Pour donner de la voix et de la visibilité aux personnes âgées en perte d’autonomie et à celles qui s’en occupent, l’autrice et documentariste Ixchel Delaporte s’est plongée en immersion dans la vie d’une auxiliaire de vie. Jusqu’à l’épuisement.

Ixchel Delaporte a vécu pendant 8 mois le quotidien d'une dame de compagnie
Ixchel Delaporte a vécu pendant 8 mois le quotidien d’une dame de compagnie © DR

Ixchel Delaporte est autrice et documentariste. Après avoir enquêté sur la face cachée des vignobles du Bordelais puis sur l’affaire Vincent Lambert, elle s’est penchée sur les métiers du soin et du lien. Pendant 8 mois, sans avoir reçu la moindre formation, elle s’est en effet glissée dans la peau d’une auxiliaire de vie, d’une dame de compagnie, auprès de personnes âgées malades, isolées ou en situation de dépendance. Elle publie le résultat de cette vie en immersion sous la forme d’un témoignage aussi politique que bouleversant : Dame de compagnie – En immersion au pays de la vieillesse a paru aux éditions du Rouergue.

Personne âgée dans sa chambre en Ehpad à Nice (image d'illustration)

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Dans le grand bain

Ma « Journée particulière », c’est la première journée où j’ai été dame de compagnie pour Hélène, la première personne âgée de laquelle je me suis occupée.

Ixchel Delaporte a choisi comme « Journée particulière » le 13 octobre 2020. Ce jour-là, elle était embauchée pour la première fois par une entreprise de services à la personne pour aller s’occuper d’une dame âgée atteinte de la maladie de Parkinson. Ce premier jour, Ixchel est donc présentée à Hélène, cette dame de 78 ans, ainsi qu’à son époux, avec lequel elle vit, qui prend soin d’elle seul depuis plusieurs années et qui a besoin d’aide dans cette mission. La jeune femme est accompagnée de son employeur. Celui sait qu’Ixchel n’a reçu aucune formation pour s’occuper d’une personne âgée malade.

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Quand j’ai proposé mes services, l’entreprise ne s’est pas préoccupée de savoir si j’avais des diplômes. Je pense qu’ils avaient besoin d’embaucher.

La situation n’est pas simple, ni pour Hélène, ni pour sa nouvelle dame de compagnie. La personne âgée n’est en effet pas vraiment au courant de la venue d’une tierce personne dans son intimité et n’est, à vrai dire, que moyennement d’accord.

La relation avec Hélène a commencé là, par le regard. Elle me scrutait, de haut en bas, de bas en haut.

Intime et politique

Par cette immersion, Ixchel Delaporte a voulu interroger la place réservée aux personnes âgées dans notre société. Les aides à domicile, ou auxiliaires de vie, sont en effet confrontées de plein fouet à la détresse, la solitude et l’invisibilisation dont souffrent les aîné·e·s. À travers l’exemple d’Hélène, mais aussi celui de Catherine, située à l’autre bout du spectre social, la jeune femme lève un certain nombre de tabous liés au grand âge et à la fin de la vie.

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Je voulais me confronter à ça. C’est quelque chose qu’on met collectivement à distance, qu’on ne souhaite pas voir parce que c’est associé à la tristesse, à la déchéance et, effectivement, c’est le dernier palier avant la disparition, avant la mort. Et tout cela est extrêmement tabou : on vit tou·te·s comme si cela n’allait jamais nous arriver.

En miroir, ce sont également les conditions de vie et de travail des dames de compagnie que la jeune documentariste a voulu questionner. Cadences intenables, absence de formation, précarité, faibles rémunérations, etc., les auxiliaires de vie, des maillons pourtant de plus en plus essentiels de la prise en charge de la dépendance, sont extrêmement mal considérées et fragilisées. Au profit d’une économie qui pèse pourtant, en France chaque année, plusieurs milliards d’euros, leur santé est sacrifiée. Le métier est si difficile que les arrêts maladie sont fréquents, les accidents du travail trois fois plus nombreux que la moyenne nationale. Ixchel n’y a pas échappé : après huit mois de travail, elle est au bord de la rupture, épuisée, elle pleure tous les soirs et doit s’arrêter.

J’étais au bout du rouleau. Je n’en pouvais plus. J’avais un tel rythme quotidien : passer en permanence d’une personne à l’autre, avoir la pression d’être à l’heure, la responsabilité de permettre aux personnes de rester autonomes… […] Je ne dormais plus, j’étais extrêmement inquiète […], complètement prise, angoissée. Je ne m’en sortais pas et je m’en suis rendu compte trop tard.

Marie-Basile est auxiliaire de vie. Tous les jours, elle se rend au domicile de Florenza, une dame de quatre-vingt-dix ans atteinte de problèmes cognitifs.

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Pour aller plus loin

Les références des extraits et archives Ina diffusés dans l’émission

  • “Qu’est-ce que la vieillesse ?”, extrait de l’émission Recherche de notre temps, France Culture, 1964
  • Un extrait du film Mary Poppins de Robert Stevenson, 1964
  • Un extrait du film Amour de Michael Haneke, 2012
  • Deux extraits du film Debout les femmes ! de Gilles Perret et François Ruffin, 2021
  • Un extrait d’une publicité pour une entreprise française de gestion de maisons de retraite médicalisées (EHPAD)

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