En effet, Gabriel Maximilien c’est le fameux Max Linder né en 1883 à Saint-Loubès, dans un port sur la Dordogne qui se nomme Cavernes, ce qui ne s’invente pas. Une caverne que ce drolle, ce loustic, fils de vigneron s’empressa de quitter pour la ville et si possible les planches du théâtre. Ce fut d’abord Bordeaux, le lycée de Talence où il ne brilla point avant de tenir de minuscules rôles sur la scène du théâtre des Arts où on lui apprit à perdre son assent avant d’intégrer la troupe et le conservatoire.
A nous deux Paris! Bordeaux et la province ne suffirent vite plus à l’ambitieux qui commence à croire à son destin et « un de ces matins où les oiseaux chantent à l’envers, à l’heure matinale où les chiens promènent leurs maîtres , mère et soeur accompagnèrent leur héros à la gare du Midi prendre le train de sa vie».
Pathé et son flair de labrador

Le d’Artagnan de Saint-Loubès va d’abord douter, posant pour des cartes postales afin de gagner quelques sous puis en décrochant des «figurations parfois améliorées.» L’Ambigu puis le Théâtre des Variétés, la chance lui sourit, les rôles s’allongent jusqu’au jour où il rencontre Charles Pathé , le big boss de l’usine Pathé de Vincennes où s’invente le cinéma. « Après un court entretien, écrit Guy Suire, Charles Pathé flair de labrador, lui confia: Monsieur , je vous ai observé. Dans vos yeux je devine la fortune. Venez jouer devant mes caméras. Je vous aiderai à devenir riche. Son flair de labrador était complété par celui d’un chien truffier A forte pincée de divinatoire.»
Et en effet la prémonition de Pathé se vérifia plus tard. Ainsi en 1913, il gagna 1 000 000 de francs or. Guy Suire précisant qu’il « trônait sur le plus gros salaire attribué à un acteur. De quoi passer l’hiver.»
500 sketchs
Max pédicure, Max en vacances, Max se marie…Max est charitable, Max escamoteur, Max veut grandir etc… 500 sketchs en tout dont seule une centaine reste visible, ces courts métrages muets dévoilent ce « dandy à la française, mi gommeux, mi-fêtard à l’apparence doublée d’élégance, il devient une estampille. Un look soutenu, cheveux ailes de corbeaux, œillades veloutées.» Car Max est un séducteur invétéré autant que célibataire endurci et on verra que ce renoncement lui sera fatal.
La renommée de notre girondin dépasse largement les frontières, Barcelone le reçoit en grande pompe, il va même vraiment toréer, ce qui devient Max torero…rien ne se perd.
Puis l’Amérique bien-sûr, embauché par une compagnie qui pensait que Linder allait pouvoir voler la vedette à Chaplin. Fatale erreur, les 3 films feront pschitt et Max reprend la bateau pour la France.
Deuxième expédition outre atlantique en 1919, où il crée sa propre maison de production, s’installe dans une villa plus que cossue à Hollywood où il voisine et copine avec Charlie Chaplin et tourne L’Etroit Mousquetaire, «, ces mousquetaires qui sont les cowboys du Sud-Ouest et qu’il (Linder) est le plus légitime pour interpréter ce rôle à la sauce burlesco-béarnaise. » Un des derniers grands succès de Linder avant son retour en France et cette triste fin d’aventure.
Ninette et le suicide
Nous sommes en 1922, elle s’appelle Hélène dite Ninette, elle a 16 ans, lui 39. Coup de foudre et opposition de la famille de la nymphette qu’il enleva pratiquement avant les épousailles. Hélas, maladivement jaloux, l’affaire fini bien tragiquement par sans doute le meurtre de Ninette suivi du suicide de l’amuseur public. Dernier sketch macabre. Auparavant, de cette union tumultueuse était née une enfant, Maud, décédée en 2017 et que l’auteur avait rencontrée longuement. Guy Suire, lui même auteur de très nombreuses pièces de théâtre montées au fameux Café Théâtre Onyx à Bordeaux, fut aussi un homme de radio, il a tenu également une rubrique consacrée au parler bordelais, le fameux bordeluche. Son Max Linder est un régal langagier au-delà même d’une riche synthèse du parcours hors du commun de cet enfant de Saint Loubès .
Jean-François Meekel

Sacré Suire!!!