« Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent » chantait Léo Ferré à propos des anarchistes. Ils furent peu nombreux mais pourtant il y en a eu, de ces européens d’origine qui restèrent en Algérie après le 5 juillet 1962, date de l’indépendance..  Jules Molina fut l’un d’entre eux qui n’eut pas à choisir entre la valise et le cercueil.

 Jules Molina, Julot pour les intimes est né en Algérie en 1923 dans une famille d’origine espagnole, il a grandi à Perrégaux à côté d’Oran, un gros village presque exclusivement peuplé d’Européens, et d’Espagnols en particulier. C’était la petite Moscou, cité ouvrière, un nœud ferroviaire important nécessitant l’implantation d’ateliers de fonderie et de métallurgie qui employaient des centaines de personnes. La SFIO alors marxiste y tenait la mairie et le haut du pavé, ct c’est ainsi que le jeune Julot découvrit la solidarité ouvrière.

Jules Molina, mort en 2009  a laissé pour sa famille un court récit de sa vie . C’est à partir de ce texte que l’historien Guillaume Blanc a publié un document intitulé : «  Un communiste d’Algérie Vies de Jules Molina. »   Le livre comprend donc le texte de Molina mais aussi des témoignages de ses enfants, ceux de ses compagnons de route, et enfin des éclairages universitaires.

Et ce qui fait toute la saveur de l’ouvrage, c’est la personnalité de Jules Molina, qui prit fait et cause pour l’indépendance des Algériens au nom de son humanisme communiste, engagé à leur côté pendant les années de guerre, dirigeant une imprimerie qui publie des journaux clandestinement,  subissant prison et torture, puis s’impliquant dans l’après indépendance, il obtient même la nationalité algérienne en 1965,  jusqu’à quitter son pays face à la violence des islamistes en 1989.   Molina est un « homme ordinaire, ce murmure des sociétés » selon l’historien Michel de Certeau cité par Guillaume Blanc.  L’histoire et les engagements – il fut aussi un héros discret de la guerre de 39/45-  de Jules Molina viennent en effet éclairer les problématiques de ces colonisateurs de gauche qui veulent l’intégration des colonisés à la société coloniale. Molina dépassa cette position, se définissant comme algérien, communiste et anticolonialiste. Dans une conversation avec un ami nationaliste, membre du PCA, il lui dit : «  Pour toi, l’indépendance est le but final. Pour nous, elle n’est qu’une étape car après il faudra se battre pour que ce soit le peuple qui en profite. »   Et selon l’historien Pierre Jean Le Foll Luciani, « si les communistes européens d’Algérie furent aveugles à la question , ce qui les aurait poussé à déserter massivement la lutte durant l’insurrection … », Jules Molina fit exception et reste un acteur important du mouvement national algérien. Il fut d‘ailleurs décoré de l’ordre des moudjahid, les combattants pour l’indépendance

                        Jean-François Meekel  

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