Le plasticien angolais présente ses toiles pour la première fois en France, à la galerie Afikaris à Paris jusqu’au 7 décembre, lors de son exposition « Humano e a natureza ».

Par Olivier Herviaux Publié hier à 09h00, mis à jour hier à 09h03

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L’artiste angolais Cristiano Mangovo. FRANCA FRANCHI

Couleurs franches, voire criardes, corps déglingués, nature exubérante… L’artiste angolais Cristiano Mangovo présente ses toiles pour la première fois en France, à Paris à la galerie Afikaris jusqu’au 7 décembre, à l’exposition « Humano e a natureza » (« l’humain et la nature »).

« Je remets constamment en question la manière dont les humains déclarent et manifestent leur supériorité sur les autres espèces vivantes, souligne le peintre. Cette pensée se reflète dans mon travail depuis un certain temps déjà, tandis que je cherche à intégrer et exprimer les émotions que les autres êtres vivants pourraient ressentir. On pourrait penser que cela demande de l’imagination, alors qu’il s’agit seulement de changer de perspective en considérant que toute forme de vie a sa propre valeur, une valeur digne de respect. »

Harmonie crue, parfois perdue

Né en 1982 dans la province de Cabinda, enclave angolaise coincée entre le Congo-Brazzaville et la République démocratique du Congo (RDC), deuxième d’une fratrie de six, Cristiano Mangovo a quitté son pays lorsqu’il était enfant pour venir s’installer à Kinshasa, la capitale de la RDC. Diplômé de l’école des beaux-arts de cette ville, il vit et travaille aujourd’hui au Portugal, à Lisbonne.

Inspiré par l’Américain Jean-Michel Basquiat, le Britannique Francis Bacon et l’Angolais Antonio Tomas Ana dit « Etona », l’artiste souhaite que ses œuvres incitent à la préservation de la nature et réveillent la conscience écologique de chacun. « La plupart de mes tableaux pointent du doigt les humains qui, selon la Bible, ont le droit de régner sur la nature et de dominer la création. Pour moi, la façon dont ils matérialisent et interprètent ce droit est perverti par leur ego », insiste-t-il.

« Domination », de Cristiano Mangovo (acrylique sur toile, 200 cm x 200 cm).
« Humano e a natureza », de Cristiano Mangovo, à la galerie Afikaris jusqu’au 7 décembre (38, rue Quincampoix, 75004 Paris. Du mardi au samedi de 11 heures à 19 heures. Dimanche de 14 heures à 18 heures).

Cristiano Mangovo veut également dénoncer l’implantation chinoise en Afrique et regrette la façon dont les enjeux économiques et politiques prennent le pas sur les préoccupations environnementales légitimes. Il déplore à travers son œuvre la surexploitation des terres et des ressources naturelles au bénéfice d’un profit financier somme toute éphémère eu égard aux conséquences durables sur la nature.

Les toiles sont ainsi vivantes, explosives, donnant naissance à de nouveaux êtres composites, assemblages hybrides d’éléments humains, animaux et végétaux. Formes inédites dont émergent des corps éparpillés, créatures fantastiques suggérant une harmonie crue – parfois perdue –, élémentaire et organique entre l’homme et la nature.

« Un univers singulier et unique »

Sans oublier ces visages à double bouche, présents dans les œuvres exposées. Elles sont les symboles d’un régime autocratique, lorsque José Eduardo dos Santos dirigea l’Angola pendant trente-huit ans, de 1979 à 2017. Fermées pour signifier l’hypersurveillance des citoyens, ouvertes pour symboliser les cris de résistance face à la rudesse des autorités.

Florian Azzopardi, fondateur et directeur de la galerie Afikaris, a été impressionné lorsqu’il a vu pour la première fois deux grands formats de Cristiano Mangovo lors d’une exposition à la maison de vente aux enchères parisienne Piasa, fin 2018. « Il est une figure centrale de la scène contemporaine angolaise et très certainement le peintre le plus influent de son pays. Il a su aussi se créer une place en Afrique, tant son univers est singulier et unique », précise le galeriste.

On peut également déceler dans le travail de l’Angolais une certaine filiation avec l’Américain Peter Saul, les Français Robert Combas et Gérard Garouste, même si le message de Cristiano Mangovo est bien différent. Quoi qu’il en soit, collectionneurs et institutions sont de plus en plus attirés par les œuvres du plasticien.

L’artiste invite les spectateurs de ses toiles à adopter une attitude réparatrice, ancrée dans une nouvelle harmonie : « Comme l’oiseau, je peux entrer partout : dans la maison des pauvres comme dans la maison des rois. Je peux écouter ce qu’il s’y passe et transmettre le message. J’essaie avant tout de transmettre un message d’espoir à travers la vie quotidienne. »

Visite virtuelle de l’exposition : www.artland.com/exhibitions/humano-e-a-natureza

Olivier Herviaux

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