Un prêtre rwandais a été interpellé le 14 avril à son domicile de Montlieu-la-Garde. Le vicaire de cette paroisse de Charente-Maritime est accusé d’avoir joué un rôle lors du massacre de Tutsi réfugiés dans son église en 1994, au début du génocide au Rwanda.

Publié le 17/04/2021 à 10h50 • Mis à jour le 17/04/2021 à 11h19

Charente-Maritime La Rochelle

Un prêtre rwandais a été interpellé mercredi 14 avril à son domicile de Montlieu-la-Garde pour son rôle lors du massacre de Tutsi réfugiés dans son église en 1994, au début du génocide au Rwanda. Selon le diocèse, Marcel Hitayezu était le vicaire de cette paroisse de Charente-Maritime. 

Il a été mis en examen et incarcéré pour avoir “privé de vivres et d’eau des Tutsi s’étant réfugiés dans son église” et avoir “fourni des vivres aux miliciens ayant attaqué les Tutsi réfugiés” dans sa paroisse de Mubuga, dans le sud du Rwanda,
Le prêtre aurait contesté ces faits lors de son interrogatoire devant le juge d’instruction. Il a été mis en examen, notamment pour “génocide” et “complicité de crimes contre l’humanité”, puis placé en détention provisoire.

Cette arrestation a été ordonnée par un magistrat du pôle “Crimes contre l’humanité” du tribunal de Paris, chargé depuis le 26 juillet 2019 d’une information judiciaire visant le prêtre.
Cette enquête avait été ouverte trois ans après le refus définitif de la justice française, en octobre 2016, d’extrader Marcel Hitayezu vers le Rwanda.

Dans le diocèse de La Rochelle depuis 1999

Selon le quotidien La Croix ,(1 lire ci-dessous l’article en date d’octobre 2016) le  le prêtre, après trois ans passés dans des camps de réfugiés dans l’Est du Congo, était “arrivé entre 1998 et 1999” dans le diocèse de La Rochelle, avant de se voir accorder le statut de réfugié en “janvier 2011”.

“C’est une excellente nouvelle” a réagit Alain Gauthier. Le co-fondateur du Collectif des parties civiles pour le Rwanda, estime que”l’Eglise doit s’interroger sur la façon de donner des responsabilités à des gens soupçonnés d’avoir participé au génocide”.

Cette mise en examen de Marcel HITAYEZU, prêtre dans une paroisse de Charentes Maritimes, fait nous interroger sur l’appui que l’Eglise de France accorde à des gens sur qui pèsent de si lourds soupçons. Au CPCR nous avons souvent souhaité, dans des courriers adressés à des évêques de France, que l’Eglise fasse preuve de discernement et de prudence. Nous n’avons jamais été écoutés.

Alain GAUTHIER, président du CPCR

Le génocide a fait plus de 800.000 morts selon l’ONU, essentiellement des Tutsi exterminés entre avril et juillet 1994. 
  

Valérie Prétot

La Croix

Génocide rwandais : le prêtre de Saintes ne sera pas extradé

La Cour de cassation a émis un avis défavorable à la demande d’extradition formulée par les autorités rwandaises à l’encontre du P. Marcel Hitayezu, accusé par les autorités de son pays d’avoir participé au génocide de 1994.

  • Claire Lesegretain,
  • le 28/10/2016 à 17:01
  •  

La chambre criminelle de la Cour de cassation a rendu un arrêt, le 5 octobre, dans le dossier du P. Marcel Hitayezu. Ce prêtre d’origine rwandaise âgé de 60 ans est accusé, par les autorités de son ancien pays, d’avoir participé au génocide qui, entre avril et juillet 1994, a entraîné la mort d’environ 800 000 Rwandais, majoritairement tutsis.

Après s’être enfui au Congo en 1994 comme des milliers de Hutus, Marcel Hitayezu est resté trois ans dans des camps de réfugiés autour de Tingi-Tingi. En 1997, lors de l’évacuation forcée de ces camps par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), le P. Marcel Hitayezu a pu s’en évader, selon un bulletin des Pères blancs de l’époque, et gagner Nairobi (Kenya) après plus de 400 kilomètres à pied.

Réfugié en France, il est arrivé entre 1998 et 1999 dans le diocèse de La Rochelle (Charente-Maritime), à l’époque de Mgr Georges Pontier. Le statut de réfugié lui a été accordé le 26 janvier 2011. Il exerce son ministère depuis 2010 à Saintes, comme aumônier adjoint d’une maison de retraite.

Dans le village de Muguba

Un mandat d’arrêt international contre lui avait été émis le 30 juin 2015 par le procureur général du Rwanda pour des faits qu’il aurait commis entre le 10 et le 14 avril 1994.

Selon certains témoignages de rescapés rapportés par Jacques Morel (1), le P. Hitayezu, aurait remis aux milices hutues, entre le 10 et le 14 avril 1994, des Tutsis réfugiés dans l’église de son village de Muguba (district de Gishyita). Selon d’autres témoignages, le P. Hitayezu aurait voulu protéger les Tutsis mais il n’a pu empêcher les massacres.

Le 28 juin 2016, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Poitiers avait émis un avis favorable à l’extradition du P. Hitayezu.

Les juges avaient en effet constaté que, certes, les autorités rwandaises de l’époque n’avaient pas retranscrit dans leurs textes juridiques la définition du génocide telle qu’elle apparaissait dans les traités internationaux signés par le Rwanda. Mais les responsables de cette non-retranscription étant eux-mêmes à l’origine du génocide, on ne pouvait s’en prévaloir, en vertu du principe universel qui « interdit d’opposer aux victimes d’un génocide le droit de ses auteurs ».

Autre lecture du droit international

La Cour de cassation a fait une tout autre lecture du droit international. Pour la juridiction suprême, « l’absence d’une définition précise et accessible des éléments constitutifs [du crime de génocide dans le Code pénal rwandais en vigueur en 1994] fait obstacle à ce que les faits soient considérés comme punis par la loi rwandaise ».

La Cour de cassation a donc « cassé et annulé » l’arrêt poitevin et émis un avis défavorable à l’extradition du P. Marcel Hitayezu. Les autorités françaises sont liées par cet avis négatif.

(1) Auteur de La France au cœur du génocide des Tutsis (éd. L’Esprit Frappeur/Izuba, 2010).

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