La ville nabatéenne de Pétra, en Jordanie, est célèbre pour ses édifices creusés dans la roche, mais aussi pour ses monuments construits et ses ingénieux systèmes hydrauliques. Occupé de la préhistoire jusqu’au Moyen Âge, puis oubliée, le site a été redécouvert en 1812 par le voyageur Jean Louis Burckhardt. – © Cateloy/IMA

Aujourd’hui, dans le dictionnaire, « arabe » qualifie une personne venant « d’Arabie et de tout pays ou communauté dont la langue est l’arabe ». Ainsi, « arabe » ne désigne pas seulement un territoire géographique ou une ethnie, mais aussi une population unie par le langage. Dans l’Antiquité, la définition est différente. « Arabe » désigne alors différentes populations qui ont en commun d’habiter la péninsule Arabique. Leur langues sont diverses, mais elles appartiennent toutes au groupe sémitique, et sont donc plus ou moins proches de la langue arabe codifiée plus tard par les grammairiens musulmans.

Le terme « arabe » apparaît pour la première fois au IXe siècle avant J.-C. dans les sources assyriennes. Il désigne alors des populations de l’Arabie du nord-ouest et des marges de la Syrie et de la Mésopotamie : autrement dit, ce sont des populations non-arabes qui utilisent d’abord ce terme. Au VIIe siècle avant J.-C., un texte yéménite emploie le mot « arabe » qui signifie alors « pasteur nomade » ou « bédouin » : c’est la première fois que ce mot est employé en Arabie même. Cependant, nous savons par les rares textes qui nous sont parvenus que les Arabes ne se désignaient pas eux-mêmes ainsi mais suivant le nom de leur tribu.

Ces Arabes comprennent en fait des populations très variées, qui occupent la péninsule Arabique. Les régions les plus peuplées se situent dans le sud, qui est plus arrosé, dans les grandes oasis et le long des rives du Golfe arabo-persique. On trouve donc des pasteurs semi-nomades, ou bédouins, des commerçants et des agriculteurs. Les conditions géographiques et climatiques permettent aussi de distinguer ces populations. Les Grecs puis les Romains distinguent l’« Arabie pétrée » (de pierre), au nord, qui est une province romaine, l’« Arabie déserte » où vivent les nomades et, enfin, l’« Arabie heureuse », plus verte et enrichie par le commerce des aromates. Pline l’Ancien décrit les Arabes comme des commerçants ou des brigands : en effet, le brigandage, ou razzia, est pratiqué à l’encontre des caravanes de marchands afin d’assurer des ressources à certaines tribus. Cette pratique se poursuit d’ailleurs après l’essor de l’islam.

L’Arabie comporte également des royaumes ou d’importants groupements tribaux. Il y a bien sûr ceux de l’ancien Yémen, comme le fameux royaume de Saba, mais il en existe d’autres situés dans le nord, comme le royaume nabatéen avec sa capitale Pétra (aujourd’hui en Jordanie). Dans les grandes oasis de l’Arabie occidentale, de grandes villes marchandes se sont développées : on peut citer al-Oula, l’antique Dédan dans le Hijaz, ou Qaryat al-Faw dans le sud de l’Arabie. Les fouilles archéologiques ont livré des vestiges témoignant d’une culture raffinée et de la richesse de ces royaumes. En Arabie orientale, c’est-à-dire dans la région bordant les rives du Golfe, des royaumes arabes se sont développés. Les vestiges d’ed-Dour ou de Mleiha aux Émirats arabes unis en attestent ; les fouilles menées à Mleiha ont également mis en évidence les liens étroits entre cette région et le royaume nabatéen.

Au IVe siècle de notre ère, l’inscription figurant sur le tombeau d’Imrou al-Qays, situé dans le sud de la Syrie, lui accorde le titre de « roi de tous les Arabes ». Ce roi était également un poète dont au moins une partie de l’œuvre nous est parvenue : elle influence beaucoup la poésie arabe islamique.

Avec l’essor de l’islam et les conquêtes arabes allant des rives de l’Atlantique à l’Asie centrale, ce n’est pas seulement une religion qui se répand, ce sont aussi des populations arabes qui s’installent dans de nouveaux territoires, et une nouvelle culture qui se développe autour de la langue arabe. C’est pourquoi, encore de nos jours, on parle majoritairement arabe du Maroc à l’Irak.
Sterenn Le Maguer

Pour aller plus loin :

  • The ancient Arabs; nomads on the borders of the fertile crescent 9th – 5th centuries B. C., Israel Eph’al, Jerusalem : the Magnes Press : the Hebrew University ; Leiden : E. J. Brill, 1982.
  • Les Arabes et la Mésopotamie à l’époque antique , Dominique Charpin, Clio, 2002, Voir le site
  • Cités, royaumes et empires de l’Arabie avant l’Islam, Christian Robin, Revue du monde musulman et de la Méditerranée, 1991, 61, 1, pp. 45-54, Voir le site

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