L’ONG Human Rights Watch dévoile ce lundi 21 août un rapport selon lequel des migrants éthiopiens ont été tués par les gardes-frontières saoudiens alors qu’ils tentaient d’entrer dans le pays en passant par le Yémen. Ces meurtres pourraient constituer un crime contre l’humanité.

Une vidéo publiée sur TikTok le 4 décembre montre un groupe de migrants à la frontière de l’Arabie Saoudite. (DR)

par LIBERATION et AFP

Un massacre «à l’abri du regard du reste du monde». Les gardes-frontières saoudiens ont tué depuis l’an dernier des «centaines» de migrants éthiopiens qui tentaient de pénétrer dans la riche monarchie du Golfe passant par sa frontière avec le Yémen, a dénoncé ce lundi 21 août l’ONG Human Rights Watch (HRW). «Les autorités saoudiennes tuent des centaines de migrants et de demandeurs d’asile dans cette zone frontalière reculée», a déclaré dans un communiqué Nadia Hardman, spécialiste des migrations à HRW.

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Des centaines de milliers d’Ethiopiens travaillent en Arabie Saoudite, empruntant parfois la «route de l’Est» reliant la Corne de l’Afrique au Golfe, en passant par le Yémen, pays pauvre et en guerre depuis plus de huit ans. Le meurtre «généralisé et systématique» des migrants éthiopiens pourrait même constituer un crime contre l’humanité, estime l’ONG. «Nous parlons d’un minimum de 655 personnes, mais il est probable qu’il s’agisse de milliers», a déclaré Nadia Hardman à la BBC. «Ce que nous avons documenté, ce sont essentiellement des massacres, a-t-elle ajouté. Les gens ont décrit des sites qui ressemblent à des champs d’extermination avec des corps éparpillés sur les flancs des collines.»

Ryad accusé de «détourner l’attention» de «ces crimes horribles»

Les «milliards dépensés» dans le sport et le divertissement «pour améliorer l’image de l’Arabie Saoudite» ne devraient pas détourner l’attention de «ces crimes horribles», a-t-elle fustigé. Les ONG accusent régulièrement Ryad d’investir dans les grands événements sportifs et culturels pour «détourner l’attention» des graves violations des droits humains et la crise humanitaire au Yémen où l’armée saoudienne est impliquée.

L’année dernière, des experts de l’ONU avaient déjà fait état d’«allégations préoccupantes» selon lesquelles «des tirs d’artillerie transfrontaliers et des tirs d’armes légères par les forces de sécurité saoudiennes ont tué environ 430 migrants» dans le sud de l’Arabie Saoudite et le nord du Yémen durant les quatre premiers mois de 2022. Le nord du Yémen est largement contrôlé par les Houthis, des rebelles que les Saoudiens combattent depuis 2015 en soutien aux forces pro-gouvernementales.

Entretiens et images satellites

Pour en arriver à de telles conclusions, Human Rights Watch s’appuie sur des entretiens avec 38 migrants éthiopiens ayant tenté de passer en Arabie Saoudite depuis le Yémen, des images satellite et des vidéos et photos publiées sur les réseaux sociaux «ou recueillies auprès d’autres sources». Les personnes interrogées ont parlé d’«armes explosives» et de tirs à bout portant, les gardes-frontières saoudiens demandant aux Ethiopiens «sur quelle partie de leur corps ils préféreraient que l’on tire».

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Ces migrants racontent des scènes d’horreur : «Femmes, hommes et enfants éparpillés dans le paysage montagneux, gravement blessés, démembrés ou déjà morts», relate HRW. «Ils nous tiraient dessus, c’était comme une pluie [de balles]», témoigne une femme de 20 ans, originaire de la région éthiopienne d’Oromia, citée par l’ONG. «J’ai vu un homme appeler à l’aide, il avait perdu ses deux jambes», mais, raconte-t-elle, «on n’a pas pu l’aider parce qu’on courrait pour sauver nos propres vies».

Auprès de la BBC, plusieurs personnes qui ont tenté de passer la frontière en pleine nuit racontent les scènes d’horreurs. «Les tirs n’ont pas cessé, témoigne Mustafa Soufia Mohammed, 21 ans. Je n’ai même pas remarqué qu’on m’avait tiré dessus. Mais lorsque j’ai essayé de me lever et de marcher, une partie de ma jambe m’a échappé.» La jambe de Mustafa a ensuite dû être amputée sous le genou l’obligeant aujourd’hui à marcher avec des béquilles et une prothèse mal ajustée. Zahra (le prénom a été modifié par le média britannique) a, elle, eu tous les doigts d’une main arrachée à cause d’une pluie de balles.

D’après l’Organisation internationale pour les migrations des Nations unies, plus de 200 000 personnes tentent chaque année ce voyage périlleux qui traverse la mer de la Corne de l’Afrique jusqu’au Yémen, pour atteindre l’Arabie Saoudite. HRW appelle Riyad à «cesser immédiatement» le recours à la force meurtrière contre des migrants et demandeurs d’asile, exhortant l’ONU à enquêter sur ces allégations.

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