Un incendie criminel a endommagé la maison où dormaient le maire de Saint-Brevin-les-Pins et son épouse. Sur place, on soupçonne les opposants au futur centre d’accueil pour réfugiés qui doit ouvrir à la fin de l’année.

Michel Deléan

23 mars 2023 à 15h50

La commune de Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique) est en état de sidération. Mercredi, vers 5 heures du matin, un incendie criminel a entièrement détruit les deux voitures et gravement endommagé la maison du maire de la commune, Yannick Morez. Un lancer de cocktail Molotov est évoqué.

« Choqué par cette attaque lâche et inadmissible, j’ai porté plainte ce matin, espérant que les auteurs des faits seront retrouvés et condamnés rapidement. Avec ma femme, nous tenons à remercier les personnes qui ont sonné à notre porte, nous alertant, et sans qui les conséquences auraient pu être encore plus dramatiques, ainsi que les pompiers », déclare l’édile dans un communiqué. Les messages de soutien affluent en mairie, explique son cabinet à Mediapart.

Ce que la mairie ne dit pas publiquement, mais qui ne fait de doute pour personne à Saint-Brevin, c’est que l’extrême droite est probablement derrière ce geste criminel. Ces derniers mois, Yannick Morez avait été l’objet de menaces ciblées sur les réseaux sociaux, et avait reçu des tracts jusqu’à son domicile.

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Yannick Morez, maire de Saint-Brevin-les-Pins, déjà menacé de mort par des anti-Cada, devant son domicile incendié, le 22 mars 2023. © Photo Florence Lambert / Ouest France / PhotoPQR via MaxPPP

La commune doit en effet accueillir un centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) à la fin de l’année, et l’extrême droite s’est emparée du sujet avec férocité. Le 25 février, un rassemblement d’opposant·es au projet de centre d’accueil, arborant notamment des drapeaux « Reconquête », avait fait face à celui d’habitant·es et de militant·es favorables au projet, plus nombreux.

Dans cette station balnéaire qui ne compte que 16 000 habitant·es l’hiver, dont beaucoup de retraité·es, l’extrême droite n’est pas très implantée. « Localement, le collectif des opposants ne représente que dix à quinze personnes, mais ils ont fait appel à Reconquête, vite rejoints par l’Action française et des cathos intégristes. Ils ont été instrumentalisés », témoigne Philippe Croze, président du Collectif des Brévinois attentifs et solidaires (CBAS), sollicité par Mediapart. Lui défend le futur centre d’accueil de demandeurs d’asile.

« Le rapport de force n’est pas en faveur de l’extrême droite. Lors du rassemblement de février, on était 1 200 et eux 280. Ici, très peu de gens nous insultent quand on distribue des tracts. Ce qu’on n’arrive pas à comprendre, c’est qu’ils s’en prennent au maire alors que c’est un projet de l’État, qui est porté par le préfet. On ne s’attendait pas du tout à ce que ça atteigne ce niveau de violence-là, poursuit Philippe Croze. On soutient le maire, et on espère que ce geste fou va finalement calmer les esprits. »

Le parquet de Saint-Nazaire a ouvert une enquête préliminaire pour « destruction volontaire par incendie sur personne dépositaire de l’autorité publique », et les gendarmes enquêtent. Dans un souci d’apaisement, aucun rassemblement politique ou associatif n’est prévu sur place. Le fait que le maire, un modéré, ait été élu sous l’étiquette Renaissance ne semble pas primordial, loin de là.

« On n’est pas particulièrement surpris après ce qui s’est passé à Callac, témoigne Michel Sourget, lui aussi militant du CBAS. Je ne sais pas s’il y avait une volonté de tuer, mais ils s’en sont pris à deux voitures garées très près de la maison, et le maire et sa femme, qui dormaient, auraient pu y rester si des ouvriers des Chantiers de l’Atlantique qui partaient au travail n’avaient pas donné l’alerte et sonné à leur porte. Ça dépasse la mesure. »

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Dans un communiqué, le collectif dénonce des « faits odieux et criminels » et apporte son « soutien total et inconditionnel » au maire. « Qui veut répandre la peur à Saint-Brevin ? De quel côté est la violence ? Depuis 2016, après d’autres évènements violents, une atmosphère apaisée s’est installée à Saint-Brevin avec le passage de 400 réfugiés. Depuis un an, le centre d’accueil de demandeurs d’asile en cours de réalisation n’est qu’un prétexte pour tenter d’imposer des idées xénophobes et racistes et de répandre un climat de peur dans la commune », déclare le collectif.

Le Cada de Saint-Brevin doit toujours ouvrir à la fin de l’année. À Callac (Côtes-d’Armor), en revanche, le projet d’accueillir quelques familles de réfugié·es dans ce bourg de 2 200 habitant·es a été abandonné après des manifestations d’extrême droite.

Ce projet, porté par le fonds de dotation Merci, dans une commune qui perd des habitant·es, a été présenté comme la « mère des batailles contre le grand remplacement » par quelques organisations d’extrême droite, qui ont finalement réussi à décourager les bonnes volontés.

Michel Deléan

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