Par Leslie Carretero Publié le : 02/07/2021

Tous les week-ends, l’association Diakité investit la Maison des jeunes de Bayonne, dans le sud de la France, pour des après-midis de rencontres avec les exilés de passage dans la région. Les migrants viennent récupérer des vêtements, des kits d’hygiène ou bénéficier d’une consultation médicale. Mais ils retrouvent aussi l’espace de quelques heures un semblant de vie normale et un peu de dignité.

Reportage.

Comme presque tous les week-ends depuis février, l’association Diakité a posé en ce dernier dimanche de juin ses bagages dans les locaux de la Maison des jeunes de Bayonne (Gaztetxea), dans le sud de la France près de la frontière espagnole.

Depuis que l’association a quitté le centre Pausa après des divergences avec la mairie, elle a élu domicile ici, sur les bords de l’Adour.

Il est 14h et les premiers visiteurs franchissent le pas de la porte. Les exilés sont ici un peu comme chez eux. Amadou* se sert un verre de thé qu’il sirote sur une petite estrade. Téléphone à la

main, il scrolle ses messages WhatsApp, profitant du wifi mis à disposition. Le jeune Ivoirien de 17 ans est arrivé à Bayonne en début d’année. Pris en charge dans un centre pour mineurs de la ville, il passe souvent au Gaztetxea.

Certains migrants regardent les vêtements mis à leur disposition. Crédit : InfoMigrants

“J’aime bien venir car je vois d’autres personnes de mon âge et de ma communauté”, explique-t-il, les yeux toujours rivés sur son téléphone. “J’apprécie les jeunes de mon centre mais je les vois tous les jours, c’est bien de voir de nouveaux visages”, sourit Amadou.

Moments de partage

Comme lui, Pape* vient tous les week-ends, il est même devenu bénévole pour l’association Diakité. Sans-papiers depuis son arrivée en France en février 2020, ce Sénégalais de 32 ans apprécie ces moments de partage dans son quotidien précaire. Les jeunes lui permettent même de reprendre espoir. “Voir des gens dans la même situation que moi quand j’ai débarqué ici me fait du bien et me motive. Je me dis que j’ai dépassé ce stade et ça me donne de la force”, affirme celui qui rêve d’intégrer la légion étrangère. En attendant, il travaille de manière illégale en tant que maçon sur des chantiers de la région.

Les migrants viennent à la Maison des jeunes pour différentes raisons. Certains passent simplement pour échanger. D’autres pour manger un bout ou boire un verre, attablés au comptoir. C’est aussi l’occasion pour eux de retrouver un semblant de vie normale, après des mois ou des années passées sur la route de l’exil.

D’autant que pour beaucoup d’entre eux, le voyage n’est pas terminé. Ils ne sont que de passage à Bayonne. La ville a vu défiler au moins 25 000 exilés depuis trois ans, selon les associations locales. Des migrants qui s’arrêtent quelques jours dans la ville basque avant de continuer leur route vers d’autres villes françaises.

“Lieu de rencontres”

C’est le cas de Mohammed, un Guinéen de 31 ans. Dans la région depuis une semaine, il espère prendre un bus dans les prochains jours pour rallier Paris où il déposera sa demande d’asile. Cet opposant politique dans son pays d’origine est venu récupérer un sac à dos et quelques affaires de rechange, apportés quelques minutes plus tôt par des bénévoles ou de simples citoyens.

La médecin Frédérique donne des médicaments à un migrant malade. Crédit : InfoMigrants

Un peu plus loin, Mamadou, un autre Guinéen de 24 ans, en profite pour bénéficier d’une consultation médicale. Frédérique, médecin pour l’association, lui donne des médicaments pour régler ses problèmes de transit. “On gère les petits bobos, si c’est trop important on les dirige vers la PASS de Bayonne”, précise Frédérique.

Les après-midi de Diakité, où défilent une vingtaine de migrants (le chiffre peut varier selon le nombre de personnes présentes à Bayonne) sont “devenus un lieu de rencontres”, résume Lucie Bortayrou, présidente de l’association. Ici, le temps s’arrête. Au milieu des bénévoles et des personnes au même vécu, les migrants retrouvent leur dignité. L’espace de quelques heures, ils redeviennent des jeunes comme les autres.

*Les prénoms ont été modifiés.

Leslie Carretero, envoyée spéciale au Pays basque.

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