Claude Froidmont est le nom de plume d’un enseignant en lettres dans un lycée de Gironde. Né en Belgique, c’est par Mauriac qu’il est devenu aquitain, par Malagar plus précisément où il vécut dans les pas de l’homme à la voix cassée. Il en tira un bel ouvrage intitulé “Chez Mauriac à Malagar” publié en 2016 par Les Impressions Nouvelles. En 2019 il publie Perversus ou L’histoire d’un imprimeur liégeois au temps des Lumières, Weyrich. Enfin, en mai 2021, il signe “Je viendrai à Montréal”, éd. Deville. Comme beaucoup de gens de gauche, Claude Froidmont cherche la porte de sortie dans l’extrême confusion de cette présentielle. Il le fait savoir en termes choisis. (NDLR)

“La désaffection du « Peuple de gauche » pour ceux censés le représenter remonte-t-elle à cette date fatidique de 2002 ? Ou faudrait-il reculer encore vingt ans en arrière quand ce qui avait été le Programme commun passait à l’as pour des raisons si vastes et complexes qu’on ne peut pas y revenir ici ?

En tout cas, nous sommes des milliers – la tentation serait même très grande de parler de millions – à nous être détournés de la politique, à nous être, malgré nous, ou avec notre consentement, refermés sur nous-mêmes et nos petites existences, sans plus rien attendre d’une famille d’esprit ne nous promettant plus que le pire en s’étant ralliée à une vision du monde qui n’avait jamais été la sienne.

Et puis voilà que quelqu’un advint portant le beau nom d’olivier et qui, délaissant sa tribune d’éditorialiste, se jeta dans la bataille en faisant table rase de toute cette logorrhée convenue et rebattue depuis plus de trente ans. La table renversée, voilà que les rois régissant notre monde sont nus et que de nouvelles vérités remplacent les anciennes. Mais quelles vérités, au juste ?

Qu’il y a de la délinquance en France, des zones de non-droit, que beaucoup de ces sauvageons s’appellent rarement Dupont, que l’Éducation nationale s’est effondrée, que l’Europe nuit davantage qu’elle ne sert les nations, que la France n’a plus d’industrie, que la Justice est laxiste, que les gouvernements de ces dernières décennies ont mis tout cela sous le tapis en regardant ailleurs… Faut-il vraiment être un augure pour dire tout cela ?

Quand Mitterrand ne fut plus de gauche (si tant est qu’il l’ait été un jour) et l’abandonna, il oignit de sa bonne main l’adversaire idéal, cette baudruche blonde qui, tantôt repoussoir, tantôt épouvantail, lui garantirait une réélection confortable. Ne serions-nous pas en train d’assister à un remake où, du haut de sa tour de guet, un brillant énarque, traître à ses heures et méditant déjà sur son avenir chez les Rothschild, referait bien un petit tour de carrousel présidentiel en s’appuyant sur ces haineux outranciers lui assurant la victoire mieux que personne ? Et si c’était notre chance, à nous gens de gauche, au milieu de ce champ de ruines où on stigmatise, attise les passions en n’envisageant de solutions que dans la détestation de l’Autre ?

Cette élection-ci sera perdue bien sûr, la belle affaire ! Revenons à ce que nous avons toujours été, en ne nous laissant plus atteindre par cette gangrène qui sape nos espoirs et nous incline à trahir nos idéaux. Et si nous retournions vers les pourvoyeurs d’espoir ? À Pierre Mendès-France (1), par exemple : « J’ai toujours eu l’impression que rien n’était plus important, plus passionnant… que le combat pour l’intérêt du grand nombre, pour l’intérêt de la collectivité à laquelle on appartient… Je trouve que les hommes politiques… manquent souvent d’imagination… »

Nos élites ont tellement failli depuis 40. Permettrait-on à un parfait inconnu, professeur de lycée, et qui plus est un émigré, d’en appeler à tous ses frères et à toutes ses sœurs frustrés depuis tant d’années de ne plus espérer et de ne plus se reconnaître en personne ? Il y a dans un des journaux de Charles Juliet (2) une phrase de Pierre Soulages dont nous pourrions faire notre étendard : Ce que je fais m’apprend ce que je cherche.

Et si nous cherchions, à nouveau, tous ensemble ? Des chansons à la Brel ou à la Ferrat, des pièces politiques, des films engagés sans que ce mot ne nous fasse plus honte, des romans s’affrontant à la société, des bandes dessinées, des peintures, des sculptures, des séries… qui inventent les contours de nouvelles espérances et nous remettent en mémoire celles de nos pères.

Claude Froidmont

 (1) « Radioscopie » de Jacques Chancel du 27 novembre 1975

(2) Charles Juliet : Accueils, Journal IV 1982-1988, P.O.L, p 355

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