C’est devenu un rituel. Chaque premier trimestre d’une année nouvelle, Mémoire de l’Espagne Républicaine 47 consacre une journée à ses activités mémorielles. Discussions, débats, projections de films, conférences voient ainsi converger vers l’assemblée générale, amis et adhérents avec d’autant plus de ferveur que l’ambiance est à la fois chaleureuse et studieuse et la traditionnelle paella d’excellente facture !
En ce début d’année 2026, il revint donc l’universitaire Bruno Vargas, président de l’association « Présence de Manuel Azana, d’éclairer les connaissances de l’assistance sur « la transition de la démocratie espagnole en construction. »
Bien du chemin a été parcouru depuis la mort du dictateur Franco le 20 novembre 1975. Et bien des obstacles ont été levés avant de rétablir la démocratie et « le plein exercice du droit du peuple. »
Bruno Varga débute son exposé avec ce qu’il désigne « le crépuscule du régime, (1973-1975) ». Un titre évocateur annonciateur des temps nouveaux. Le conférencier note aussi le nouveau visage de l’église. Durant la dictature, le clergé fut » le fer de lance et le soutien du franquisme. Un changement est apparu à partir de Vatican II soutenue par Paul VI. Un rapprochement s’est effectué avec la classe ouvrière. »
Le contexte international a aussi favorisé le développement de la démocratie : la chute de la dictature en Grèce, la révolution des oeillets au Portugal en avril 1974 , la répression féroce en Espagne suscitant les protestations européennes ont participé indirectement au renouveau démocratique. A partir de 1976, la voie du réformisme a été sanctionnée par les Cortes qui ont voté favorablement la loi pour la réforme politique à 93 %. Seuls les phalangistes ont voté contre. En décembre, le référendum maintenait la monarchie. En avril 1977, le drapeau de la monarchie était reconnu par le parti communiste qui était officiellement légalisé au même titre que les autres partis. Néanmoins, les fascistes ne désarmaient pas. Les nervis de l’extrême-droite assassinaient cinq personnes à Madrid dont trois avocats ébranlant quelque peu le processus démocratique.
Néanmoins, en juin 1977, des élections législatives libres étaient organisées, sanctionnant la victoire de Adolfo Suarez rassemblant différents courants de droite. Viendra ensuite la toujours controversée la loi d’amnistie (octobre 1977). « Une loi votée à l’unanimité y compris par les nationalistes basques et Catalans. A cette époque, les élus votent ce que la société leur demande », analyse Bruno Vargas.
La constitution de 1978 marquera une rupture définitive avec la vieille Espagne. L’article 1 confirme la monarchie constitutionnelle. Le régime des autonomies est inscrit, le débat démocratique renait au sein de la population. Le gouvernement Suarez dirige le pays de 1979 à 1981. Les grandes villes passent à gauche et le PSOE abandonne la doctrine marxiste. La gauche au pouvoir, il n’y aura pas de nationalisation, les banques et les capitalistes sont rassurés tandis que l’union des droites d’Adolfo Suarez s’effondre. Néanmoins on notera, tel un ultime spasme du crépuscule franquiste, la tentative du putsch raté d’Antonio Tejero en 1981.
« C’est en 1982 avec l’arrivée au pouvoir du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) que commence vraiment la transition démocratique » explique Bruno Vargas. « Et c’est la société qui va pousser ce changement. » Cette fois la stabilité des institutions marque la fin de la transition démocratique.
Photo . Alain Miranda à gauche) et Bruno Vargas. ph. Ancrage
