Alors que la situation humanitaire se dégrade encore dans la bande de Gaza, l’aide internationale demeure pour l’instant insuffisante. Dans ce contexte, que peut le droit international ?

Avec

  • Sarah Château Responsable des opérations en Afghanistan pour Médecins sans frontières
  • Johann Soufi Avocat spécialisé dans le domaine de la justice pénale internationale et des droits de l’homme, responsable du bureau juridique de l’UNRWA, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens et ancien procureur international en Ukraine.
  • Aurélia Devos magistrate, ancienne responsable du pôle “crimes contre l’humanité” du tribunal judiciaire de Paris
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Une aide humanitaire insuffisante ?

Sarah Château, responsable des opérations de Médecins sans Frontières en Palestine, fait d’abord part des témoignages de ses équipes sur place à Gaza : “la situation médicale est désastreuse. Nous n’avons plus de médicaments et les hôpitaux sont saturés. Les patients affluent quotidiennement : on parle actuellement d’environ 21 000 blessés liés au conflit, sans compter les victimes de maladies chroniques ou les femmes enceintes. De même, il y a des heures de queue pour trouver un morceau de pain. Les gens ne peuvent bénéficier qu’au maximum d’un repas par jour et l’eau n’est souvent pas potable”. Malgré l’arrivée d’une trentaine de camions ce dimanche à Gaza, l’apport de matériel médical et de nourriture n’est pas suffisant. ”Depuis 25 jours, on ne compte que 110 camions qui ont pu rentrer dans Gaza, quand il y en avait entre 300 et 500 par jour avant le 7 octobre”, ajoute Sarah Château. Parmi les ressources dont ont besoin les équipes et la population sur place, l’essence est fondamentale : elle permet notamment de faire tourner les usines de désalinisation d’eau et de faire fonctionner un certain nombre d’appareils médicaux.

La réaction de la Cour pénale internationale

Karim Khan, procureur de la Cour pénale internationale, s’est rendu au poste-frontière de Rafah, situé à la frontière entre l’Égypte et la bande de Gaza, et a appelé Israël à permettre un acheminement plus conséquent de matériel humanitaire. “C’est un signe encourageant, car cela montre aussi que l’Égypte souhaite coopérer sur cette question”, estime Johann Soufi, avocat international et ancien responsable du bureau juridique de l’UNRWA, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens. Mais est-il trop tôt pour qu’une telle instance intervienne afin de juger des crimes encore flous et toujours en train de se produire ? “Au premier abord, on peut être surpris par la rapidité de la réaction de la Cour pénale internationale. Néanmoins, la situation a changé depuis la guerre en Ukraine. La justice internationale vient désormais exposer les règles de droit qui pourraient être franchies et donc on prévient que la justice est présente, en quelque sorte”, explique ensuite Aurélia Devos, magistrate et ancienne responsable du pôle “crimes contre l’humanité” du tribunal judiciaire de Paris.

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L’efficacité de la justice internationale en question

Depuis 2021, la Cour pénale internationale enquête sur les Territoires Palestiniens occupés et d’éventuels “crimes contre l’humanité.” Or, beaucoup ont jugé que cette enquête ne produisait pas beaucoup d’effets concrets. Johann Soufi estime que les ressources financières et les moyens matériels disponibles pour les enquêtes en Palestine étaient moins conséquents que dans d’autres situations, comme en Ukraine. “Aujourd’hui, la Cour a non seulement un aspect rétributif, mais surtout un aspect préventif en réalité. Le procureur souhaitait aussi, par son discours, faire comprendre qu’il n’y aura pas d’impunité”, précise-t-il. Du point de vue d’une organisation comme Médecins sans Frontières, les actions menées par de telles institutions s’inscrivent dans une temporalité différente, même si elles sont bienvenues : “actuellement, les besoins sont immédiats. Nous avons besoin d’actions concrètes et rapides, et les décisions prises par ce genre d’instances arrivent parfois de manière décalée par rapport à l’immédiateté des besoins de la population.”

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