Mon ami Mustapha Cherchari

Récit témoignage sur le plus grand massacre délibéré de civils commis à Paris depuis la Saint Barthélémy au XVI e siècle.

(La Commune de Paris était une bataille, la rafle du Vel d’Hiv se fit sous l’occupation allemande, le 17 octobre c’était la pleine démocratie).

Au moins 200 Algériens assassinés, des centaines blessés gravement par fractures du crâne ou de membres, des milliers “expulsés vers leurs douars” mais en fait expédiés vers les “camps” et centre de torture français en Algérie.

Jetés dans la Seine, pendus aux bois de Boulogne et de Vincennes, tués sous les coups des “bidules” (matraques, équivalent de battes de base-ball), tués par balles. 50 manifestants selon les témoignages tardifs de policiers repentants furent fusillés dans la cour de la préfecture de police de Paris. 11 000 enfermés pendant plusieurs jours au palais des sports et au stade Pierre de Coubertin, vous savez l’inventeur des jeux Olympiques modernes.

Le général de Gaulle est quand même le grand responsable qui bien qu’informé a laissé faire ce massacre, afin de négocier en position de force avec le FLN.

Récit témoignage très édifiant d’un manifestant du FLN à la manif du17 octobre 1961, mon ami Mustapha Cherchari dont je n’ai plus de nouvelles. D’ailleurs si quelqu’un en a ?

J’ai connu Mustapha Cherchari dans les années 80 dans le cadre de notre soutien à la lutte contre la destruction des “hôtels meublés” (immeubles très vétustes où vivaient les travailleurs immigrés) de Barbès. Je savais qu’il avait été un grand militant que tout le monde respectait beaucoup et un des fondateurs du mouvement des travailleurs arabes en 1973 ( MTA) et initiateur de la grève des loyers dans les foyers Sonacotra. En 61 il est alors jeune ouvrier militant FLN et vit dans un foyer de travailleurs immigrés à Saint Denis. Son récit est le suivant.

“Au soir du 17 octobre comme nous le demandait le FLN, je suis parti avec plusieurs militants vers Paris. Nous avons marché pour y aller pour éviter les nombreux barrages de police et puis nous nous sommes perdus dans la manif quand les policiers nous ont chargés sans motif.

J’ai été attrapé par les policiers. On était sur le pont de Neuilly. Ils m’ont roué de coups comme les autres, c’était horrible. Partout les gens gémissaient allongés par terres, ils avaient des blessures ouvertes au crâne, au visage, certains étaient déjà morts. Les policiers jetaient les corps dans la Seine. Les vivants attendaient pour être tués. Ils leur demandaient tu sais nager ? Pensant que c’était pour les épargner la plupart répondaient, non, ce qui d’ailleurs était vrai. Alors ils les bourraient de coups de crosse de fusil et les jetaient inconscients à l’eau comme ça. Ceux qui répondaient oui, ils leurs attachaient les mains avec du fil de fer avant de les jeter à l’eau. Ils coulaient tous comme des pierres. Quand mon tour est arrivé je leur ai dit que je ne savais pas nager mais je savais nager. Comme ça ils m’ont encore donné des coups mais sans m’attacher les mains. J’ai pu regagner difficilement le bord de Seine. Ensuite j’ai cherché un taxi mais aucun ne voulait me prendre car j’étais couvert de sang. je suis rentré au foyer de St Denis à pied. Le lendemain il fallait retourner au travail car les policiers pourchassaient dans les hôpitaux les blessés et dans les grosses usines les travailleurs absents pour savoir qui était à la manifestation et les faire arrêter.

Je n’ai jamais revu les copains avec lesquels je suis parti à la manif”.

Vous savez que ce n’est pas facile de tuer quelqu’un avec des coups. le 17 octobre c’est par dizaines que les manifestants blessés furent jetés par-dessus les parapets des ponts, certains étaient mourants mais beaucoup bien que blessés grièvement furent impitoyablement achevés. Seuls l’Humanité, France-Soir et Le Parisien firent état de violences policières.

Youssef Boussoumah

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