Mémoire des livres Comme un étranger dans mon propre pays Nir Avishai Cohen
Deuxième ouvrage de Nir Avishai Cohen après Aimer Israël, soutenir la Palestine. Histoire d’un Israélien d’aujourd’hui (L’Harmattan, 2024), Comme un étranger dans mon propre pays a été traduit et préfacé par le bordelais Bertrand Bloch, juif laÏc, professeur émérite des Universités et praticien hospitalier.(1) Nir Avishai Cohen, la quarantaine, descendant de victimes de la Shoah, officier de réserve dans l’armée israélienne, animateur du mouvement breaking the silence qui dénonce l’occupation des territoires palestiniens par Tsahal l’armée d’Israël est un militant engagé pour la coexistence entre Palestiniens et Israéliens. Dans ce nouveau livre, il documente cette fois les 3 ans de massacre des Gazaouis qui ont suivi celui du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas. Celui qui a continué après le 7 octobre à servir comme réserviste dans l’armée avant de craquer et de démissionner développe dans cet ouvrage une critique assez radicale du gouvernement de «son propre pays» notamment la responsabilité du gouvernement d’extrême droite dans la genèse de ce 7 octobre 2023. « Le 7 octobre, le grand mensonge selon lequel les colonies protègent Israël s’est effondré de la manière la plus horrible. Au lieu de défendre les frontières légitimes d’Israël, Tsahal a déployé toujours plus de forces pour protéger les colons et approfondir le contrôle militaire en Cisjordanie, tout en abandonnant les habitants du Sud et du Nord. Ce sont les habitants de l’enveloppe de Gaza et les participants au festival Nova qui ont payé le prix le plus lourd de cet abandon sous couvert des colonies.» Dérive morale dangereuse Plus tard, de nombreuses éléments viendront confirmer que le premier ministre israélien avait été prévenu des menaces précises d’attaque par le Hamas, notamment ces dernières semaines avec les révélations par le journal israélien Haaretz que Nétanyahou avait été clairement informé par le président des Emirats arabes unis, 10 jours avant le 7 octobre que le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinouar, planifiait une opération majeure contre Israël. Nir Avishai Cohen insiste aussi sur le fait que « le sionisme religieux a pris le contrôle de Tsahal» «A mes yeux, écrit Cohen, il s’agit d’une dérive morale dangereuse de l’armée. Tsahal ne devrait pas devenir une organisation religieuse dont les discours de motivations font appel à des versets bibliques» Quant aux résistances à un discours de haine, elles se font de plus en plus rares, discrètes. Pour l’auteur la société israélienne est frappée de «déchéance morale au point d’exprimer des idées semblables à celles qui ont guidé les nazis en Allemagne. » L’espoir malgré tout Cohen qui a subi les foudres de l’opinion, «traître» après la publication de son premier livre garde pourtant l’espoir. Un espoir bien ténu à l’image de «ces mosaïques de petits éclats de vie... Comme pour les mosaïques anciennes qui se dévoilent lentement au fil de travaux archéologiques, il m’arrive parfois d’apercevoir une partie de la mosaïque et il me reste à imaginer à quoi ressemblera l’ensemble». Dans le dernier chapitre, Nir Cohen conte avec beaucoup d’émotion la perte de son père, cet homme généreux qui jusqu’au bout se donna comme bouclier humain à ses voisins palestiniens et qui ne ratait jamais le lever du soleil. « Chaque matin tu contemplais la lumière du soleil et, chaque jour, tu diffusais cette lumière à tous ceux qui croisait ton chemin.» Jean-françois Meekel 1: Voir et entendre sur le blog de la revue, Ancrage.org l’interview de Bertrand Bloch à propos de ce livre et de la situation en Israël, diffusée sur la radio la Clé des Ondes