https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/cultures-monde/marabouts-feticheurs-conjurer-les-malheurs-5936730?at_medium=newsletter&at_campaign=culture_quoti_edito&at_chaine=france_culture&at_date=2022-12-26&at_position=5

Autorités religieuses et morales, sorciers, devins, arnaqueurs… le terme marabout recouvre une réalité très diverse en Afrique de l’Ouest. Sollicités pour obtenir les faveurs du destin ou pour nuire aux adversaires, les pouvoirs qu’on leur prête en font des figures incontournables de la société.

Avec

  • Florence Bernault Professeure à Science Po
  • Julien Bondaz Ethnologue au laboratoire d’anthropologie des enjeux contemporains (LADEC) de l’Université Lumière Lyon 2
  • Brice Molo Doctorant à l’EHESS
  • Marie-Nathalie Leblanc Anthropologue et professeure titulaire au Département de sociologie de l’UQAM

Mes amies pensaient que je laissais une autre femme s’octroyer le fruit de mon labeur, et m’indiquaient des marabouts à la science sûre qui avaient fait leurs preuves, ramenant l’époux à son foyer, éloignant la femme perverse. Ils avaient des résidences fort éloignées, ces charlatans. On citait la Casamance où les Diolas et les Madjagos excellent en philtres magiques. On pointait l’index vers Line-guère, le pays des peulhs, prompts à la vengeance par le maraboutage comme par l’arme. Non, je ne cédais pas aux sollicitations. Ma raison et ma foi rejetaient les pouvoirs surnaturels. Elles rejetaient cette attraction facile qui annihile toute volonté de lutte. – Extrait de Une si longue lettre, Mariama Bâ

Quand Mariama Bâ écrit sa Si longue lettre, nous sommes en 1979 et cela fait déjà vingt ans qu’en Afrique décolonisée, l’on prédit le déclin des marabouts… de toutes ces superstitions qui ne résisteraient pas, pensait-on alors, au développement économique, à l’urbanisation, à la culture écrite ou aux grandes religions monothéistes.

Quarante ans plus tard pourtant, la sorcellerie n’a pas disparu du continent africain, loin de là, et des pratiques que l’on croyait figées, sont en fait en constante mutation.

En France, c’est l’affaire Pogba qui a récemment fait reparler des marabouts et de l’occulte : le joueur de football aurait eu recours au service d’un marabout pour nuire à son coéquipier de l’équipe de France Kylian M’Bappé ( !) Et tout l’enjeu de l’affaire est de comprendre si le marabout en question était un « bon » ou un « mauvais », quelles étaient ses intentions, et si ses pratiques sont celles de l’islam confrérique, ou de l’occultisme.

Alors, de la Côte d’Ivoire au Cameroun, comment s’explique cette omniprésence des marabouts et féticheurs ? Qu’est-ce qui les réunit, qu’est-ce qui les distingue ? Quelles sont les limites posées à ces pratiques, à la frontière entre la spiritualité et l’arnaque ?

Pour répondre à ces questions, Julie Gacon reçoit Florence Bernault, professeure à Sciences Po, Julien Bondaz, Ethnologue au laboratoire d’anthropologie des enjeux contemporains (LADEC) de l’Université Lumière Lyon 2, Marie-Nathalie Leblanc, anthropologue et professeure titulaire au Département de sociologie de l’UQAM ainsi que Brice Molo, doctorant à l’EHESS.

Ressources :

  • Florence Bernault, Colonial Transactions : Imaginaries, Bodies, and Histories in Gabon, Duke University Press, 2019
  • Brice Molo , « Une géohistoire des catastrophes rumorogènes au Cameroun : les éruptions limniques de Njindoun et Nyos, 1984-1986 », Géocarrefour [En ligne], 93/1 | 2019 : http://journals.openedition.org/geocarrefour/12993

Seconde partie : le focus du jour

La catastrophe d’Eseka : la sorcellerie revendiquée comme moyen collectif de contestation

Le 21 octobre 2016 à Eseka, dans le centre du Cameroun, un train bondé déraillait. Bilan officiel : plus de 80 morts. Si des explications ont été fournies – 8 wagons avaient été ajoutés aux rames en dernière minutes, mauvais état du matériel – rapidement, monte la rumeur selon laquelle le train aurait été ensorcelés par les Bassa, habitants de cette région historiquement liés au train et dont le gouvernement n’a jamais écouté les revendications. Derrière cette rumeur, accusatrice de la part des Camerounais mais parfois revendiquée par les Bassa, il semble que la sorcellerie soit utilisée comme moyen de contestation collective.

Avec Brice Molo, doctorant à l’EHESS.

Une émission préparée par Bertille Bourdon.

Ressources sonores et musicales

  • Un féticheur explique la différence entre les marabouts et les féticheurs (La Nouvelle Chaîne Ivoirienne, 4/09/2022)
  • Témoignage de marabout, (ivoireinfotvnet, 15/12/2020)  
  • Une jeune fille franco béninoise raconte sa consultation chez le marabout au Bénin (Youtube, EDEN – 19/03/2021)
  • Sacrifice d’un poulet à Ouagadougou (Afrique enchantée, France inter, 19/10/2014)
  • Série Taxi brousse – Marabouts et pouvoirs (Africa Shows, 24/09/2017)
  • Concurrence entre Eglises et marabouts/féticheurs : témoignage du rappeur Ks Bloom, Le rappeur énumère ses réussites depuis qu’il s’est converti (Jims family – 22/05/2022)
  • Un témoin de l’accident d’Eseka raconte (CRTV CENTRE – 24/07/2017)
  • Musique : « Magnou Mako » d’Isamel Isaac, chanteur ivoirien né à Abidjan (et dont le père était marabout) : https://youtu.be/IZUvjT7016E

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