Kahina Bahloul, à Paris, le 8 mars.Kahina Bahloul, à Paris, le 8 mars. EDITIONS ALBIN MICHEL / SAMUEL KIRSZENBAUM

Devenue en 2019 la première femme à occuper la fonction d’imam en France, Kahina Bahloul revient sur son parcours dans un livre engagé qui appelle à soutenir l’islam libéral.

Propos recueillis par Virginie Larousse

Ne vous fiez pas à son regard doux et à son allure posée : Kahina Bahloul a un caractère très affirmé. Une qualité indispensable pour celle qui est devenue, en mai 2019, la première femme imame en France, mettant à mal la tradition qui fait de cette fonction le domaine réservé des hommes. Si les insultes et les tentatives d’intimidation ont fusé, la jeune femme, qui porte le prénom d’une indomptable reine berbère du VIIe siècle, ne s’est pas laissé impressionner. « On ne servira jamais rien aux femmes sur un plateau d’argent, affirme-t-elle. Il faut oser y aller. »

Née à Paris en 1979 d’un père algérien kabyle et d’une mère française (dont la propre mère était juive polonaise et le père catholique français), Kahina Bahloul a grandi en Algérie, où elle a passé son enfance et ses années d’études de droit. Elle y a connu la décennie noire et les attentats islamistes. Un traumatisme pour la jeune femme, confrontée à une vision de la religion musulmane radicalement opposée à celle qui lui avait été inculquée. « Je descends d’une famille maraboutique. Depuis l’enfance, mon père m’a toujours enseigné que le plus important, pour un musulman, est de purifier son cœur », explique-t-elle.

En 2003, elle revient en France. Le décès de son père la conduit à approfondir son lien avec la mystique musulmane, le soufisme. Les attentats islamistes qui frappent Paris en 2015 achèvent de lui faire prendre conscience qu’elle doit désormais agir pour faire sa part dans la déconstruction du fondamentalisme. Elle reprend alors des études d’islamologie à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE, Paris) et lance le projet de la mosquée Fatima avec Faker Korchane, président de l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite (ARIM) – un courant musulman rationaliste.

L’imame réformiste vient de publier, chez Albin Michel, Mon islam, ma liberté –ouvrage dans lequel elle raconte son parcours et présente sa vision d’un islam affranchi de ses scléroses. Le livre est aussi une main tendue vers ceux qui souhaitent œuvrer à la diffusion d’une lecture progressiste de la religion musulmane. Car les obstacles ne manquent pas.

Vos racines sont multiples, entre islam, judaïsme et christianisme. Qu’est-ce qui vous a conduite à choisir l’islam ?

A mes yeux, la religion n’est pas quelque chose dont on hérite. C’est un choix intime qui doit être totalement libre et consenti, une adhésion qui se fait par le cœur. Il se trouve que j’ai grandi en Algérie et que j’ai baigné toute mon enfance dans cette culture musulmane qui était celle de ma famille paternelle. Mon premier rapport à la religion s’est donc fait à travers l’islam. Mais la « décennie noire » (années 1991-2002) en Algérie a généré en moi beaucoup d’interrogations sur cette religion. Cela aurait pu me conduire à m’en détourner, d’autant que je n’étais alors pas consciente que les intégristes instrumentalisaient l’islam à des fins politiques.

Néanmoins, jeune adulte, j’ai éprouvé le besoin de faire un retour à la spiritualité. Il m’a semblé que la religion la plus proche de moi d’un point de vue culturel était l’islam. Je me suis plongée en particulier dans le soufisme. J’ai aussi été confortée dans mon choix par le fait que l’islam est chronologiquement la dernière religion abrahamique, qu’elle synthétise tous les autres messages prophétiques. J’y retrouve donc toutes mes appartenances religieuses. S’il fallait le résumer en une phrase, Dieu, à mes yeux, c’est l’universel. On peut voir Dieu partout, dans toute sa création, dans toute son immanence.

Comment devient-on imam et quelles en sont les fonctions ?

Rappelons d’abord que l’islam n’est pas organisé autour d’une autorité cléricale centrale ; il favorise un lien direct entre le croyant et son Créateur. Un clergé de fait existe cependant, avec, dans certains pays musulmans, des ministères des affaires religieuses ou de grandes institutions qui forment les imams : Al-Azhar en Egypte, la Zeitouna en Tunisie.

Le mot « imam » vient du terme « être devant ». Sa fonction est d’abord de guider l’assemblée des fidèles pendant la prière, d’officier lors de cérémonies religieuses (mariages, funérailles…), et de transmettre un savoir religieux. On pourrait comparer l’imam au rabbin ou au pasteur. C’est l’assemblée des croyants réunie lors de la prière qui désigne et donne sa légitimité à l’imam.

Vous êtes devenue imame en 2019, alors que cette fonction est traditionnellement réservée aux hommes. Qu’est-ce qui vous a incitée à braver cet interdit ?

Je n’ai pas le sentiment de braver un interdit. Il est vrai que dans ma jeunesse, je n’ai pas eu d’exemples de femmes imames autour de moi. Il faut savoir que le Coran ne dit strictement rien sur l’imamat, qu’il soit masculin ou féminin ; cette fonction a été instaurée plus tardivement pour organiser le culte. Lorsqu’il est employé dans le Coran, le terme « imam » désigne généralement les prophètes ou certains livres comme celui de Moïse.

« Je n’ai pas l’impression d’être dans la transgression, mais au contraire de revenir au modèle que nous a laissé le Prophète »

Je considère que le Prophète nous a laissé un précédent puisque la tradition indique qu’il a désigné une femme de son entourage, Oum Waraqa, pour diriger la prière à Médine – sans que l’on sache s’il s’agissait d’une prière réservée aux femmes ou d’une assemblée mixte d’hommes et de femmes. Le fait que ces dernières soient écartées de cette fonction résulte d’une évolution sociale, et non d’une ségrégation qui aurait été voulue dès l’origine.

La littérature classique de l’islam montre d’ailleurs qu’il y a eu des échanges très riches sur la question de l’imamat féminin à travers l’histoire. Mais à partir du XIXe-XXe siècles, cette question est devenue taboue, et on a fini par intégrer dans nos schémas mentaux que cette fonction était inaccessible aux femmes. Plus personne ne s’est interrogé sur les fondements de cet impensé.

Apprendre que certaines femmes dans le monde – Amina Wadud aux Etats-Unis en 2005, Sherin Khankan au Danemark… – étaient devenues imames a été pour moi une source d’inspiration. Je n’ai donc pas l’impression d’être dans la transgression, mais au contraire de revenir au modèle que nous a laissé le Prophète.

A quelles oppositions avez-vous dû faire face ?

Début 2019, quand nous avons commencé à parler du projet, cela a généré beaucoup de violence, d’insultes et de menaces, notamment sur les réseaux sociaux. Pour autant, si on veut en finir avec les schémas archaïques, il faut oser y aller. Certains estiment que notre action vise à dévoyer le « vrai » islam, alors que la méconnaissance de la religion musulmane est plutôt de leur côté ! Le mot « réformisme » effraie ceux qui se présentent comme les garants de l’orthodoxie. Or il ne s’agit bien sûr pas de tout sacrifier mais de faire un état des lieux permettant de déterminer ce qui va dans le bon sens et ce qui s’en éloigne.

Ces deux dernières années, je me suis attachée à démontrer que la tradition musulmane n’interdit pas l’imamat féminin. Ce travail commence à porter ses fruits : depuis quelque temps, il n’y a plus autant de virulence face à nous. Certains leaders religieux en France, à l’instar de Tareq Oubrou ou de Mohamed Bajrafil, abordent ce sujet sans animosité et reconnaissent la validité de l’imamat féminin.

Qualifiez-vous votre engagement de « féministe » ?

J’ai toujours du mal à répondre à cette question. Il se trouve que je m’intéresse à un domaine qui exclut la femme ; on me voit donc comme une « féministe ». Je ne rejette pas ce terme, car j’ai énormément de respect pour les féministes et ce qu’elles nous ont apporté. Néanmoins, ce n’est pas l’origine de mon engagement. J’ai toujours été révoltée par toutes les formes d’injustice. Lorsque j’ai voulu exercer cette fonction, je ne me suis pas posé la question de savoir si c’était en tant que femme ou non.

« Le meilleur féminisme, c’est l’humanisme »

Ce dont je rêve, c’est d’une humanité inclusive et structurellement juste. Avant d’être une femme, je suis un être humain. Voilà pourquoi je pense que le meilleur féminisme, c’est l’humanisme.

J’ai grandi dans une société, en Algérie, où la liberté n’était pas acquise. Mon combat de vie a donc été d’être libre. Pour moi, il est capital que les femmes s’autorisent à occuper ces fonctions. C’est ouvrir la voie et donner une place à l’expérience féminine. Jusqu’à maintenant, les exégèses ont été réalisées par des hommes, ce qui a abouti à occulter la moitié de l’humanité. Cela participe évidemment à la construction de nos imaginaires et de nos schémas mentaux.

Quel est l’état des lieux de la condition féminine dans votre tradition religieuse ? Diriez-vous qu’il y a amélioration ou régression ?

C’est très difficile d’en juger – tout dépend par rapport à quand et à quoi on se situe. De plus, il y a de multiples façons de vivre l’islam, qui n’est pas une religion monolithique. Depuis la prise de pouvoir de Khomeiny en Iran, cependant, on observe plutôt une régression des droits des femmes dans les sociétés musulmanes, avec la volonté de les invisibiliser ou de les dominer. Néanmoins, ces dernières années, les revendications féministes se font entendre, par exemple en Algérie au sein du mouvement du Hirak et en Tunisie autour de la question de l’héritage ou de la possibilité pour les femmes d’épouser un non-musulman.

Je pense donc que les choses commencent à bouger, dans le sens où on ose aujourd’hui aborder des questions qui étaient taboues il y a trente ans. Pour autant, sur le plan institutionnel, nous ne sommes pas reconnues et nous n’avons pas voix au chapitre. Il y a encore beaucoup de résistances. Mais toute révolution commence par des petits pas ; il faut espérer que nous irons plus loin.

Vous appelez à une réforme profonde de l’islam, qui est selon vous « cantonné à des normes et à un ritualisme asséchants ». Mais est-elle réellement envisageable, compte tenu du statut du Coran, vu comme la parole immuable de Dieu (doctrine du Coran incréé) ?

Au moment de la révélation, dans le contexte de l’Arabie du VIIe siècle, l’islam a beaucoup contribué à faire évoluer les droits sociaux, notamment ceux des femmes. Pourtant, aujourd’hui, certains entendent figer nos comportements et nos relations sociales, voire les ramener à l’époque du Prophète. Or le rôle de la religion devrait être d’élever l’être humain et de l’accompagner dans son évolution à travers les siècles. Ce n’est pas en revenant à l’Arabie du VIIe siècle qu’on respecte notre religion, au contraire.

J’appelle de mes vœux à réformer l’islam et beaucoup de musulmans le souhaitent ardemment, comme en témoignent les mouvements qui se créent un peu partout dans le monde. La recherche scientifique en islamologie a beaucoup avancé, conduisant un nombre croissant de musulmans à se questionner précisément sur le statut du Coran – créé ou incréé. C’est en effet une question centrale, d’autant que le Coran n’a pas toujours été considéré comme la parole incréée de Dieu dans l’histoire.

L’adoption de cette doctrine, au XIe siècle, a été un moment charnière dans la pensée islamique. En finir avec cette approche permettrait de recontextualiser la révélation et d’interpréter certains versets – en particulier les passages violents – en les replaçant dans leur contexte historique. Seul Dieu est incréé, le texte coranique ne peut être considéré comme tel.

Comment vivez-vous les crispations de la société française sur l’islam ?

Je les vis souvent avec tristesse. Le discours public est pris en étau entre deux tendances opposées : les islamistes d’un côté, les identitaristes de l’autre. Au milieu, nous sommes une grande majorité de musulmans qui aimons ce pays, qui y travaillons et qui contribuons à sa construction, mais nous ne sommes pas écoutés. Nous ne sommes pas vus pour ce que nous sommes vraiment : des hommes et des femmes qui voulons le bien de tous et qui, souvent, fondons nos actions sur les valeurs de notre religion – des valeurs humanistes respectueuses de l’altérité.

J’invite chacun à prendre conscience que les choses sont complexes, à ne pas céder à certains discours simplistes et à garder en tête que l’islam, son histoire, sa pensée, sont d’une richesse extrême, qui a apporté beaucoup à notre humanité d’un point de vue spirituel et civilisationnel.

« Nous sommes une grande majorité de musulmans qui aimons ce pays, qui contribuons à sa construction, mais nous ne sommes pas écoutés »

J’aimerais qu’en France on incarne davantage la notion de fraternité, qui me semble être le parent pauvre de notre triptyque républicain. On défend beaucoup la liberté et l’égalité, bien moins la fraternité. L’attitude un peu condescendante avec laquelle les croyants sont souvent traités est dommageable, car les religions peuvent être source de beaucoup de vitalité, et l’être humain est par définition un être spirituel. Rappelons aussi que nous autres croyants sommes évidemment laïques ! Plutôt que d’ériger des murs, osons aller vers plus de lien et de fraternité.

Vous sentez-vous concernée par les approches décoloniales sur l’islam ?

Je suis très gênée par ce mélange des genres entre la religion, qui est pour moi une expérience intime et personnelle, et les thématiques aux enjeux politiques comme la colonisation.

L’histoire de la colonisation est bien sûr quelque chose qui me touche énormément, ma famille l’ayant subie. Mais les amalgames qui sont faits entre la religion et l’histoire coloniale sont malsains. S’il faut chercher à pacifier la mémoire en poursuivant les recherches sur la colonisation, gardons-nous de faire de l’islam une identité à part entière.

Dans son livre Les Identités meurtrières (Grasset, 1998), Amin Maalouf défend l’idée de ne pas essentialiser l’identité autour de la question religieuse, point de vue auquel je souscris entièrement. L’identité d’un être humain est composée de diverses facettes qu’il faut toutes prendre en compte.

On vous sent justement très à l’aise sur ce point. Comment avez-vous appris à conjuguer les différentes facettes de votre identité ?

Je pense que c’est d’abord lié à mon histoire familiale. Mes grands-parents, paternels et maternels, ont joué un rôle structurant dans ma vie. Malgré leurs origines différentes – Algériens musulmans du côté paternel, Français chrétien et juif du côté maternel –, j’ai toujours vu une profonde amitié et un profond respect entre ces deux couples. Cela a facilité mon regard sur l’altérité et sur la possibilité de conjoindre en soi toute cette diversité.

Je mentirais en disant que cela a toujours été facile, mais je suis parvenue à trouver l’harmonie, parce que j’ai conscience que l’identité d’un individu est, elle aussi, complexe. La mystique soufie m’a beaucoup aidée. J’y ai trouvé des penseurs qui, à l’instar d’Ibn Arabi (1165-1240), ont défendu l’idée que toutes les religions ont leur place.

L’imame Kahina Bahloul lors de la prière organisée par la mosquée Fatima, à Paris, en février 2020. LUCAS BARIOULET / AFP

Quelle est votre position sur la question, très sensible en France, du voile islamique ?

A mes yeux, le foulard n’est absolument pas une obligation religieuse, ce dont j’ai fait la démonstration théologique à partir du texte coranique. Je ne l’ai d’ailleurs jamais porté. Mon expérience du voile en Algérie a été extrêmement violente : beaucoup de femmes ont été obligées de le revêtir pour avoir la vie sauve, certaines ont été tuées parce qu’elles ont refusé de le porter. Mon rapport au voile reste très entaché par la « décennie noire » en Algérie.

« Les amalgames qui sont faits entre la religion et l’histoire coloniale sont malsains »

Cela dit, il s’agit, là encore, d’une question complexe. Toutes les femmes voilées ne sont évidemment pas islamistes ni intégristes, loin s’en faut. Certaines lui donnent un autre sens, plus personnel. Le voile a donc un caractère éminemment polysémique. Le plus important est que la liberté individuelle de chacune puisse s’exercer.

Parlez-nous de la mosquée Fatima. Où en êtes-vous dans l’avancée du projet ?

La mosquée Fatima existe bel et bien mais nous n’avons pas de local pour nos offices religieux. Avant la crise sanitaire, nous arrivions à louer une salle à Paris pour la prière du vendredi. Depuis la pandémie, tous nos prêches se font en ligne sur les réseaux sociaux. Il est très difficile de trouver un bailleur qui accepte de nous louer une salle de manière pérenne, d’autant que nous avons peu de moyens financiers – notre seule ressource vient d’une campagne de financement participatif.

Il faut savoir que les mosquées de France sont financées en majorité par des pays étrangers. Il est particulièrement compliqué pour l’islam libéral de trouver sa place aujourd’hui car nous ne recevons pas de fonds des pays musulmans,et la France ne met rien en place pour nous permettre d’exister matériellement – alors que nous avons la volonté de faire émerger un islam de France. Les incohérences qui frappent aujourd’hui l’islam dans notre pays viennent en partie de la tendance à vouloir tout centraliser.

L’Etat tient absolument à ce que les musulmans soient représentés par une structure centrale, le Conseil français du culte musulman (CFCM). Or ce dernier ne représente pas l’islam de France mais davantage celui des pays d’origine. Le courant réformiste n’y est pas représenté, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes si l’on veut développer une lecture progressiste de la religion.

Quelle est la spécificité de la mosquée Fatima ? Qui sont vos sympathisants ?

Les femmes peuvent prier dans la même salle que les hommes, contrairement à ce qui se passe à l’heure actuelle dans les mosquées traditionnelles, où elles sont reléguées dans des espaces annexes (sous-sol, mezzanines, balcons), comme s’il fallait les cacher.

L’ambition de notre mosquée est d’offrir un espace de prière où hommes et femmes sont accueillis à égale dignité et prient ensemble. Cela montre symboliquement que, d’un point de vue ontologique, ils sont égaux. L’office religieux peut être assuré par un homme ou une femme, avec les mêmes prérogatives. Notre approche repose sur les sciences humaines et sociales, dans une démarche historico-critique.

S’il est difficile de quantifier nos sympathisants, je pense que notre voie a un grand avenir devant elle, car il y a une vraie soif parmi les jeunes de mieux connaître leur tradition. Or, jusque-là, ceux qui souhaitaient le faire n’avaient accès qu’à des discours très conservateurs voire intégristes. De notre côté, nous proposons d’interroger les textes à l’aune des défis de notre temps, et nous défendons un islam doux, qui s’ouvre sur l’altérité.

« Mon islam, ma liberté », de Kahina Bahloul (Albin Michel, 208 pages, 18,90 euros)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *