1er février par Collective

Dans l’esprit de la déclaration d’Arusha et de la déclaration de Porto Alegre, nous nous sommes réunis à Dakar en provenance des quatre coins du monde pour faire face à un monde en proie à de multiples crises sous le thème de la souveraineté économique et monétaire de l’Afrique

Nous sommes un groupe d’universitaires, de décideur(se)s politiques et de militant(e)s d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord, certain(e)s d’entre nous étant économistes, d’autres politologues, historien(ne)s, sociologues et anthropologues. Nous adressons cette déclaration aux gouvernements africains, aux institutions africaines et aux acteur(ice)s et institutions externes qui limitent la souveraineté économique et monétaire de l’Afrique.

L’ordre économique international en vigueur est au cœur des crises contemporaines. Les pays du Sud en souffrent de manière disproportionnée. L’insertion défavorable de l’Afrique dans l’ordre capitaliste est le problème. Nous faisons partie intégrante de ce système qui ne pourrait prospérer sans notre exploitation. Nous sommes en désaccord avec le paradigme économique dominant qui conceptualise l’économie en termes quasi naturels et décrit un
monde bénin sans asymétries de pouvoir.

Les crises globales auxquelles nous faisons face sont multidimensionnelles : dégradation du climat, pertes de biodiversité, pollution, finance spéculative, guerres et inégalités rampantes. Il y a une crise générale de l’ordre capitaliste néolibéral qu’accompagne une forme d’impérialisme bien ancrée. Les secousses géopolitiques en sont un symptôme dangereux.

Nous n’acceptons pas cette crise mais nous l’affrontons tout en cherchant des alternatives en solidarité avec les travailleurs, les sans-terres, les paysans, les femmes, les militants pour la justice climatique et les groupes similaires. Nous lançons ainsi la Déclaration de Dakar dans le but d’initier une coopération durable et marquée du sceau de la confiance entre les initiatives et les mouvements qui partagent son esprit

Dix objectifs stratégiques orientent notre action :

  1. La plupart de nos gouvernements ne mettront pas en œuvre les transformations dont nous avons besoin. Nous devons devenir les masses qui réclament toujours plus.
  2. Pourtant, nous avons besoin d’États forts, d’États démocratiques et responsables. Mais plus encore, nous avons besoin de peuples plus forts pour défendre ces États et les pousser à en faire toujours plus pour la majorité. Les États africains peuvent et doivent mobiliser la main-d’œuvre et les ressources africaines pour répondre aux besoins propres de l’Afrique,
    ressuscitant ainsi les ambitions de développement qu’ils avaient à l’orée de
    la période post- indépendance.
  3. Dans un monde qui se fissure de plus en plus en blocs commerciaux régionaux, la construction d’alliances régionales devient nécessaire et possible. La réaffirmation de notre souveraineté économique et monétaire et la soumission des intérêts étrangers à nos besoins et intérêts internes deviennent plus faciles. Cette croissance de la souveraineté politique pour transformer structurellement nos économies et nos sociétés peut nous permettre de nous attaquer fondamentalement aux questions de longue date que sont la
    pauvreté, le développement social et la démocratisation..
  4. Nous devons travailler à la construction d’un nouveau multilatéralisme où les institutions et les fora politiques mondiaux sont inclusifs, démocratiques et reflètent les réoccupations des populations du Sud.
  5. Le militarisme et l’impérialisme ne peuvent continuer à modeler politiquement le système mondial. Nous défendons une attitude de neutralité positive à l’égard du bloc historique colonial-impérial, et la non-coopération quant à son ingérence dans les affaires africaines.
  6. Les inégalités mondiales face à la dégradation du climat, la volatilité de la finance et des prix des matières premières placent le Sud dans une situation particulièrement défavorable qu’il est nécessaire de surmonter.
  7. Les crises récurrentes de la dette doivent cesser. Nous devons développer une approche globale pour corriger l’impact néfaste des dettes excessives en monnaie étrangère – y compris celles émises par le FMI – et des dettes odieuses. Des annulations de dettes généralisées, profondes et rapides sont essentielles. Elles doivent être axées sur le soutien à la transformation économique.
  8. Nous devons mettre un terme au vol permanent commis par les sociétés transnationales du Nord lorsqu’elles transfèrent leurs revenus dans des paradis fiscaux et puis les investissent sur les marchés financiers, le tout revêtu du langage inoffensif de « l’investissement direct étranger ». À cette fin, i convient de promouvoir et de mettre en œuvre activement des mesures telles que le contrôle des capitaux, la lutte contre l’évasion fiscale et les flux financiers illicites, ainsi que l’imposition équitable des sociétés transnationales.
  9. Nous devons nous attaquer aux inégalités historiques et persistantes enracinées dans l’émergence et l’expansion mondiale du système capitaliste. Pour traiter de manière équitable la crise environnementale multidimensionnelle que nous vivons, nous avons également besoin d’un programme mondial de réparations. Nous devons chercher à l’élaborer techniquement, le légitimer, le préconiser, le défendre et le mettre en œuvre. Nous soutenons à cet effet les efforts de nos sœurs et frères africains-américains et caribéens en vue d’une justice réparatrice.
  10. Nous agissons, enseignons, recherchons et nous mobilisons dans nos contextes locaux et nationaux, au niveau régional et transnational. Nous le faisons dans le but de construire un mouvement durable et d’acquérir une réelle influence sur nos processus politiques.

Nous appelons à la coopération panafricaine, Sud-Sud et à la solidarité mondiale pour notre cause collective. Nous vous invitons tous à nos rassemblements au cours desquels nous partagerons nos expériences, évaluerons nos progrès et planifierons les prochaines étapes. Il est temps d’agir ensemble !

Signataires
Charles Abugre, Ghana
Broulaye Bagayoko, Mali
C.P. Chandrasekhar, Inde
Demba Moussa Dembélé, Sénégal
Daniela Gabor, Roumanie/Royaume-Uni
Eric Toussaint, Belgique
Nancy Kachingwe, Malawi/Zimbabwe
Jomo Kwame Sundaram, Malaisie
Ismaïla Malick Sy, Sénégal
Ndongo Samba Sylla, Sénégal
Lisa Tilley, Royaume-Uni
Souad Aden-Osman, Éthiopie
Max Ajl, Tunisie/États-Unis
Alexandre Abreu, Portugal
Asghar Adelzadeh, Afrique du Sud/États-Unis
Dereje Alemayehu, Éthiopie/Allemagne
Ikal Angelei, Kenya
Hanene Bergaoui, Tunisie/Allemagne
Horman Chitonge, Afrique du Sud
Carla Coburger, Allemagne
Caroline Cornier, Allemagne/France
Ndeye Fadiaw Diagne, Sénégal
Dialo Diop, Sénégal
Henriette Faye, Sénégal
Andrew Fischer, Pays-Bas
Maha Ben Gadha, Tunisie
Hamza Hamouchene, Algérie/Royaume-Uni
Jason Hickel, Royaume-Uni
Nimi Hoffmann, Royaume-Uni/Afrique du Sud
Tetteh Hormeku, Ghana
Florian Horn, Allemagne/Belgique
Peter James Hudson, États-Unis
Fadhel Kaboub, Tunisie/États-Unis
Mary Karimu, Ghana
Rasmane Kientega, Burkina Faso
Ingrid Kvangraven, Norvège/Royaume-Uni
Kai Koddenbrock, Allemagne
Imen Louati, Tunisie
Jamee Moudud, États-Unis
Godwin Murunga, Kenya/Sénégal
Fathimath Musthaq, Maldives/États-Unis
Alvin Mosioma, Kenya
Kaba Nabe, Guinea
Redge Nkosi, Afrique du Sud
Jane Obuchi, Kenya
Franklin Obeng-Odoom, Ghana/Finlande
Adebayo Olukoshi, Nigeria/Afrique du Sud
Keston Perry, Trinité-et-Tobago/États-Unis
Lebohang Liepollo Pheko, Afrique du Sud
Stefano Prato, Italie
Matthew Robinson, États-Unis
Chafik Ben Rouine, Tunisie
Arif Rüzgar, Germany/Belgique
Ebrima Sall, Sénégal
Matthias Schmelzer, Allemagne
Jean-Michel Servet, France
Howard Stein, États-Unis
Crystal Simeoni, Kenya
Fiona Tregenna, Afrique du Sud
Dzodzi Tsikata, Ghana/Royaume-Uni

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