Le maire de Del Rio, au Texas, qui s’attend à des milliers d’autres arrivées, a décrété un état d’urgence et fermé à la circulation le pont sous lequel les migrants campent.

Le Monde avec AFP

Publié aujourd’hui à 04h03, mis à jour à 07h22

Un campement de fortune de migrants installés sous le pont international de Del Rio, aux Etats-Unis, vendredi 17 septembre 2021. MARIE D. DE JESúS / AP
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Une dizaine de milliers de migrants campaient, vendredi 17 septembre, sous un pont à la frontière sud des Etats-Unis. Ils sont arrivés à Del Rio, au Texas, en traversant le fleuve Rio Grande.

De moins de 2 000 en début de semaine, ils sont désormais plus de 10 500, selon le maire de cette ville frontalière, Bruno Lozano. Ces migrants « sont principalement originaires d’Haïti (…), ils attendent juste d’être arrêtés par les gardes-frontières » pour entamer les démarches d’autorisation de séjour, a-t-il expliqué dans une vidéo mise en ligne sur Twitter.

L’édile démocrate, qui s’attend à des milliers d’autres arrivées, a décrété vendredi un état d’urgence et fermé le pont à la circulation. « Les circonstances extrêmes appellent des réponses extrêmes, a-t-il déclaré au journal Texas Tribune. Il y a des femmes qui accouchent, des gens qui s’évanouissent à cause de la température, ils sont un peu agressifs et c’est normal après tous ces jours dans la chaleur. »

Les gardes-frontières patrouillent dans le camp à Del Rio, au Texas, vendredi 17 septembre 2021. ERIC GAY / AP

Un traitement particulier pour les familles

Dans un communiqué, les gardes-frontières ont assuré avoir augmenté leurs effectifs afin de faire face de manière « sûre, humaine et ordonnée » à la situation et avoir distribué de l’eau potable, des serviettes et des toilettes portatives aux migrants. Une fois pris en charge, « la grande majorité des adultes arrivés seuls et de nombreuses familles seront refoulés en vertu d’une règle sanitaire » adoptée au début de l’épidémie de Covid-19 pour limiter la propagation du virus, ont-ils ajouté.

Un juge fédéral a toutefois ordonné, jeudi, au gouvernement de ne plus refouler les familles dans ce cadre, ce qui pourrait compliquer la tâche des autorités, déjà confrontées à des flux migratoires historiques à la frontière avec le Mexique. Vendredi, le gouvernement a fait appel de cette décision.

Le silence de Biden fustigé

Plus de 1,3 million de migrants ont été interpellés à la frontière avec le Mexique depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, un niveau inédit depuis vingt ans. L’opposition républicaine accuse depuis des mois le président Biden d’avoir provoqué une « crise migratoire » en assouplissant les mesures de son prédécesseur, Donald Trump.

La situation à Del Rio lui a offert de nouveaux arguments. Après s’être rendu sur place, le sénateur républicain Ted Cruz a ainsi dénoncé « un désastre causé par Joe Biden ». Selon lui, les migrants se retrouvent sous le pont « parce que le président Joe Biden a pris la décision politique d’annuler les vols d’expulsion vers Haïti » après l’assassinat en juillet du président Jovenel Moïse.

Les ressortissants de ce pays pauvre et instable forment toujours une minorité des arrivées aux Etats-Unis, mais leur nombre augmente depuis plusieurs mois. De nombreux Haïtiens ont quitté leur pays après le tremblement de terre de 2010 (qui avait fait plus de 200 000 morts) et s’étaient installés en Amérique latine, notamment au Brésil. Mais trouver du travail et renouveler un permis de séjour est devenu compliqué pour des milliers d’entre eux qui ont mis le cap vers le nord.

Sensibles à leurs difficultés, plusieurs voix démocrates se sont élevées pour demander à l’administration de Joe Biden de régler rapidement la situation à Del Rio. « Ces migrants haïtiens ont déjà beaucoup souffert lors du voyage dangereux vers notre frontière, a ainsi tweeté l’élue du Congrès Ilhan Omar, une figure de l’aile gauche du parti. L’absence d’empressement à leur venir en aide est alarmante. »

Malgré les appels du maire de Del Rio à une « action rapide du gouvernement » fédéral, le président Joe Biden et ses ministres restent muets.

Le Monde avec AFP

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