Pendu dans les geôles du tribunal à Bordeaux : « Plutôt crever que de rentrer là-bas » (Sud Ouest)

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Pendu dans les geôles du tribunal à Bordeaux : « Plutôt crever que de rentrer là-bas »

Le 13 décembre, le quadragénaire a refusé d’embarquer sur un vol en direction d’Amsterdam. © Crédit photo : Guillaume Bonnaud / « SUD OUEST » Par Florence Moreau – fl.moreau@sudouest.fr
Publié le 16/12/2021 à 18h20
Mis à jour le 16/12/2021 à 23h07 Le Kosovar de 41 ans qui a mis fin à ses jours mercredi 15 décembre au sous-sol du tribunal judiciaire de Bordeaux avait refusé d’embarquer sur un vol deux jours auparavant

Il s’appelait Fitim Uka. Ce Kosovar de 41 ans est mort mercredi 15 décembre au sous-sol du tribunal judiciaire de Bordeaux. Il s’est pendu aux grilles d’aération d’une cellule avec le cordon de serrage de la capuche de son sweat. Les policiers, puis les pompiers, n’ont rien pu faire pour le ranimer.

Selon les premiers éléments d’enquête pour recherche des causes de la mort dévoilés par le parquet dès le jour du décès, le quadragénaire avait été déféré et devait être jugé dans l’après-midi dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate pour « soustraction à l’exécution d’une mesure d’éloignement ». Sur le même sujet

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« Le 13 décembre, il a refusé d’embarquer sur un vol pour Amsterdam puis Pristina », révèle son conseil, Me Abraham Hervé Diompy, avocat de permanence de l’Institut de défense des étrangers du barreau de Bordeaux cette semaine. Son client du jour n’avait pas voulu se soumettre à un test PCR conditionnant sa montée dans l’avion.

« Un homme abîmé »

Le jeune avocat est encore sous le choc. Il a été commis d’office quelques heures avant le décès de son client. Il ne peut donc pas dire – et il ne le dit pas – qu’il le connaissait, mais leurs courts échanges et le dossier lui ont permis de se faire une idée.

Il a rencontré un homme « costaud », « imposant », « tendu », « les yeux vides », « abîmé », « marqué par ses addictions », « le coude cassé », « qui parlait très bien le français » et « catégorique sur son refus de retourner au Kosovo ».

« J’ai bien senti que le Monsieur était à bout de souffle, mais de là à passer à l’acte… À plusieurs reprises, il a exprimé ça. Il préférait sa vie en France, aussi triste et miséreuse soit-elle, que repartir là-bas »

« Il m’a même dit ‘‘plutôt crever que de retourner là-bas’’. J’ai bien senti que le monsieur était à bout de souffle, mais de là à passer à l’acte… À plusieurs reprises, il a exprimé ça, avant, pendant et après son déferrement, indique Me Diompy. Il préférait sa vie en France, aussi triste et miséreuse soit-elle, que repartir là-bas où l’attendaient des règlements de compte. » Sur le même sujet

Le défunt n’était « pas un gentil mec » ni un ange. « Il avait un passé judiciaire dense ». Une dizaine de condamnations à son casier judiciaire, essentiellement pour des vols. La dernière, de quatre mois ferme pour des violences conjugales venait d’être purgée à la prison de Gradignan.

« Il était arrivé en France il y a quinze ans, fuyant des conflits interethniques et une situation politique instable », explique Me Diompy, au vu du dossier qui lui a été communiqué. « Il avait un passé traumatique douloureux lié au décès de nombreux membres de sa famille. Il a quitté son pays avec son frère, qui vivrait en Alsace, bien installé. »

« Lui n’a jamais pu s’insérer socialement. Il était sans domicile fixe, parfois accompagné par des dispositifs d’urgence et dépendant à l’alcool et à la drogue. Il était d’ailleurs sous traitement à la prison. Il a eu une vie pas facile, notamment compliquée par sa fragilité psychiatrique. C’est attesté par l’enquête sociale. Il avait plus besoin de soins que d’être rapatrié. » L’avocat comptait faire valoir ces considérations humanitaires dans sa plaidoirie.

« Le droit d’asile lui avait été refusé », précise-t-il. Faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français, Fitim Uka avait été conduit au centre de rétention administrative puis à l’aéroport de Bordeaux-Mérignac. Il attendait son tour dans une des geôles.

L’audience a continué

« Avec les caméras et les rondes qu’il y a là-bas, comment ça a pu leur échapper ? » se demande encore Me Diompy. « Il était suicidaire mais seul dans une cellule et on n’avait pas ôté tout ce qu’il pouvait utiliser pour mettre fin à ses jours. » Le parquet de Bordeaux a indiqué que l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait été saisie d’une enquête administrative afin de déterminer dans quelles conditions le décès a pu survenir.

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