Le cours de l’actualité est cruel, un clou chasse l’autre selon l’expression triviale en vogue dans les médias, c’est le cas pour la Palestine déjà disparue des radars alors qu’elle  vient de subir vous le savez une nouvelle expédition punitive nommé celle-ci gardien des murailles, c’est  la 5e depuis 2006 selon les comptes de Serge Halimi dans son édito du Monde diplomatique de juin. Et le confrère de fustiger la duplicité du pouvoir israélien qui en utilisant ce lexique  « maquille les assaillants en assiégés. »

Halimi comme Charles Enderlin ancien correspondant de France 2 en Israël et fin connaisseur du dossier rappellent que le Hamas est en quelque sorte une création d’Israël. Charles Enderlin fait remonter l’épisode en 1976, sous Yitzhak Rabin et Shimon Peres : le pouvoir israélien aide alors  à l’émergence d’une association islamiste au prétexte qu’il « est préférable que les Palestiniens prient et ne s’occupent pas de politique » selon les militaires israéliens . Au fil des ans et du développement de ce qui devint le Hamas, la bienveillance israélienne ira même jusqu’à juguler l’opposition aux islamistes, selon Enderlin. Las, comme le fameux golem, les apprentis sorciers ont nourris en leur sein les futurs dirigeant du Hamas et du djihad islamique. Ceux-là même qui  torpilleront les accords d’Oslo de 1993  porté par le Fatah,  de Yasser Arafat. 

Des musulmans palestiniens effectuent la prière de l’Aïd el-Fitr après deux jours de frappes aériennes israéliennes sur Gaza, le 13 mai 2021, dans le nord de la bande de Gaza.
MAJDI FATHI / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

 Aujourd’hui encore écrit Serge Halimi, mettre en avant  un tel adversaire  sert Israël et lui permet de présenter le combat d’un peuple pour disposer d’un état comme l’agression terroriste d’une organisation religieuse messianique. En intervenant avec brutalité à Jérusalem contre les fidèles sur l’esplanade des mosquées, les autorités israéliennes ne pouvaient ignorer qu’elle ferait l’affaire du mouvement islamique.

Rappelons au passage que le dernier  épisode  de cette guerre bien asymétrique s’est soldée par la mort de 230 palestiniens et de 12 israéliens. Le terme de guerre est bien  inapproprié dit Halimi :  « d’un côté une des armées les plus puissantes et les mieux équipées du monde qui dispose de l’appui sans limite des Etats Unis et qui soumet ses adversaires à un blocus terrestre et maritime de chaque instant. En face, pas un char, pas un avion, pas un navire, pas de soutien autre que verbale d’une seule capitale ». La France réussit même le coup de force d’interdire une manifestation de soutien à Paris !!!

Plus loin dans le diplo, Alain Gresh directeur du journal en ligne Orient 21 rappelle ces propos d’une autre époque politique tenus par de Gaulle au lendemain de la guerre de juin 1967 , le grand Charles étoilé eut cette formule lucide : «  Israël organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour il qualifie de terrorisme. » C’était il y a donc prés d’un demi-siècle, hélas, la tragédie dure tout comme  la déliquescence politique en Israël.  Et  on peut aussi penser que ce nouvel épisode caractérise  une forme de fuite en avant de Netanyahu afin de repousser le moment où il devra enfin répondre des accusations de corruption devant la justice .

                                                    Jean-François Meekel

ce texte fut rédigé pour une revue de presse diffusée sur la radio RIG (90.1) le vendredi 4 juin

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