Quand la lèpre frappait , dans les siècles passés, l’Aquitaine se rendit tristement célèbre en exerçant une ségrégation vis à vis des Cagots, refoulés hors des cités parce que suspectés d’être lépreux. Ce qui n’était pas le cas. Un délit de sale gueule d’avant l’heure.

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Appelée la maladie de Hansen du nom du médecin norvégien qui en 1872 identifia la bactérie , proche de celle de la tuberculose , la lèpre , bien que peu contagieuse fut néanmoins endémique dans certains pays tropicaux.

Propagée par les Croisades et les guerres

Ce mal, caractérisé par des affections de la peau ou des muqueuses qui déforment les visages et les membres provoquant des infirmités sévères, apparut dès l’Antiquité, où ses premières manifestations datent de 600 avant J.C. en Chine, en Inde et en Égypte.

Elle se propage en Afrique de l’ouest avec les expéditions d’explorateurs nord-européens, puis l’esclavage qui la colporte dans les Caraïbes et en Amérique du sud. Les croisades furent également un vecteur de propagation, comme d’autres guerres et les déplacements de troupes comme les conquêtes d’Alexandre le Grand , les légions de Pompée, les invasions de Sarrasins en Espagne et en France comme les expéditions des Vikings et les conquêtes germaniques.

Devine qui vient dîner ?

Les manifestations de la lèpre durèrent quelque 1500 ans.

Ses raisons majeures, une mauvaise hygiène et un habitat mal aéré et humide, comme à la campagne les animaux qui entraient dans les fermes. L’habitude aussi dans les classes populaires médiévales de manger avec les doigts à la propreté douteuse dans un plat commun.

Autre vecteur de contamination, l’accueil hospitalier recommandé par la religion, pour le gîte et le couvert, de personnes de passage frappant à la porte qui, disait-on, pouvaient incarner Dieu ou le Christ venus sur terre voir comment se comportaient leurs brebis.

Dès le VIIe sicle, les lépreux sont bannis de la société , enfermés dans des léproseries , dotés de tuniques marquées à l’épaule d’une toile rouge, de chapeaux et d’une crécelle agitée en marchant , tous les dix pas et en permanence, la nuit, de façon à signaler leur présence.

Ségrégation en Aquitaine

Tout un imaginaire collectif va contribuer à mettre à l’index les lépreux, en faire des parias et favoriser leur ségrégation . Ainsi dans le Sud-Ouest , les Cagots,car différents physiquement des autochtones, et aussi appelés « ladres » ce qui entraînera la dénomination vernaculaire de ladreries pour léproseries, , sont frappés d’expulsion, de Gascogne au Pays basque, en passant par le Béarn , faussement suspectés d’être atteints de la lèpre ou descendants de lépreux ( car on croyait la maladie héréditaire), sont relégués aux portes de cités ou dans les forêts où ils exercent les métiers du bois et du fer: menuisiers, charpentiers sabotiers, forgerons. Quant aux femmes Cagotes , elles ne sont autorisées qu’à pratiquer les accouchements . Être sage femme, un métier que la Religion considérait comme appartenant aux sorcières.

Les Cagots doivent aussi porter sur l’épaule une patte d’oie ou de canard . En 1396, la ville de Marmande les fera remplacer par une étoffe rouge.

Car le Lot-et-Garonne compte aussi ses Cagots, à Nérac, Andiran, Casteljaloux, Calonges et Le Passage d’Agen.

C’est une ordonnance de Louis XIV qui mettra fin à cet apartheid régional tandis que que la Révolution leur donnera enfin le statut de citoyens à part entière.

En 2010 nouveaux foyers

La lèpre qui avait décliné à partir du XVIe siècle avec l’amélioration des conditions de vie sera finalement éradiquée dans les siècles suivants au sein de la centaine de pays touchés.

En 2010 cependant, 200 000 cas furent à nouveau comptabilisés en Afrique, en Asie et en Inde ou en Amérique du sud. Mais les cas de mortalité furent rares grâce aux traitements mis au point et notamment le BCG. Car la lèpre tuberculoïde, la plus répandue, est voisine de la tuberculose au point que partout où elle sévira la lèpre disparaîtra.

Aujourd’hui la mémoire des anciens Cagots est entretenue avec un musée et dans certaines communes , comme à Sos ou Mézin, en Lot-et-Garonne, des rues des Cagots.

J-L G.

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Le typhus tua plus de grognards que l’ennemi

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