Analyse Depuis le début de l’été, le gouvernement, garant du bon déroulé du processus constitutionnel, met des bâtons dans les roues des Constituants.

Par Marion Esnault (à Santiago),

Les premières semaines d’écriture de la nouvelle Constitution chilienne, qui devrait remplacer celle du dictateur Pinochet, laissent un goût amer. Le travail des 155 constituants, démarré le 4 juillet dernier, est semé d’embûches.

Après un mois de fonctionnement de l’assemblée, le dévouement et la créativité de ses membres ont été salués mais la présidente Elisa Loncon, linguiste indigène, et le vice-président Jaime Bassa, avocat, ont pointé du doigt le manque de collaboration du gouvernement de Sebastian Piñera.

« Je n’ai pas reçu de signe de soutien du président. S’il m’invitait au palais de La Moneda, j’irais, mais je constate qu’ils nous ont laissés tomber. Le Chili le constate. Quand nous sommes arrivés pour notre première session ici, il n’y avait rien et c’est la responsabilité du gouvernement », a dénoncé la présidente mapuche.

Elisa Loncon, après son élection à la présidence de l’Assemblée constituante chargée de rédiger la nouvelle Loi fondamentale du Chili, à Santiago, le 4 juillet 2021. JAVIER TORRES / AFP

Pas d’ordinateurs pour travailler

Au lendemain de l’émouvante inauguration du 4 juillet, la Convention Constituante a dû annuler ses deux premiers jours de travail. À l’arrivée dans l’ancien Congrès de Santiago, qui accueille les travaux de l’assemblée, tous se sont étonnés de ne trouver ni ordinateurs, ni système sonore dans les salles, ni protocole sanitaire. Face à cette situation, des organisations de la société civile, dont les universités, ont immédiatement réagi en proposant leurs locaux. Ce vent de solidarité a mis le gouvernement en difficulté dès les premières heures du processus constitutionnel.

Le 4 août, les membres de la Convention Constituante ont célébré leur premier mois dans le jardin de l’ancien Congrès autour d’une cérémonie ancestrale nommée Pawa. Malgré les tensions qui se sont accentuées entre les constituants de droite et le reste de la Convention, tous se sont symboliquement tenus par la main et ont dansé au rythme des sons andins. Elisa Loncon avait alors fait valoir, dans une interview télévisée : « Nous ne sommes pas dans des débats de droite, de gauche ou du centre ». « Ici, nous allons aborder les grands sujets du Chili et cela va beaucoup plus loin que ce qu’a été la politique ces 30 dernières années », avait-elle plaidé.

38% du budget dépensé en un mois

L’accord pour la Paix signé le 4 novembre 2019 par le président milliardaire Sebastian Piñera et des partis politiques avait donné naissance au processus constitutionnel. Il était la condition sine qua non pour calmer les protestations sociales qui secouaient le pays depuis la révolution du 18 octobre. Le gouvernement actuel est de ce fait garant du bon déroulé de l’écriture de la nouvelle Constitution. Et c’est là où le bât blesse.

Les institutions gouvernementales ont posé un cadre très étroit dans lequel les Constituants doivent se débattre. En un mois de fonctionnement, sur les douze maximums qui sont donnés aux Constituants pour relever le défi, en vue d’une approbation par référendum en août 2022, la Convention a déjà dépensé 38 % du petit budget (950 000 €) qui lui est attribué par le gouvernement. Une commission Budget a spécialement été créée et propose, d’ores et déjà, une réévaluation budgétaire.

Par ailleurs, la secrétaire générale désignée par le gouvernement pour gérer l’organisation interne de la Convention, la deuxième à ce poste en un mois, vient de déposer sa démission. « Nous, la Convention Constituante, nous n’avons pas pris part à la démission, ni à la désignation d’ailleurs, a réagi, inquiète Elisa Loncon. Nous sommes préoccupés d’avoir eu, en un mois, deux personnes à ce poste aussi important. C’est le rôle du gouvernement de trouver une personne compétente et permanente. »

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