Le débat politique français a mis en son centre la question des immigrés ; ces derniers portent des regards « tranquilles et corrosifs » (J.P. Sartre, Orphée Noir) sur la France. Qu’en est-il réellement ?

Dans le cadre du Festival Théâtre des images (une programmation de l’Université Bordeaux Montaigne, UBM), l’Université Bordeaux Montaigne, l’Institut des Afriques, le Laboratoire ARTES (UBM) et Africiné s’associent pour vous présenter une soirée projections-débat autour de la vision des arrivants en France. Les projections seront suivies d’une rencontre avec la cinéaste Djoura Abouda, animée par Marguerite Vappereau et Thierno Dia (UBM). 

Billetterie: 7€ ou ticket d’abonnement Utopia | Tarif unique pour 2 séances 9€. Achetez vos places à l’avance au cinéma, à partir du mercredi 16 février.

Au programme :

  • 17h30 : projection de SOLEIL Ô, de Med Hondo
  • 20h30 : projection de ALI AU PAYS DES MERVEILLES, de Djouhra ABOUDA et Alain BONNAMY.
  • 21h : rencontre avec la cinéaste Djouhra Abouda et discussion sur les deux films. 

Synopsis :

ALI AU PAYS DES MERVEILLES 

Écrit et réalisé par Djouhra ABOUDA et Alain BONNAMY  – France 1976 Documentaire 59mn. Musique : Djamel Allam 

Ali au pays des merveilles, tourné en 16mm, est un geste frontal, radical et fulgurant, militant et musical, où « toutes les images ont été filmées comme des coups de poing ». Ce film-tract virevoltant, porté par un montage sans concession, fait éclater au grand jour la condition des travailleuses et des travailleurs immigrés à Paris et alentours dans les années 1970. Un cri de colère lancé à la face de la société française, pays des merveilles où prospèrent l’exploitation et le racisme, où se perpétuent la domination et l’esprit de colonisation. (Nicolas Feodoroff – FIDMarseille)  

Le film donne également voix aux plus oubliées, les femmes, grandes absentes des films et documents sur les luttes des travailleur.se.s immigré.e.s.  (Léa Morin – Talitha) 

SOLEIL Ô 

Écrit et réalisé par Med HONDO – Mauritanie/France 1970 1h38 mn VOSTF – avec Robert Liensol, Josette Barnet, Théo Légitimus, Gabriel Glissant, Greg Germain, Mabousso Lô, Alfred Sanvi Panou… Musique : Georges Anderson. Léopard d’Or à Locarno 1970 et Prix de la critique internationale au FESPACO 1971.  

 « Douce France, je suis blanchi par ta culture mais je demeure nègre depuis le commencement ».  

Les films traversent le temps car ils sont un formol des évènements / visions de leur époque. 

Certains films (comme celui-ci de Med Hondo) traversent mieux que d’autres, car ils parlent de leur temps, en ayant conscience de parler aux générations à venir, en s’en donnant les moyens. Il ne s’agit pas de l’argent (SOLEIL Ô a été tourné avec un maigre budget). C’est plutôt dans la mobilisation des énergies possibles (acteurs, techniciens et surtout le langage du cinéma même/surtout désargenté). 

Accueilli contradictoirement par la critique, multi-primé, distribué bien après, ce film trace le portrait d’un émigré noir qui monte à Paris “au pays de ses ancêtres les Gaulois”. Ce film-manifeste dénonce une nouvelle forme d’esclavage (avec la complicité de dignitaires africains). Cet immigré essaie désespérément de trouver un travail, un logement, mais doit faire face à l’indifférence, le rejet, l’humiliation. Jusqu’au hurlement final de révolte.

« Soleil Ô » est le titre d’un chant antillais qui conte la douleur des Noirs amenés du Dahomey (actuel Bénin, métaphore de l’Afrique) aux Caraïbes. 

Med Hondo

Cinéaste mauritanien très tôt installé en France, Med Hondo est une voix de l’ombre, au propre comme au figuré. En doublage, il est la voix française officielle de Eddie Murphy, Morgan Freeman, Danny Glover, Laurence Fishburne. Ses films ont subi les ciseaux de Dame Anastasie (saint patronne de la censure), en France et dans des pays africains, tel Sarraounia (1986) sur la sanglante expédition coloniale Voulet-Chanoine (1899) en Afrique de l’Ouest.  Il est mort en 2019. 

Ce premier long métrage de Med Hondo a été restauré en 2017 dans le cadre de l’African Film Heritage Project : un partenariat entre la Fédération Panafricaine des Cinéastes (FEPACI), la Film Foundation de Martin Scorsese et l’UNESCO. 

Intervenants

> Djouhra Abouda, réalisatrice, chanteuse et écrivaine 

Née dans un village des montagnes du Djurdjura en Kabylie à la fin des années 1940, Djouhra Abouda (1949) arrive en France avec son père à l’âge de 5 ans et vit à Paris, dans le quartier de Belleville. Après avoir rompu avec sa famille qui l’empêche de choisir une carrière artistique, elle fonde dans les années 1980 le groupe Djurdjura avec lequel elle produit plusieurs albums avant de se consacrer à une carrière solo, avec l’album Uni-vers-elles, sorti en 2002.  Dans les années 1970, Djouhra Abouda développe un projet cinématographique dans les laboratoires de l’Université de Vincennes avec l’architecte Alain Bonnamy (1947). Ils produiront et réaliseront trois films ensemble : Algérie couleurs (1970-1972), une recherche cinématographique sur la couleur dans l’architecture algérienne réalisée au banc-titre à partir de photographies prises par Alain Bonnamy et montées selon un paradigme musical Cinécité en 1973-1974 (qui figure déjà dans la collection du Musée national d’art moderne), fondé sur le principe du métissage des cultures ; Ali au pays des Merveilles (1975-1976), film-tract consacré aux conditions de vie des travailleurs algériens en France.  

> Marguerite Vappereau, historienne du cinéma

Marguerite Vappereau est maîtresse de conférence en études cinématographiques à l’université Bordeaux Montaigne. Ses recherches portent sur le processus créatif, les politiques culturelles et l’intermédialité selon une triple approche historique, génétique et esthétique. Elle est membre du laboratoire ARTES (UR 24141). Elle a codirigé deux ouvrages collectifs sur René Allio avec Sylvie Lindeperg et Myriam Tsikounas aux PUR en 2013 et aux Presses de La Sorbonne en 2017, un ouvrage collectif sur le cinéaste arménien Artavazd Pelechian avec Claire Déniel (Yellow Now, 2016), et, en 2020, un ouvrage collectif sur le centre méditerranéen de création cinématographique aux PUP avec Caroline Renard et Katharina Bellan.

> Thierno Dia, enseignant et critique cinéma

Chercheur en Arts et journaliste sénégalais, il enseigne le cinéma comparé depuis 1999 (Universités Bordeaux Montaigne et de Niamey). Rédacteur en chef d’Africiné Magazine (www.africine.org), il est auteur de plusieurs livres, articles, formations et conférences (Milan, Luxor, INALCO, Libreville, Durban…). Thierno a été membre du jury de plusieurs festivals : Carthage, Cozes, Dakar, Louxor, Toulouse.

Partenaires : 

Université Bordeaux Montaigne, Festival Théâtre des Images, laboratoire ARTES, Africiné.

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