https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-reportage-de-la-redaction/a-l-hopital-public-les-psychiatres-debordes-5865459?fbclid=IwAR3c4vEj0bWRVloWTwrmEKMKsH0wElRr7PLYPF79TahxvQykilPtAdEZkRE

n difficultés depuis des années, la psychiatrie hospitalière est désormais au bord de l’effondrement. Face à l’explosion de la demande de soins et au manque d’effectif, les psychiatres de l’hôpital public n’ont plus les moyens de faire leur travail correctement. En savoir plus

La psychiatrie hospitalière va mal. À tel point que la semaine dernière, une petite cinquantaine de psychiatres des hôpitaux publics se sont rassemblés devant le ministère de la Santé pour protester contre leurs conditions de travail. Une grève pour demander également des moyens supplémentaires.

“Je n’ai plus envie de travailler. Je n’ai plus envie de travailler comme cela en tout cas”, déclare Emma Wieviorka, mégaphone à la main. Psychiatre depuis 2014 dans un hôpital du XIXe arrondissement, elle a vu le sens de son métier disparaître peu à peu. “C’est bizarre de se rendre compte que nous nous sommes éloignés de ce que nous voulions faire à la base. Rencontrer les gens, être avec eux dans leur souffrance, les entendre…”

Dans le secteur, 30 % des postes sont vacants

À l’hôpital public, les psychiatres sont débordés. Béatrice Aubriot est cheffe de pôle : “La psychiatrie est dans un état gravissime. Nous n’arrivons plus à recruter. Des postes de psychiatres en plein Paris sont vacants. En province, beaucoup de services sont désertés, obligés de fermer des lits pour des problèmes de démographie médicale. Aujourd’hui, 30 % des postes sont vacants. Il faut rendre l’hôpital public attractif, il faut des moyens. Il faut vraiment nous aider sur le plan financier. Le nombre de consultations augmente de manière folle depuis le Covid. Nous ne pouvons plus soigner la population. Les listes d’attentes dans le Centres médico-psychologiques (CMP) sont parfois folles. En pédopsychiatrie, cela peut aller jusqu’à un an d’attente. C’est gravissime.”

Parmi les praticiens mobilisés, il y a le docteur Catherine Boiteux. Cheffe de secteur dans le XXe arrondissement de Paris, à l’hôpital psychiatrique de la rue d’Avron, elle est rapidement retournée à son bureau assurer ses fonctions.

“Nous avons 36 lits d’hospitalisation et un centre de consultation pour une population à peu près équivalente à 80 000 habitants. Cela correspond à la définition du secteur, mais le nombre ne suffit pas à rendre compte de la situation. Plus nous sommes en zone précaire, plus la demande et le besoin de la population reposent sur le service public. L’est parisien est marqué par une grande précarité, en tout cas de grandes vulnérabilités psychosociales.”

Pourtant, le secteur accueille des patients qui relèvent d’autres secteurs, déjà submergés. Et cela complique les prises en charge.

Une fuite des psychiatres hospitaliers vers le libéral

“Ce week-end, il a été nécessaire de placer un de nos patients sur un lit de camp pour accueillir un autre patient. Le lit de camp a été mis dans une chambre double devenue une chambre triple. Les patients sont à dix centimètres les uns des autres. C’est une promiscuité qui n’est vraiment pas digne.”

C’est cette pression de réussir tant bien que mal à soigner qui pousse notamment les praticiens à s’orienter dans le secteur privé.

“Cela me passe des fois par la tête, raconte Alexandru Gaman, psychiatre au sein du secteur dirigé par Catherine Boiteux. Mais pour le moment je ne suis pas motivé à aller dans le secteur privé. Il y a une hémorragie vers le libéral. Et ce que nous nous disons entre collègues, c’est ce que la psychiatrie va plutôt s’orienter vers un système privé. Le public va porter moins et le privé va porter plus. Mais il y aura un coût pour les patients.”

C’est donc contre ce genre de modèle que s’oppose Norbert Skurnik, président du comité d’éthique du groupe hospitalier universitaire (GHU) Psychiatrie et Neurosciences de Paris.

“Il y a une phrase qui revient de très longue date : ‘On juge une société à la manière dont elle traite ses fous.’ La société française n’est pas admirable. Quand il y a dans Paris 60 000 désinstitutionnalisés, des patients qui n’ont nulle part où aller, dont la moitié sont des malades mentaux, il n’y a pas de quoi être fier.”

Pour Norbert Skurnik, la psychiatrie française, citée en exemple dans une grande partie du monde, ne l’est plus pour son fonctionnement.

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