Les expulsions n’ont pas lieu mais des hommes par dizaine restent menacés par l’Etat et enfermés dans le sous-sol du commissariat de Bordeaux sur décision de la préfecture de Gironde qui fait tourner à plein régime les “procédures Dublin”.

A Travers Les Murs

Afghans, marocains, algériens, ces scandaleuses rétentions à Bordeaux

15/09/2021

Que s’est-il passé au sous-sol de l’hôtel de police de Bordeaux ces dernières semaines ? On en a pas mal parlé sur ces ondes : avec la crise sanitaire, le Ministère avait été contraint de limiter les capacités des CRA, sur pression des juridictions et afin de justifier le maintien de leur activité.

Simple mesure d’affichage pour prétendre limiter les contacts, alors même que les personnes en CRA ont continué de vivre dans la promiscuité, sans pouvoir appliquer les gestes barrière, partageant leurs chambres et sans politique de dépistage.

Capacité maximale dans le plus petit Cra de France

D’abord limités à 50 % des remplissages maximum, ces taux n’ont cessé d’être remontés depuis l’automne dernier. Depuis 10 jours, ces jauges ont été supprimées et les CRA reprennent leur activité à plein.

Cela s’est très vite fait ressentir : à Bordeaux, on avoisine les 18, 19, 20 personnes quotidiennement, capacité maximale pour le plus petit CRA de France. Qu’est ce qui a changé pour qu’il soit mis fin à ces restrictions ?

L’épidémie serait-elle derrière nous ? Pas besoin d’épiloguer sur cette question. A l’heure où nous sommes assommés de nouvelles restrictions – passe, obligation vaccinale – la réponse semble évidente. Toujours cette protection de la santé à double vitesse puisqu’en CRA, aucune de ces obligations n’est appliquée.

Les expulsions auraient-elles repris ? Non plus ! Les expulsions sont toujours très ralenties. En trois mois nous dénombrons 8 expulsions depuis le CRA de Bordeaux, en dehors des transferts Dublin qui eux, tournent à plein régime au détriment des personnes qui aimeraient pouvoir déposer une demande d’asile en France.

Il n’y a toujours pas d’expulsion vers l’Algérie, ni vers le Maroc depuis Bordeaux, et pourtant à elles seules, ces deux nationalités représentent près 60% du CRA (6 marocains, 6 algériens).https://lacledesondes.fr/article/afghans-marocains-algeriens-ces-scandaleuses-retentions-a-bordeaux?fbclid=IwAR0gaYu0t99iEbe8tby1rVPIf4rR07Mq_2OdYuslFbLapku3aXboEmOsPTw

Concernant l’Algérie, la cour d’appel vient de changer sa jurisprudence depuis une dizaine de jours, les algériens ne sont plus libérés malgré la fermeture persistante des frontières. Pourquoi ce revirement ? La préfecture ne produit pourtant aucun nouvel élément attestant de la reprise des expulsions… D’ailleurs, le consul ne revient toujours pas au CRA.

les préfectures continuent d’enfermer des personnes de nationalité afghane.

Malgré les annonces d’affichage du gouvernement, les préfectures continuent d’enfermer des personnes de nationalité afghane.

Pas moins de 8 afghans sont passés par le CRA de Bordeaux depuis mi-juillet, la majorité d’entre eux dans le cadre de procédure Dublin et renvoyés vers l’Allemagne ou l’Autriche. Pourtant, si l’Allemagne a annoncé la suspension des renvois vers l’Afghanistan à la mi-août, il n’en est rien de l’Autriche qui, malgré une décision de la Cour Européenne des droits de l’homme venue enrayer une expulsion au mois d’août, maintient sa volonté d’expulser les ressortissants afghans.

Il y a une petite semaine de cela, un afghan a même été placé sur le fondement d’une obligation de quitter le territoire toute récente… Il s’était fait interpeller dans le cadre du démantèlement d’un campement à Paris. Le Jude des Libertés et de la détention (JLD) l’a libéré, considérant qu’il n’y avait pas de perspective d’éloignement vers l’Afghanistan en ce moment, mais il a toujours une mesure d’expulsion pendante et la France veut le renvoyer.

Mais pourquoi ?

A priori, la réponse à la question est donc bien négative et ce n’est pas pour expulser plus, que les préfectures sont désormais autorisées à enfermer plus, puisque c’est matériellement encore très compliqué.

Dans ce contexte, le climat est forcément explosif. Depuis plusieurs jours, la tension est palpable chaque jour, les altercations ne cessent d’éclater.

“Mais pourquoi ?”, est une question qui résonne chaque jour.

Les personnes étrangères enfermées sont à bout de force ; elles ne comprennent pas, et ne supportent pas leur enfermement en cette période de crise sanitaire, sans que leur santé ne soit prise en compte et alors que beaucoup de frontières sont encore fermées ou pour d’autres pays, que les expulsions sont nettement ralenties.

Nous regrettons de ne pas avoir été en capacité de leur donner la parole aujourd’hui, mais si vous souhaitez vous entretenir avec elles, c’est possible. Elles sont joignables sur des cabines téléphoniques, tous les jours, aux numéros suivants : 05.57.01.68.22 ou 05.57.26.87.09

A bon entendeur…

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