C’était un médecin qui soignait avec son cœur. Mieux qu’à coup d’ordonnances. Pendant trente ans Patrick Jammes  a  protégé les Harkis au sérum de l ‘humanité, sa médecine favorite, avant qu’on ne le jette comme un malpropre sitôt prononcé la fermeture du camp de Bias. Un tour de passe-passe administratif grimant l’ex-ghetto en quartier de logements locatifs.  Paloumet. Un nom qui chante le terroir, le parfum de la prune et du sainfoin. Le tour était joué.

Patrick Jammes se retira dans les coteaux, blessé par tant d’ingratitude,  rompu par les combats,  fier d’avoir rendu la dignité à tous les cabossés d’en bas, ces célibataires qui ne l’étaient pas, qu’il rétablit dans leur honneur bafoué. Têtes hautes, drapeau devant.

Un comble pour ce libre penseur anti-conformiste,  amoureux des arts, passionné d’histoire, qu’on avait pris pour un « Amerlok » lors de son arrivée à la tête du dispensaire du camp. Ce « bout du bout » tel qu’il l’avait qualifié lui-même.

Patrick Jammes voua sa vie à la cause des Harkis. Soignant les corps, ravivant les âmes jusqu à devenir l’un d’eux. Comme l’aîné protecteur d’une grande famille meurtrie par un destin qu’il avait fait sien.

Ils étaient une bonne centaine entourant ses filles et ses proches à lui rendre un hommage civil samedi 14 janvier 2023 à Sainte-Colombe de Villeneuve, ce terroir qu’il aimait tant. Les voix de Léonard Cohen et Joan Baez ont accompagné le toubib dans son dernier voyage. Triste et merveilleux. Respect.

                                                                                                                         Joël Combres

                                                                                           

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