Arrivés au pouvoir le 15 août, les talibans étendent leur emprise sur la société afghane. Un musicien folklorique de la province de Baghlan a été exécuté il y a quelques jours, selon une déclaration de son fils à l’agence AP.

Capture d’une vidéo YouTube montrant le musicien afghan Fawad Andarabi, sur la chaîne Imzia vlog. (imzia vlog/Capture vidéo Youtube)

publié le 30 août 2021 à 18h49

Les chants et mélodies traditionnels résonneront-ils encore dans les montagnes afghanes ? Maîtres du pays depuis le 15 août et la prise de Kaboul, les talibans étendent leur emprise, forçant les femmes, les intellectuels, les militants des droits de l’homme au silence. La musique n’est pas épargnée. Dans une vidéo postée samedi sur Twitter, l’ancien ministre de l’Intérieur afghan, Masoud Andarabi, rapporte que les islamistes ont tué Fawad Andarabi, un chanteur folklorique. Sur les images diffusées, l’homme à la barbe coiffé d’un pakol, le béret de laine traditionnel afghan, joue du ghichakn, un instrument à archet. A ses côtés, un autre homme l’accompagne avec un dutar, un luth traditionnel. En arrière-plan, les immenses montagnes de la vallée d’Andarab, dont la famille tire son nom. « Notre belle vallée. […] Terre de nos ancêtres », chante alors le musicien.

Selon le fils de Fawad Andarabi, Jawad, interrogé par Associated Press, les talibans auraient bu le thé dans la ferme familiale quelques jours avant de revenir pour tuer le musicien. « Ils l’ont abattu d’une balle dans la tête. Il était innocent, il ne faisait que divertir les gens », a raconté Jawad à l’agence de presse américaine. La date exacte de sa mort reste à confirmer, une source reprise dans plusieurs tweets évoque le 25 août.

« La musique est interdite dans l’islam»

De son côté, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a déclaré que son groupe allait enquêter sur cet assassinat, sans fournir d’autres informations. Dans un entretien accordé au New York Times mercredi (le premier à un média occidental), le porte-parole du mouvement islamiste assurait : « Nous voulons construire l’avenir et oublier ce qui s’est passé dans le passé.» Pourtant, rien ne laisse présager qu’après avoir été chassés de Kaboul il y a vingt ans par les Américains, les talibans ont l’intention d’infléchir leur façon de gouverner. Au pouvoir de 1996 à 2001, les « étudiants en religion» avaient déjà interdit la musique. Tout comme l’accès, pour les femmes, aux études ou au travail, le cinéma, les échecs ou le cerf-volant. «La musique est interdite dans l’islam, a ainsi déclaré Zabihullah Mujahid au New York Times. Mais nous espérons pouvoir persuader les gens de ne pas faire de telles choses, au lieu de leur mettre la pression.»

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Alors que leur communication officielle se veut rassurante, les talibans se livrent aux mêmes exactions commises par le passé depuis leur prise du pouvoir. Début juillet, des membres de la minorité hazara auraient été torturés puis assassinés par des talibans, a rapporté un document de l’ONG Amnesty International. Dès leur arrivée à Kaboul, les islamistes ont effacé des rues les visages des femmes. La culture ancestrale, comme la musique, est bannie. «Lors du précédent régime taliban, la place de la musique et des musiciens, c’était la tombe, a ainsi témoigné sur France musique Daud Khan Sadozai, un musicien originaire de Kaboul ayant fui le régime taliban en 1996. Ils ont détruit systématiquement les instruments, les cassettes et les télévisions, tout ce qui pouvait servir de support à la musique, n’autorisant que les chansons de propagandes ou religieuses.»

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