L’affaire Papon débute le 6 mai 81 quand  entre les deux tours de l’élection présidentielle le Canard enchaîné révèle le passé de Maurice Papon. Secrétaire général de la préfecture de la Gironde, il fut, à ce titre,  complice de l’arrestation et de la déportation de plus de 1600 juifs entre juin 42 et août 44. Débute alors l’une des plus longues procédures de l’histoire judiciaire : Maurice Papon sera renvoyé devant les assises de la Gironde pour complicité de crime contre l’humanité en septembre 96  soit 16 ans après le dépôt des premières plaintes. Il fallut trois magistrats instructeurs successifs, une instruction cassée pour vice de forme. L’inculpation finale doit plus à l’opiniâtreté  des parties civiles qu’à une volonté politico-judiciaire de faire aboutir ce dossier , un dossier qui lève un voile pudiquement jeté sur un passé qui dérange encore. Le 8 octobre 97, enfin, débute le procès du crime de bureau opposé au devoir de désobéissance. Il faudra 6 mois pour faire le tour des rafles et des convois qui amenèrent plus de 1600 juifs girondins vers les camps de la mort… un procès au long cours plein de rebondissements. Témoins,  experts, parties civiles se sont succédé tout au long des semaines. Patiemment , la cour présidée par J Louis Castagnède a mis  au jour la difficile vérité,  celle de la France de la collaboration avec l’aide des experts, celle de Maurice Papon à travers l’énorme masse de documents, la vérité des victimes à travers les témoignages douloureux des parties civiles .

 Maurice Papon a été condamné à 10 ans de réclusion criminelle pour complicité d’arrestations illégales et séquestrations arbitraires, complicité de crimes contre l’humanité. Il a  fait  appel, puis tenté une vaine fuite en Suisse. Incarcéré à la Santé, il a été libéré au terme de 35 mois de prison.

L’auteur de ces lignes a participé de prés à cette séquence historique, couvrant l’affaire pour la télévision publique régionale depuis 1990. Il a suivi l’intégralité du procès rendant compte midi et soir du contenu des audiences. Pour une revue de l’époque, le Passant ordinaire, il a réalisé des portraits et des entretiens avec certaines parties civiles du procès, un choix personnel lié aux liens créés avec elles tout au long de ces années. Vincent Gire, photographe attaché à la revue l’accompagnait. Il a réalisé pour chaque rencontre un portrait  spécifique, apportant son propre regard sensible sur les personnages. Une version courte a été publiée dans le Passant en 1998 et 1999, les versions longues des entretiens devaient faire l’objet d’une publication ultérieure. Pour diverses raisons,  ce ne fut pas possible. Et s’il fallait trouver une justification à leur publication aujourd’hui, ce pourrait être mai 1981, il y a 40 ans la révélation des faits par le Canard enchaîné.

Elles et ils  se nomment Juliette Benzazon, Eliane Dommange, Esther Fogiel, Claude Léon, Maurice David Matisson, René Panaras, Michel Slitinsky. Des juifs des pays de l’Est qu’on nomme ashkénaze. Survivant-e-s de la Shoah, porteurs de la mémoire des leurs, nombreux, disparus dans les camps, le procès leur a rendu une partie de leur dignité, il fut le lieu de « la réception d’une souffrance »   dit Esther Fogiel.  En attendant une très hypothétique publication particulière, nous vous livrons ces témoignages/entretiens publiés sur le blog de la revue. Avec ce geste, nous voulons encore une fois honorer la mémoire et rappeler le courage, la détermination de tous ceux là, qui aujourd’hui sont partis rejoindre les leurs.

                              Jean-François Meekel      

à suivre Juliette Benzazon    

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