![]() |
|||
|
Spécial Littératures du sud . Villeneuve-sur-Lot Octobre 2005
Portugal
" Plus ils deviennent Français, plus ils restent Portugais"
Agé de 59 ans, Manuel Dias est un humaniste européen de France et du Portugal, son pays natal. Directeur régional du FASILD, il décode pour les lecteurs d'Ancrage les nombreuses facettes de l'immigration portugaise, en Aquitaine et en Europe
La conscience plutôt que la carrière
Consul du Portugual à Bordeaux pendant la deuxième guerre mondiale, Aristides de Sousa Mendes a sauvé des milliers d'exilés. Destitué par Salazar, Il est mort dans l'indifférence générale. Quarante ans après, un comité national français que préside Manuel Dias réhabilite la mémoire du diplomate
Aristides de Sousa Mendes est consul général de Bordeaux pendant la deuxième guerre mondiale. Cet aristocrate, issu d'une famille traditionnelle, rurale, catholique, royaliste est très attaché à la cour. Aussi bizarre que cela puisse paraître, le mouvement de la royauté est respectueux de la loi et adhère assez fortement aux valeurs démocratiques. De tout temps, les royalistes ont été antifascistes. Aristides de Sousa Mendes est né en 1890. Son père est président du tribunal de Coimbra. Aristide et son frère jumeau, César, fréquentent l'université catholique de Coimbra où ils acquièrent une formation de droit. Munis de leurs diplômes universitaires de fin d'études, les jumeaux entament une carrière diplomatique au ministère des affaires étrangères. César devient ministre des affaires étrangères de Salazar en 1929.
Aristides de Sousa Mendes accomplit sa carrière en partie aux Etats-Unis, au Brésil, en Espagne en Belgique puis en France où il est nommé consul en août 1938, une année avant l'invasion de la Pologne par les Allemands et la déclaration de la deuxième guerre mondiale. A cette époque César occupe les fonctions d' ambassadeur du Portugal à Varsovie. "Entre Aristides et César, il y a plus qu'une amitié fraternelle, ce sont des jumeaux. César informe régulièrement Aristides de la situation en Europe centrale. Aristides vit donc l'invasion de la Pologne, le drame de ce pays, le ghetto de Varsovie en direct grâce aux liens entretenus avec son frère" explique Manuel Dias. A la fin de 1939, le fils de César vient un mois à Bordeaux, chez son oncle. Après l'occupation de la Pologne, il n' y a plus lieu d'avoir d'instances diplomatiques à Varsovie.Il informe encore son oncle sur le drame qui se joue dans le nord de l'Europe. .
Lorsque fin 1939, début 1940, Bordeaux accueille une partie de la France Libre, le consul portugais, homme de grande culture et de grande sensibilité, est au fait de la situation en Europe. Il sait le désarroi de la grande majorité des réfugiés de l'ensemble de l'Europe qui fuient l'avancée des troupes nazies. Entre les mois de mars 1940 et juin 1940, Bordeaux est le théâtre d'un drame affreux, d'un afflux de migrants très important. La population est multipliée par quatre. La capitale régionale passe de 250.000 a près d'un million de personnes. La ville vit des semaines et des mois terribles. Fin mai, début juin, la place des Quinconces, l'une des plus vastes du port de la lune, est noire de monde. Les réfugiés vivent dans la rue de l'une des dernières cités de la France libre où converge l'ensemble des gens en fuite. A l'époque, le Portugal n'est pas engagé dans le conflit. Une alliance existe entre ses gouvernants et l'Angleterre. Mais Salazar mène un double jeu. Acquis à Hitler, il tient à conserver de bonnes relations avec l'Angleterre. C'est la raison pour laquelle le Portugal devient un lieu de passage. La grande majorité des réfugiés qui vont vers la Palestine, le Canada, les Etats-Unis, l'Angleterre y transitent. Le 11 novembre 1939, le nombre de visas demandés par les autorités consulaires un peu partout en France et en Espagne est très important.
Salazar a peur de voir arriver chez lui trop de Résistants, de Juifs, de personnes jugées indésirables qui risquent de nuire à son image auprès de l'Allemagne. Il redoute qu'Hitler bombarde le pays. Il commet donc la fameuse circulaire numéro quatorze, du 11 novembre 1939. Une circulaire raciste. Elle permet de trier les réfugiés et interdit aux consuls de délivrer des visas sans un accord préalable du ministère. Tout à la fois premier ministre et ministre des affaires étrangères, Salazar cumule les pleins pouvoirs. Dans le même temps, à Bordeaux, des milliers de gens cherchent à gagner la Lusitanie. Juifs ou d'autres confessions et nationalités, ils espèrent là-bas un passeport pour l'Angleterre. Des résistants français y passent pour rejoindre le général de Gaulle. C'est le cas du général Leclerc qui a reçu un visa d'Aristides de Sousa Mendes. Ou encore parmi les personnalités connues, la famille Rothschild, les membres des gouvernements belge et autrichien. Aristides de Sousa Mendes est confronté à une demande massive. Chaque fois, il essaie d'obtenir de son premier ministre l'autorisation de délivrance de visas. Et se heurte à des refus massifs en raison de la circulaire quatorze.
Cette situation intenable le place devant un dilemme, un douloureux cas de conscience. Mieux que quiconque, depuis l'invasion de la Pologne, ll sait le drame que vivent des milliers d'hommes et de femmes. Puis le 12 juin 1940, une rencontre fortuite fait tout basculer. Ce jour-là, Aristides de Sousa Mendes est accosté par un inconnu non loin du consulat situé près de la place des Quinconces. Cet homme est le rabbin Krugger. Il lui demande l'adresse du consulat. - "Pourquoi cherchez-vous le consulat ?" - "Parce qu'on m'a dit qu'on pouvait y obtenir des visas pour aider les gens à rejoindre le Portugal puis aller vers le nouveau monde." -" Le Consul du Portugal, c'est moi-même." La conversation se poursuit dans la rue. -"Où habitez-vous, M. le rabbin?" - "Ici sur la place des Quinconces, avec mon épouse et nos cinq enfants." - "Allez les chercher et venez avec moi". Le consul brave les interdits. Il héberge le rabbin Krugger et sa famille chez lui au consulat. Le soir-même, il demande l'autorisation de délivrer des visas pour le rabbin, sa famille et vingt-huit autres personnes. La réponse ne tarde pas. C'est non. Car contraire à la circulaire, lui indique-t-on depuis Lisbonne. Le choc psychologique est tel que le consul tombe malade. Trois jours durant, les 14, 15 et 16 juin 1940, ce diplomate qui se refuse à dire non au rabbin, lutte avec lui-même. Et le 17 juin au matin, en présence de sa femme, leurs enfants, son neveu, ses proches collaborateurs présents et la famille Krugger, il fait cette courte déclaration : " A partir d'aujourd'hui je vais obéir à ma conscience. Je n'ai pas le droit en tant que chrétien de laisser mourir ces femmes et ces hommes". De ce jour, sans aucun critère et sans aucune limite, le consul du Portugal délivre des visas, des faux-passeports à tous ceux qui en font la demande. Entre le 17 et 21 juin il sauve ainsi entre 30.000 et 34.000 personnes en mettant sa signature et son tampon sur des documents de toutes natures. 34.000 personnes selon les données statistiques. Le 21 juin, Bordeaux essuie son premier bombardement. Le 22, Aristides de Sousa Mendes continue de délivrer les précieux sésames depuis Bayonne où il se réfugie. Puis à Hendaye où il tient une sorte de permanence administrative à la terrasse des cafés. Selon les historiens de la Shoah, le consul du Portugal sauve ainsi des camps de la mort plus de 10.000 Juifs et 30.000 autres exilés. Les services de renseignements anglais sont les premiers a repérer la masse des réfugiés à la frontière portugaise. Le ministère espagnol de l' intérieur et Franco sont alertés par les services des douanes qui observent cette marée humaine à la frontière.
A la fois alerté par Madrid et Londres, Salazar convoque une réunion de crise de son gouvernement à Lisbonne le 23 juin au soir. Il dépêche un émissaire à Bayonne ainsi qu'un de ses fidèles, l'ambassadeur du Portugal en Espagne. Le 25 juin à midi, Aristides de Sousa Mendes est destitué. Le 26 juin au matin, un quotidien basque hommage au consul de BordeauxPortugalaffirme que le consul de Bordeaux "avait perdu la tête" et que les visas qu'il avait délivrés "étaient nuls et non avenus". Début juillet 1940. Aristides de Sousa Mendes rentre à Lisbonne. Il demande une audience au premier ministre pour lui expliquer la symbolique de son acte. La demande est rejetée. Une commission de discipline le raye de la carrière diplomatique en octobre 1940. Entre-temps et malgré l'admiration qu'il porte aux fascistes, Salazar qui redoute aussi la menace anglaise n' organise pas la chasse aux Juifs. Bon nombre des fondateurs de l'Etat d'Israël passent par le Portugal. Tout comme les autres exilés qui rejoignent sains et saufs le Canada, les Etats-Unis et l'Angleterre. Le consul déchu regagne son village après sa destitution. "Aristides de Sousa Mendes est l'homme qui a sauvé le plus de vies humaines pendant la seconde guerre mondiale. Pourtant, cet homme est mort dans la misère et l'indifférence totale. On ne parle de lui que depuis quelques années, depuis que quelques personnes comme moi ont essayé de s'en occuper " précise Manuel Dias, le président du comité national français en hommage au consul. Quarante ans pour réhabiliter un notable qui, à la carrière, a préféré la conscience.
Matilde, avec et sans H
Matilde a vu le jour à Villeneuve il y a trois ans et demi au foyer de Nathalie et José Romono. Un couple de trentenaires à la double nationalité, qui veille à entretenir les liens avec le pays natal de leurs familles respectives. Le Portugal.
Il importe le Douro
Né au sud du fleuve Duro il y a quarante-cinq ans, Francis Pinto a jeté l’ancre sur la rive gauche du Lot en 1986. Aux confins de la commune de Montayral, avenue de Fumel et à quelques foulées du pont qui enjambe le cours d’eau vers le chef-lieu du canton, il importe depuis sept ans les produits de sa terre natale
Le clandestin de Santa Comba da Vilariça
Arthur Lagès a vu le jour à Santa Comba de Vilariça dans une famille de sculpteurs de granit. En octobre 1962, il franchit clandestinement la frontière franco-espagnole ,dissimulé dans une charrette à boeufs chargée de maïs
Itinéraire d’un enfant abandonné
Alexandre José n’en finit pas de tenter de réconcilier en lui ses deux pays : le Portugal et la France. Et de combler ainsi un abîme de souffrance né d’un double abandon
Retrouvez l’intégralité de notre dossier sur le Portugal en commandant le magazine à l’adresse suivante ANCRAGE 47290 MONBAHUS France. ( 4,50 € - port compris)
|
|||