A propos du traitement sanitaire du virus, Il y a une comparaison à laquelle on n’échappe pas  : celle du fameux couple franco-allemand. Et  les chiffres sont accablants pour la France : nous en sommes au 27 avril à 29 600 décès (1) (à l’hôpital et en Ehpad)  plus 9000 morts à domicile selon une enquête d’un syndicat de médecine  générale. En Allemagne c’est 5000 au 23 avril…

Concernant les arguments qui expliquent une telle différence, écoutons l’historien Johann Chapoutot. Il éclaire, à la lumière de l’exemple allemand, les failles de la gestion française de la pandémie. Alors qu’Angela Merkel s’adresse à la raison des citoyens, « en France, on nous ment ».

Professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne, grand spécialiste du nazisme , Johann Chapoutot dans un entretien à Mediapart, décrit un pouvoir politique allemand « disponible », s’adressant à la « raison » de ses citoyens, quand l’exécutif français, « très contesté de toutes parts » avant l’épidémie, semble « préoccupé uniquement de lui-même et du raffermissement de son pouvoir » Les Allemands  ont fait ce que la médecine prescrit en cas de pandémie. Non pas un confinement de masse, qui n’a pas eu lieu en tant que tel en Allemagne, mais du dépistage, des tests systématiques ont été pratiqués en cas de symptômes légers ou graves, et les personnes malades ont été isolées et traitées.

Pourquoi l’Allemagne l’a fait, et pas la France ? Pour l’historien, l’Allemagne a  gardé les capacités industrielles de produire des tests  alors que la France a connu une désindustrialisation de masse, il persiste en Allemagne un tissu industriel de PME, qui a été sacrifié en France. L’Allemagne a donc fait, dès fin janvier, ce que l’on nous promet de faire en France après le 11 mai : dépister, isoler et traiter. sachant que l’on n’est même pas sûr, en France, de pouvoir le faire.

 Les chiffres des lits d’hôpitaux sont sidérants  dit encore Johan Chapoutot : 28 000 lits en réanimation opérationnels fin janvier en Allemagne, contre 5 000 à peine en France. Il explique que si l’Allemagne a économisé sur presque tout, en revanche  elle n’a pas économisé sur le système de santé.

Par ailleurs dit-il encore, le rapport a la démocratie et la citoyenneté est bien différent outre Rhin :

Merkel parle à la raison de ses concitoyens  par exemple : « La situation est dynamique, nous allons apprendre d’elle au fur et à mesure. […] Je vous le demande, ne vous fiez pas aux rumeurs […] Nous sommes une démocratie, nous ne vivons pas de la contrainte, mais d’un savoir partagé ».

Merkel parle à des adultes, à des citoyens rationnels. Le contraste est net avec la France, où l’on nous parle comme à des enfants. « On nous ment. On nous félicite, on nous enguirlande, on nous gronde, on nous récompense, à l’instar de Macron dans ses interventions ; ou l’on nous tance ou nous insulte, comme le déplorable préfet de police de Paris, Didier Lallement. En France, on masque l’impuissance concrète, réelle, du gouvernement par des rodomontades ridicules. « Nous sommes en guerre », avait dit Macron, auquel répond Franck Walter Steinmeier, le président fédéral allemand , calmement et fermement : « Non, ceci n’est pas une guerre. »

La structure fédérale fait qu’Angela Merkel ne peut prendre de décision sans consulter les 16 ministres présidents des Länder. En France, les mesures annoncées lors de la dernière allocution du 13 avril ont été communiquées aux ministres quinze minutes avant le discours du monarque républicain qui, verticalement et de manière transcendante, surprend jusqu’à son propre gouvernement. « C’est stupéfiant d’archaïsme. » Conclue l’historien.

Résultats des courses : quand  on estime  en France que l’épidémie pourrait nous couter 10 à 15% du Pib, on en serait entre  3 et 5% en Allemagne…

                                          Jean-François Meekel

Ps : ces chiffres datent de l’écriture du papier soit fin avril

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