Le 20 août, une route d’accès à l’aéroport de Kaboul envahie par des Afghans qui tentent désespérément de quitter la capitale. © Crédit photo : AFP

Par Jean-Denis Renard – jd.renard@sudouest.fr

Un jeune Afghan qui vit en Dordogne est retourné pour la première fois visiter sa famille à Kaboul cet été. Piégé par l’avancée des talibans, il ne peut plus rentrer. La Ligue des droits de l’homme alerte sur les graves menaces qui pèsent sur lui et exhorte les autorités françaises à le secourir

On ne donnera pas son nom, ni son âge précis. « Les talibans sont aussi débrouillards que les autres, ils savent surveiller les réseaux sociaux », avertit Jean-Marie Lelièvre, l’un des membres du comité central de la Ligue des droits de l’homme (LDH) qui s’investit aussi dans l’animation du mouvement en Dordogne. Qui les sbires des nouveaux maîtres de Kaboul pourraient-ils repérer ? Un jeune Afghan, domicilié en Dordogne depuis plusieurs années. En visite ce mois-ci dans la capitale afghane où réside sa famille, il voit le piège se refermer. Programmé le 27 août, son vol retour ne partira pas. Depuis une semaine, il tente désespérément de trouver une solution pour regagner la France.

Arrivé dans l’Hexagone en 2015 en tant que mineur isolé, il a rejoint l’un de ses oncles qui vit non loin de Périgueux. « Il est parfaitement intégré, il parle quatre langues, il a eu son bac et son permis, il est investi dans la vie associative et il doit commencer des études de médecine à la rentrée », décrit celui-ci. Titulaire, selon ses proches, d’une carte de séjour pluriannuelle délivrée au titre de la vie privée et familiale, le jeune homme est retourné pour la première fois dans son pays natal avec l’espoir de serrer enfin ses proches dans ses bras. « Quand il est parti, les talibans étaient du côté d’Herat, très loin de Kaboul. Personne n’imaginait qu’ils allaient fondre sur la capitale en si peu de temps, même pas eux ! » poursuit son oncle.

Fouetté devant l’aéroport

Comme des milliers d’autres Afghans, le jeune Périgourdin est dans la nasse. Du côté de la LDH comme de son oncle, on précise qu’il est en règle avec les autorités françaises et n’a aucun problème de visa. Mais les talibans lui barrent la route. Il a tenté de se rendre à plusieurs reprises à l’aéroport Hamid-Karzai de Kaboul, assiégé par la foule des candidats à l’exil dans un climat de panique qui menace de dégénérer à tout instant. C’est là que l’ambassade de France a été délocalisée.

Jusqu’à présent, il a échoué. Le 21 août, des talibans l’ont pris pour cible et l’ont fouetté. « J’ai pu échanger des messages avec lui et je lui ai dit de rester avec la famille désormais. C’est trop dangereux », confie son oncle, très inquiet.

Selon Jean-Marie Lelièvre, la situation de l’intéressé est d’autant plus compliquée qu’il n’entre pas dans la catégorie des Afghans prioritaires pour l’évacuation. Il n’a pas travaillé sur place pour les autorités françaises. Il dispose d’un titre de séjour en France mais il n’a pas la nationalité non plus. Dès lors, pourra-t-il bénéficier du dispositif d’exfiltration à grande échelle, mis en place entre l’Afghanistan et l’Hexagone via les Émirats arabes unis ? « La cellule de crise du quai d’Orsay est alertée, la préfecture de la Dordogne également », indique Jean-Marie Lelièvre. « J’ai multiplié les démarches, je n’ai reçu aucune réponse », déplore l’oncle du jeune homme.

« Considéré comme un mécréant »

Dans l’immédiat, le Périgourdin tente d’éviter les foudres des talibans « qui font du porte-à-porte à Kaboul pour débusquer les gens comme lui », s’alarme le représentant de la LDH. L’oncle craint également pour la liberté de son neveu. « Pour les talibans comme pour beaucoup de gens là-bas, être parti vivre dans un pays occidental et y bénéficier d’une protection signifie que l’on rejette l’islam. Il va être considéré comme un mécréant alors que c’est faux. Il est très exposé », estime-t-il. Aussi l’intéressé est-il condamné à varier les points de chute dans la capitale.

Son oncle nourrit des craintes pour d’autres membres de la famille qui, eux, n’ont jamais quitté l’Afghanistan. « L’une de ses sœurs est professeure d’anglais. Ça ne cadre pas avec l’idéologie des talibans. Pour eux, on est forcément contaminé par l’Occident si on a ce genre de profession », soupire-t-il. Il s’échine aussi à compléter des dossiers pour sa mère et ses frères qui souhaitent quitter le pays. Ceux-ci ont été militaires. « Mais toute la semaine, j’ai été mobilisé sur le sort de mon neveu, c’est l’urgence », décrit-il.

À la LDH, on veut croire que le jeune Périgourdin pourrait revenir en France d’ici quelque temps, même si son nom n’est pas coché sur les listes des passagers qui parviennent à passer les contrôles ces jours-ci. « À partir du 1er septembre, les talibans ne seront plus liés par l’accord de Doha qu’ils ont signé avec les Américains. Ils feront ce qu’ils voudront. Mais ils ont aussi des gages à donner au plan international s’ils veulent être reconnus. C’est notre espoir », convient Jean-Marie Lelièvre. À suivre

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