen et également un roman inspiré par l'exil dont le titre est "Vieux compagnon, dont la jeunesse est à la douane", Serge Barba qui est le président de FFREEE (Fils et filles de républicains espagnols et enfants de l'exode) a publié récemment "de la frontière aux barbelés les chemins de la retirada" et le livre de Henri et Charles Farreny, "l'affaire Reconquista de Espana". Ce ne sont que quelques exemples et j'en oublie beaucoup.
Une mémoire à vif donc, car longtemps oblitérée voire occultée tant en Espagne qu'en France, est en cours de forte émergence et de lisibilité notable. Les importantes manifestations organisées en ce début d'année 2009, pour
ce soixante-dixième anniversaire de l'exode espagnol dans les Pyrénées-Orientales par exemple par l'association FFREEE atteste de la vitalité de cette forte présence dans l'espace public de la deuxième voire de la troisième génération. Plus encore que l'histoire, la mémoire requiert une morale et des valeurs et c'est la mémoire du passé qui nous dit pourquoi nous sommes ce que nous sommes et nous donne notre identité. On pourrait citer d'autres exemples dans divers départements de ces nombreuses manifestations scientifiques ou
culturelles organisées cette année pour évoquer l'exil républicain espagnol et le sortir d'un oubli trop long. Des manifestations se déroulent dans la Haute-Garonne, dans le Tarn-et-Garonne, dans le Lot-et-Garonne, en Seine- Saint-Denis, dans les Hauts de Seine, dans le Loiret et j'en oublie sans doute. Le présent colloque est également une parfaite illustration de cette volonté. La résurgence actuelle de la mémoire de l'exil, on la doit aux héritiers de cette histoire, aux fils et filles des républicains espagnols organisés souvent en
association.
Pour conclure, je dirais que nous avons évoqué les politiques publiques de la mémoire vis-à-vis des républicains espagnols puis de l'historiographie de l'exil, qui n'est que l'histoire de l'histoire de l'exil et je voudrais terminer en
évoquant une citation célèbre de Pierre Nora dans "les lieux de mémoire" pour bien marquer la différenciation que nous devons avoir à mon avis présente à l'esprit entre histoire et mémoire. Je le cite : "L'histoire est la reconstruction
toujours problématique et incomplète - et je souligne ce terme incomplète - de ce qui n’ est plus mais qui a laissé des traces. Et à partir de ces traces contrôlées, croisées, on tâche de reconstituer au plus près ce qui a pu
se passer et surtout d' intégrer ces faits dans un ensemble explicatif cohérent. Alors que , je le cite, la mémoire est un absolu, l'histoire ne connaît que le relatif. Mémoire et histoire sont à mon avis absolument nécessaire, elles sont
liées, inséparables, même si on doit évidemment les distinguer. Plus encore que l'histoire, la mémoire requiert une morale et des valeurs et c'est la mémoire du passé qui nous dit pourquoi nous sommes ce que nous sommes et
nous donne notre identité. La mémoire retrouvée de l'exil républicain permet de remémorer les valeurs de la république espagnole et de rendre hommage à ceux qui se sont battus pour ces valeurs."
Geneviève Dreyfus-Armand
44 - La Havane-Agen
Yanet Gilles : “ma vie sous Castro”