« Les esclaves oubliés de Tromelin » alors l’Ile du Sable, un banc de sable de quelques milliers de m2 à 500 kms de Madagascar dans l’océan Indien où s’échoua le navire négrier français, l’Utile. C’est le titre d’une bande dessinée signée Sylvain Savoia. L’auteur a participé en 2008 à la deuxième campagne de fouilles sur l’ilot avec les scientifiques du GRAN, le groupe de recherches en archéologie navale  et de l’Inrap, l’institut national de recherches archéologiques préventives. Son œuvre mêle le récit de cette expédition à l’autre bout du monde aux événements qui se sont passés il y a plus  de deux siècles et demi sur ce bout de territoire français.  

                   Fous à patte rouge et tortues de mer géantes

Nous sommes donc en 1761, l’Utile de la Cie française des Indes Orientales vient d’embarquer sur la côte malgache  160 esclaves destinés à l’ile Maurice. Une décision du seul commandant du navire et non de l’armement basé à Bayonne. Peu obéissant, ce capitaine est aussi un piètre marin qui va faire naufrage sur les récifs de l’ile du Sable. Les 142 hommes d’équipage sauveront leur peau mais seuls 60 des 160 esclaves bloqués en fond de cale vont échapper à la mort. La (sur)vie s’organise sur cette île plate  battue par les vents où s’accrochent de maigres buissons, des fous à patte rouge  qui fourniront le gros de l’alimentation  et où viennent pondre les géantes tortues de mer.

                  Abandonnés par le commandant en second

Sur l’ilot où se trouve un  point d’eau douce, unique mais vital, les deux groupes vivent chacun de leur côté. Des mois vont passer en attente d’une très hypothétique arrivée de navire jusqu’au jour où le commandant en second parvient à convaincre et son équipage et une partie des malgaches de construire un nouveau navire avec les restes du bateau naufragé qui git là à quelques mètres de la plage. Las, quand l’affaire est faîte, les Français partent sans emmener les ex-esclaves avec la seule promesse de leur faire envoyer des secours. Mais le commandant en second n’a pu faire tenir sa promesse par la Cie des Indes, ils vont passer encore des années sur ce confetti, réussissant l’exploit de maintenir un feu alimenté par le bois de l’Utile. Un jour, un  navire envoie une chaloupe avec deux hommes à bord, le frêle esquif se retourne et un seul des marins met le pied sur l’île alors que le bateau remet les voiles. Ce marin à son tour fabriquera un radeau et prendra la mer avec quelques malgaches à bord. On n’en eu jamais de nouvelles, perdus corps et biens.

Les malgaches contrairement à leur culture ont construit des abris en pierre afin de résister aux tornades

                        Sauvetage au bout de quinze ans

Restaient sur l’ilot 7 femmes et un enfant de 8 mois, seule naissance depuis la naufrage, résultat des œuvres du marin français. Enfin la délivrance vint, on était en  novembre 1976, quinze ans après le drame, la corvette La Dauphine réussit à embarquer les derniers naufragés. Recueilli par l’intendant de l’île Maurice, elle seront déclarées libres car ayant été acquises illégalement, elles ne furent pas considérées comme des esclaves et n’eurent pas besoin d’être affranchies. L’île des Sables fut ultérieurement rebaptisée l’île Tromelin, du nom du commandant de la corvette La Dauphine.

Semiavou enfin libre

Les naufragés de Tromelin ont inspiré beaucoup d’auteur, au premier chef Condorcet, plaidant l’abolition de l’esclavage dans son ouvrage Réflexions sur l’esclavage des nègres relate la tragédie de Tromelin afin d’illustrer l’inhumanité de la traite. Irène Frain publia en 2009 un roman intitulé  Les naufragés de Tromelin. La bande dessinée de Sylvain Savoia joue habillement sur les deux tableaux : la solitude d’un groupe de scientifiques enfermés volontaires pendant des mois sur ce bout de sable coupés de tout et le drame des naufragés involontaires du 18ème. L’auteur qui se met en scène passe lui-même par tous les états, tenté un instant par la robinsonnade, loin de l’agitation urbaine. Qui est aujourd’hui esclave et de quoi ?  Le récit historique est également incarné, le fil rouge est une toute jeune fille, Semiavou, « celle qui n’est pas orgueilleuse »  pas orgueilleuse mais avec une forte personnalité, elle sera la maman du petit garçon métisse, symbole sans doute de ce que peut représenter l’avenir.

Pour avoir une idée de ce que cela donne en. matière de dessin, très attachant, il faut lire le livre, publié aux éditions Aire Libre.

                                                  Jean-François Meekel     

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