Victor Segalen en Chine en 1914 (Alamyimages.fr)

4éme épisode de la chronique diffusée dans l’émission du Guide du Bordeaux Colonial sur la Clé des Ondes (90.1) le mercredi 3 février à 14h et en podcast à volonté. Texte Martine Descoubes et Bertrand Gilardeau, mises en sons et en images Jean-Pierre Lefevre et Gérard Clabé . Nous vous proposons dans l’ordre la version en lecture de la présentation biographique de Victor Segalen, la vidéo réalisée à partir de cette présentation et le lien pour écouter l’émission.

VICTOR SEGALEN :    LES IMMEMORIAUX

4ème ouvrage de notre série « colonialisme et littérature », un roman de Victor Ségalen : les immémoriaux paru en 1907 aux éditions Mercure de France, sous le pseudonyme de Max-Anely. Un roman très étonnant en raison de la description quasi ethnographique de la culture polynésienne.

Victor Ségalen, est un nom particulièrement renommé à Bordeaux, notamment parce que c’était celui que portait jusqu’en 2014 l’université, située place de la Victoire devenue depuis Bx II. V. Ségalen est donc plutôt un scientifique ?

Effectivement parce que l’université en question est spécialisée dans les -sciences : de la vie, de la santé et de l’homme, et que Ségalen est médecin de formation;


Mais qu’est-ce qui le rattache à Bx, lui qui est un breton de Brest où il passe son enfance,  son adolescence et où même il mourra ?

Parce que c’est à Bordeaux qu’il accomplit sa formation de médecin, de 1897 à 1902, à l’Ecole de Santé Navale.

Et est-ce vraiment à ses qualités de scientifique qu’il doit sa réputation  ?

on peut penser raisonnablement que non, car son parcours d’ethnographe, de romancier, de poète, d’archéologue et de sinologue est surement plus emblématique que sa profession de médecin de marine.

Il s’intéresse également à la musique et écrira de nombreux ouvrages, d’ailleurs publiés essentiellement à titre posthume.

Quels sont les faits marquants de sa biographie ?

Ses missions à l’étranger : en Océanie où chargé notamment de rapatrier la succession de Gauguin dont l’œuvre le fascinera il se passionne pour la culture polynésienne, et en Chine après avoir appris le mandarin. Il a vie très courte puisqu’il meurt en 1919, à 41 ans, de façon un peu mystérieuse d’ailleurs : il souffrira tout au long de sa vie de dépression due peut-être à l’usage de l’opium et peut-être aussi à une enfance très puritaine auprès d’ une mère assez dominatrice.

Son œuvre est-elle surtout de type scientifique ?

Oui, même si l’aspect romanesque est présent, ses récits sont centrés sur des expériences de voyages : on classe son oeuvre par cycle selon la chronologie et les lieux de ses affectations

Peut-on dire que c’est un auteur qui compte dans la dénonciation du colonialisme ?

a priori oui : les immémoriaux par exemple dénonce les méfaits du colonialisme en racontant l’agonie de la civilisation maorie décimée par la présence européenne.. Par ailleurs il se refuse à littérature exotique illustrée par exemple par Pierre Loti qui, elle, s’en tient aux clichés. Sa correspondance également donne l’image d’un homme défenseur des cultures menacées. Cependant, cette correspondance a été  expurgée par sa femme et sa biographe l’universitaire Marie Dollé considère qu’il profite plus du système colonial qu’il ne défend les peuples opprimés.

Quel est le sujet des « Immémoriaux » et en quoi cette lecture est originale ?

La lecture des immémoriaux est une expérience enrichissante, novatrice. Le récit est rédigé dans une langue poétique et charnelle. La culture maori y est magnifiée, notamment parce que le point de vue est celui des polynésiens. Le texte dénonce la présence des colonisateurs qui veulent imposer les mêmes cultures, les mêmes usages aux quatre coins du monde. Enfin et surtout c’est un violent pamphlet antireligieux.

Mais est-ce réellement  est-ce un roman, comme son auteur le considérait en postulant au prix Goncourt, ou un témoignage de type ethnographique comme l’illustre sa parution plus tardive dans l’ édition « terres humaines » ?

Surement les deux ! En suivant l’histoire de Térii, lui même personnage mi-fictif mi-réel, on connait celle du pays, des différentes ethnies et des rois, ainsi que la géographie de ces Iles de la Polynésie. Comme le fait un personnage du récit, qui cherche à recueillir les histoires orales des « anciens » pour les conserver, le lecteur comprend vite comment le colonialisme et la religion chrétienne détruisent la civilisation maorie : abandon des valeurs traditionnelles, du mode de vie, et christianisation plus ou moins forcée.. mais aussi disparition physique des populations : ainsi en moins de cent ans plus de 60% de la population disparait. Enfin l’utilisation très fréquente du vocabulaire tahitien dans le texte, ainsi que les références historiques en note, dans l’ensemble du récit symbolise de fait cette dualité fiction/témoignage.

Nous vous proposons cependant un résumé du livre, et quelques extraits qui nous paraissent significatifs de l’ensemble du texte.

Résumé :

Térii, dit le Récitant, raconte “les histoires premières et les gestes qui ne doivent pas mourir », du peuple maori. Ayant failli dans son récit il s’enfuit. 20 ans plus tard, Térii revient chez lui, où la société n’est plus la même, en raison des  conflits latents entre différentes ethnies, et de l’évangélisation chrétienne. Les noms ont été « christianisés », les récits traditionnels modifiés, la messe devenue obligatoire, et les britanniques puis les français se sont installés dans les îles. Terii, rebaptisé Iakoba, prostitue sa fille pour « deux sacs de clous »,  et abandonne ses anciens compagnons  à la mort pour devenir diacre…

lien de la présentation illustrée : https://www.youtube.com/watch?v=MnVVljkKm8M

Lien pour écouter l’intégrale de l’émission https://lacledesondes.fr/audio/le-guide-du-bordeaux-colonial-2021-02-032.mp3

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