Des contrôles sont très régulièrement menés à bord des trains circulant entre la frontière franco-espagnole et Paris. © Crédit photo : archives Guillaume Bonnaud / SUD OUEST

Par Fabien Jans – f.jans@sudouest.fr
Publié le 14/05/2021 à 15h42

Les services de la police aux frontières s’inquiètent d’une tendance grandissante basée sur une fausse rumeur : une fois dans le train, il n’y aurait plus de risque d’être contrôlé et interpellé

Retombée depuis quelques mois, la pression en termes de mouvements migratoires au-dessus de la Bidassoa ou à travers les Pyrénées s’est intensifiée ces dernières semaines. Au cours du mois de mars 2021, la Direction départementale de la police aux frontières d’Hendaye a enregistré des chiffres équivalents à ceux du mois d’août 2018. Date marquante puisqu’elle coïncide avec un tournant, alors que l’Italie durcissait sa politique en la matière, provoquant l’ouverture d’une nouvelle route passant par l’Espagne.

La directrice de la PAF d’Hendaye, Judith Gäbel explique cette nouvelle poussée par un nombre élevé d’arrivées aux Canaries : « Des personnes qui ont été retenues là-bas à cause du contexte sanitaire mais, la période estivale approchant, ont été évacuées sur le continent et ont donc repris les voies habituelles. »

« Le train n’est pas un refuge »

Entre-temps, les agents de la PAF se sont adaptés et pour passer en France et parvenir à leur fin – pour une grande majorité, les grandes métropoles comme Bordeaux ou Paris – les migrants sont prêts à prendre des risques toujours plus élevés. En traversant la Bidassoa à la nage, comme ont pu le constater des Hendayais le 13 mars 2021. Mais aussi en tentant de remonter à pied, jusqu’à la gare de Bayonne, en longeant les rails, au péril de leur vie. Une inconscience qui inquiète fortement les services de la PAF.

Le dispositif en place sur l’ensemble de la frontière implique police, gendarmerie et sûreté ferroviaire
archives Guillaume Bonnaud / SUD OUEST

« Tout part d’une rumeur selon laquelle une fois dans le train, le plus dur est passé parce qu’il n’y aurait plus de contrôle, note Stéphane Delourme, chef d’État-major adjoint. C’est totalement faux. Il existe un dispositif efficient, coordonné au niveau local, zonal et national. Le train n’est clairement ni un refuge pour les migrants, ni la panacée pour ceux qui s’adonnent au trafic d’êtres humains. »

En civil ou en tenue, difficile d’échapper aux agents qui tissent un maillage serré, des quais des gares jusque dans les voitures des TER et des TGV. Sur l’ensemble du trajet entre Hendaye et Paris, la police aux frontières coordonne et travaille en collaboration avec la sûreté ferroviaire.

Ces personnes qui ont traversé des zones de guerres et les pires vicissitudes pour arriver ici sont des victimes

En gare d’Hendaye, le dispositif de contrôle est présent 24 heures sur 24, sept jours sur sept, « sur tous les trains en entrée comme en sortie ».

Des sanctions judiciaires

Le message est clair. C’est ce qu’espèrent du moins Judith Gäbel et Stéphane Delourme, car la science mathématique fait fi de toute considération philanthropique et au jeu des probabilités, le danger d’un grave accident se fait chaque jour plus pressant : « On les voit courir après le Topo pour s’accrocher à l’arrière, se cacher dans des trappes d’alimentation du TGV, traverser les voies ferrées en courant, ou encore des zones électrifiées, se dissimuler dans les zones de fret, se cacher à l’intérieur de véhicules transportés sur wagons », énumère encore Stéphane Delourme.

Il existe un dispositif efficient, coordonné aux niveaux local, zonal et national

À ses côtés, la directrice de la PAF se fait fort de rappeler qu’en plus du danger physique, les contrevenants s’exposent à de sérieuses sanctions judiciaires : « L’intrusion sur le domaine ferroviaire, autre qu’une gare, est l’objet d’une infraction spécifique qui peut être punie d’une peine de prison. » Six mois et 3 750 euros d’amende maximum exactement, selon l’article L2242-4 du Code des transports.

« En position de faiblesse »

Au jeu du chat et de la souris, cet avertissement ne fera que reporter la problématique sur d’autres sites. Les deux policiers en acceptent l’augure, eux qui rappellent que leur travail ne se résume pas à des interpellations dans les trains : « Nous sommes conscients que dans une grande majorité, ces personnes qui ont traversé des zones de guerres et les pires vicissitudes pour arriver ici sont des victimes, reprend le chef d’État-major adjoint. Ce sont les réseaux de passeurs qui organisent cette traite d’humains, qui s’enrichissent sur leur malheur. Au-delà, les probabilités d’exploitation, par le biais de la prostitution, de trafics de drogue, d’esclavage moderne, ne sont pas une vue de l’esprit. Parce que lorsque l’on est en situation irrégulière, on est en position de faiblesse. »

Et les deux policiers d’en appeler à la responsabilité de certaines associations, tout en soulignant le travail d’autres, comme Ruelle à Bordeaux qui sensibilise aux problématiques de traite et d’exploitation : « Les personnes victimes d’esclavagisme ou de proxénétisme peuvent obtenir une régularisation », rappelle Judith Gäbel. Une carte de séjour temporaire, voire une carte de résident peut être délivrée en cas de coopération afin de punir les auteurs des faits.

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