Mardi 4 février 2020. 23 heures. Cinéma L’Utopie à Sainte-Livrade-sur-Lot. (Lot-et-Garonne). Le rideau tombe sur le documentaire de Fatima Sissani « Les Résistantes » (2019) lorsque, surgie de nulle part, une voix forte s’élève : « Je suis fils de Harki. Et, je vous le dis mes frères, je ne m’attendais pas à ça mais ce film est parfait ».

En quelques mots clairs comme de l’eau de roche, ce spectateur anonyme vient de résumer sans le savoir le sentiment général qui émanera de la salle pleine à craquer.

Un constat qui ne manquera pas de raviver les regrets hérités du comportement de ceux qui avaient crié au loup avant d’avoir vu le film et provoqué par leur violence ces péripéties dont la communauté « Harki » a été la première victime.

200 spectateurs répartis dans la grande salle et la salle annexe, dont un nombre conséquent issu de la communauté « Harki.» La majorité émue par les témoignages tardifs de ces trois femmes âgées, l’une d’être elle mourra durant le tournage, engagées dans la lutte contre le gouvernement colonialiste français, pour l’indépendance de l’Algérie. Agents de liaisons du FLN (Front de Libération Nationale), arrêtées, torturées, internées en hôpital psychiatrique et arrachées à l’anonymat par la réalisatrice, plusieurs décennies après la fin de la guerre.

La qualité du débat qui a suivi a été à la hauteur de l’émotion suscitée par le film. Digne. Ce dernier a d’abord eu le mérite de tordre le coup aux derniers doutes pouvant subsister ici ou là . Non, ce film n’est pas une tribune anti-Harki. Pas une seule fois le (seul) terme de Harki est prononcé. Il est le reflet d’un engagement respectable de personnes sensibles et déterminées. Il n’est pas davantage une ode au FLN. Au contraire, chacun a pu percevoir les allusions faites sur le rôle des «résistants de la 25 -ème heure. » Ceux-là même qui massacrèrent des milliers de Harkis désarmés et abandonnés par l’État français. De ce point de vue, le débat a permis aussi de dire les épreuves endurées par la communauté, rejetée en Algérie, indésirable en France et méprisée par la collectivité. « Nous sommes déchirés en deux, ni Français, ni Algériens » a rappelé Chama Messaoudi. « L’État nous a abandonné. Ce sont des militaires qui ont désobéi qui ont sauvé mes parents. » a précisé André Azni. Une jeune femme de renchérir « Nous aussi ici, nous sommes des Résistantes » disant à la fois ses combats quotidiens et sa fierté d’avoir conduit ses enfants vers un avenir prometteur.

Patrick Figeac, l’animateur de la soirée avait prévenu. « Nous aborderons ce débat la main ouverte pas le poing tendu ». Pari tenu. Mardi soir à Sainte-Livrade la palme de la soirée pouvait être attribuée à la Démocratie.

Joël Combres

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