Alors qu’Israël a affirmé cette semaine que le Hamas avait perdu le contrôle de Gaza, la question de la gestion future de ce territoire se pose progressivement.

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  • Sarah Daoud Docteure en sciences politiques affiliée au CERI de Sciences-Po
  • https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/peut-il-exister-une-alternative-politique-au-hamas-7606551?at_medium=newsletter&at_campaign=culture_quoti_edito&at_chaine=france_culture&at_date=2023-11-17&at_position=3

Les États-Unis et les pays arabes ont une préférence pour l’Autorité palestinienne qui se trouve à la tête de la Cisjordanie, mais Israël exclut déjà cette option. Entre satisfaire l’opinion palestinienne et incarner une relation apaisée avec Israël, l’équation semble plus que difficile.

Quelle est la position du Hamas actuellement ?

Le Hamas se compose en deux branches, l’une politique et l’autre militaire. Pour Sarah Daoud, il est difficile d’apporter des informations exactes sur l’état du Hamas : “militairement, le Hamas recule sur le terrain. Pour ce qui est de la branche politique, on ne sait pas très bien. Depuis le début de la guerre, de toute façon, celui qui représente le bureau politique jusqu’à présent, Yahya Hassin Noor, a disparu des radars et est sans doute caché sous terre. On sent que les cadres politiques qui sont à l’étranger voient bien la situation leur échapper complètement aujourd’hui.”

La docteure en sciences politiques affirme même que les cadres du Hamas à l’étranger n’étaient pas tout à fait au courant de la préparation de cette offensive. En effet, ces cadres se trouvent pour la plupart à Doha, au Qatar, en Turquie ou au Liban, et ne se rendent plus dans la bande de Gaza depuis des années : “la dernière fois que Khaled Mechal, l’ancien directeur du mouvement, a pu se rendre dans la bande de Gaza, c’était sous la présidence Morsi en Égypte. Mais à part ça, il y a une vraie distance de fait territorial entre les cadres. Et il y a de vrais indices aujourd’hui qui nous laissent à penser que c’est une initiative qui a surtout été prise par la branche militaire armée du Hamas et par d’autres groupuscules armés d’ailleurs, dans la bande de Gaza.”

Si le Premier ministre israélien a déclaré vouloir détruire le Hamas : “On ne peut pas éradiquer même la branche militaire du Hamas. Cela me semble tout à fait irréaliste. Pour ce qui est des cadres politiques, c’est évident, car ils sont déjà en exil depuis un certain temps. Mais pour ce qui est même de la branche militaire, tant que cette situation-là de siège sur la bande de Gaza perdura, le Hamas réémergera sans cesse, de toute façon, ça, c’est certain. Le Hamas est aussi une idéologie, et de ce point de vue-là, tuer une idéologie, c’est quand même assez complexe”, déclare Sarah Daoud.

De quelle influence dispose le Fatah sur la bande de Gaza ?

Le Fatah est le parti politique de Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne, en Cisjordanie. Un des membres du parti, Marwan Barghouti, a réussi à fédérer les différentes tendances politiques sur la bande de Gaza. Il est prisonnier depuis le début des années 2000. Pourtant, Marwan Barghouti dispose toujours d’une influence sur la bande de Gaza : “c’est un nom qui revient toujours aujourd’hui. Rien que les derniers sondages qui avaient été menés en prévision de l’organisation des élections législatives et présidentielles de 2021, qui n’ont finalement pas eu lieu, le donnaient encore une fois vainqueur du scrutin. C’est quelqu’un qui fédère largement. On l’a vu notamment en 2006 : il a été le principal rédacteur du “document des prisonniers”, qui a été signé par tous les responsables des différents mouvements politiques, y compris les représentants du Hamas et du Djihad islamique, et qui a créé à l’époque une vraie convergence politique des différentes fractions. Il a acquis une légitimité aux yeux des populations palestiniennes, alors même qu’il n’a pas le droit de prendre la parole en public et qu’il n’a évidemment aucune activité politique en prison.”

La chercheuse insiste sur la nécessité de renouveler les cadres politiques qui sont présents dans le giron politique palestinien. La popularité de Mahmoud Abbas est effectivement en déclin total, et sa légitimité politique s’est arrêtée en 2009, affirme Sarah Daoud. “La seule solution, c’est l’organisation d’élections législatives et présidentielles en Palestine. Il reste à savoir ce qu’il va rester de la bande de Gaza après cette guerre. Puisque là, on assiste à une destruction quand même quasi totale du territoire. Que restera-t-il à gouverner ? C’est bien une question sur laquelle je n’oserais pas m’avancer”, regrette la politologue”.

À écouter : L’Autorité palestinienne, une souveraineté limitée

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