Serge Simon consulte de vieux manuels scolaires issus des collections patrimoniales de la Bibliothèque nationale.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

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·  ·  ·  ·  ·  Gabrielle Paul

2021-09-30 | Mis à jour le 1 octobre 2021

Dès les débuts de l’instruction publique au Québec au 19e siècle, une certaine version de l’Histoire a été élevée au rang de vérité. Ainsi, pendant des décennies, les premiers contacts des petits Québécois avec les réalités autochtones avaient lieu avec des manuels scolaires dans lesquels représentations racistes et discours ignorants se côtoyaient.

Quant au caractère, les sauvages étaient farouches, cruels et rusés. Ils oubliaient rarement un affront. Ils scalpaient les ennemis qu’ils avaient tués et torturaient ceux qu’ils avaient pris vivants, peut-on lire dans l’ouvrage Histoire du Canada pour les enfants : à l’usage des écoles élémentaires datant de 1883.

Les Indiens se faisaient souvent la guerre. […] Le soir, ils rôdent autour des cabanes. […] Ils s’emparent d’une femme, d’un enfant, est-il écrit, cette fois-ci, dans Les missionnaires au pays des Indiens – Histoire du Canada, un manuel datant de 1951 et destiné aux élèves de première année.

Ça ramène des souvenirs. Pas toujours des bons, lance Serge Simon à la lecture de ces passages alors qu’il se trouve à la Collection nationale de la Grande Bibliothèque à Montréal.

M. Simon, ancien grand chef de la communauté mohawk de Kanesatake, se souvient très bien avoir reçu ce genre d’enseignement. Enfant, il fréquentait l’école francophone d’Oka.

Ça commence avec les prêtres essayant de nous décrire comme des sauvages. C’est nous abaisser comme non-importants. On était des sous-humains, se remémore-t-il. [Il s’agissait] d’abaisser les Premières Nations pour justifier le vol de leur territoire et essayer de les assimiler le plus possible.

Il se souvient avoir été l’objet de mépris de ses camarades de classe non-Autochtones.

Mais ce n’était pas juste dans la classe, précise-t-il. C’était souvent dans la cour d’école aussi, on me traitait de sauvage ou de chinois. Il y en a qui ont appelé ma mère une squaw

Je me souviens avoir des sentiments où j’étais pas comme les autres, poursuit-il. Quand il faut que j’apprenne à être civilisé. Ça a un impact sur […] la manière que tu te vois. 

Différents manuels d’Histoire datant des années 1950 et 1960 faisant partie des collections patrimoniales de la Bibliothèque nationale. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Moi, je comprends un peu mieux pourquoi est-ce qu’on est comme on est entre les Premières Nations et les gens du Québec, remarque Serge Simon. J’avais oublié plusieurs de ces histoires-la. Mais cela m’amène un petit peu de lumière.

La nécessité de déshumaniser l’autre

Un témoignage comme celui de M. Simon étonne peu Catherine Larochelle, professeure au Département d’histoire de l’Université de Montréal (UdeM).

Mme Larochelle a mené ses études doctorales sur les discours et les idéologies impérialistes et racistes dans le système scolaire québécois au 19e siècle et au 20e siècle. Ce qu’elle a observé c’est que dès les débuts de l’école québécoise, les Autochtones sont représentés comme des sous-humains violents, païens, miséreux et immoraux.

Cette façon de représenter permet de faire paraître les explorateurs, les missionnaires, comme des hommes civilisés, ça permet de faire un contraste très fort, souligne-t-elle.

Catherine Larochelle est professeure au Département d’histoire de l’Université de Montréal. Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

D’après Mme Larochelle, cette manière de raconter l’histoire, en usant de descriptions violentes, permet de légitimer la colonisation du territoire.

C’est pour ça qu’il y a cette démonisation de l’autre qui est autochtone, continue-t-elle. Pour construire son identité et construire sa légitimité sur le territoire, il faut vraiment envoyer le message qu’en fait l’envahisseur, ce sont les populations autochtones.

Il s’agit d’une histoire coloniale. Mais on veut la faire passer pour une histoire nationale, évidemment. Et donc, il faut légitimer la présence sur ce territoire qui est un territoire colonial et donc il faut la nationaliser.

Une citation de :Catherine Larochelle, professeure au Département d’histoire de l’UdeM

L’emphase sur la violence, imaginaire ou réelle, permet de donner ce vernis légitime et moral à la conquête coloniale, qui dans les faits n’est pas très morale, pas très chrétienne. Ça même à l’époque on le voit et il faut donc donner des arguments très forts dès la petite enfance pour ce cadre idéologique qui suit les gens toute leur vie, explique Mme Larochelle.

Extrait du manuel « Histoire du Canada pour les enfants : à l’usage des écoles élémentaires » datant de 1883 et qui fait état du comportement attribué aux Autochtones. Photo : Bibliothèques et Archives nationales du Québec

Les manuels des années 1950 sont assez graphiques, observe Benoit Gaudreault, un étudiant dont la maîtrise est dirigée par Mme Larochelle. Les scènes sont assez explicites, mêmes dans des manuels d’histoire de première année, de deuxième année. Ça revient constamment.

L’image qu’on donne aussi des premiers peuples, c’est une image de fragilité. On parle de ”pauvres indiens”, on les montre dans la misère et ça fait partie des mécanismes du colonialisme d’implantation, c’est de montrer l’autre comme fragile pour pouvoir justifier la colonisation et justifier leur disparition, explique M. Gaudreault.

Les manuels des années 1950 et 1960 insistent sur le caractère païens des Autochtones et les font passer pour des êtres irrationnels. Ces images sont tirées de « Les missionnaires au pays des Indiens – Histoire du Canada, première année » de Georges-Henri Allaire, paru en 1951. Photo : Bibliothèques et Archives nationales du Québec

Même si ces enseignements peuvent apparaître comme étant le fruit de l’Église, l’identité québécoise est tout de même intimement liée à cette construction du récit national qui déshumanise les Autochtones, signale la professeure.

La plupart des gens n’ont pas ce cadre colonial-là, mais plutôt un cadre national ou religieux, explique Catherine Larochelle. Mais en fait, dans les deux cas, ça va main dans la main avec le colonialisme. Pas juste au Canada et au Québec, mais partout le colonialisme a été imbriqué avec les missions religieuses. L’histoire du Québec est lié à l’Église catholique et c’est lié à ce colonialisme-là.

Les bons Indiens et les méchants Indiens

Dans les années 1950, la compréhension des Autochtones à travers les manuels d’histoire repose sur deux catégories : les bons Indiens et les méchants Indiens.

On voit tout simplement que les Iroquois, c‘étaient des méchants. Qu’on tuait à volonté, ce qui est entièrement faux, parce que la loi de la Grande Paix nous interdisait de faire des telles choses, remarque Serge Simon.

J’ai été très surpris quand j’ai vu ça, parce que d’après les descriptions de ces livres-là, j’étais censé être un sauvage qui n’avait aucune reconnaissance de la vie humaine. C’est insultant, ajoute-t-il.

Extrait du manuel « Mon second album d’histoire du Canada. Les Français s’établissent au pays des Indiens » de 1951, où on peut lire « Les Indiens ennemis : les Iroquois. Ils faisaient la chasse aux Français ». Photo : Bibliothèques et Archives nationales du Québec

Ces deux catégories d’Autochtones sont encore des outils de légitimation de la colonisation, soulignent les chercheurs.

Les bons sont nécessaires, parce que c’est sur eux que les missionnaires reposent leur objet apostolique et les méchants sont nécessaires parce qu’ils servent aux héros combattants comme Dollard des Ormeaux, Champlain et même Cartier parce qu’ils ont besoin d’une menace, explique M. Gaudreault.

a notion de «méchants Indiens » ou d’«Indiens ennemis » est abondamment utilisée dans les manuels scolaires de la première moitié du 20e siècle. Sur l’image : Léon Daigneault, Les Français s’établissent au pays des Indiens – Histoire du Canada, manuel de 2 e année [élève], Montréal, Frères des écoles chrétiennes, [1952?] . Collections de BAnQ. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

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Les bons, dans le cas francophone, c’est une façon de créer ce mythe du métissage et de la bonne entente, l’idée selon laquelle dès le début il y a eu des rapports cordiaux, précise Mme Larochelle.

C’est frappant à quel point on voit que dans la narration de l’histoire nationale, si on enlève les figurants autochtones du récit, qui sont des ”Indiens féroces”, il n’y a plus de récit. Il n’y a plus de héros.

Une citation de :Catherine Larochelle, professeure au Département d’histoire de l’Université de Montréal

Et sans héros nationaux, il n’y a plus cette capacité pour la communauté canadienne française de s’affirmer comme nation, à la fois au Canada, mais même sur le plan international, considère Mme Larochelle.

Sans les Autochtones, il n’y a plus Champlain, il n’y a plus Cartier, il n’y a plus les missionnaires, il n’y a plus Dollard des Ormeaux, ajoute-t-elle. L’Autre qui est nécessaire pour se penser comme nation, c’est l’Autre autochtone, mais on ne peut pas lui accorder une agentivité ou une existence historique propre, parce que le but est de dire qu’il y a eu remplacement.

Et aujourd’hui ?

À partir des années des années 1970, on note des améliorations notables dans les manuels scolaires, entre autres grâce aux changements dans les conceptions de l’enfance et de la pédagogie, selon Mme Larochelle.

Aujourd’hui, dans les plus récents manuels, il y a des améliorations, mais ce n’est pas encore parfait. Par exemple, les pensionnats sont obscurcis au niveau québécois, constate pour sa part Benoit Gaudreault. Il y a encore un malaise face à la violence des Blancs envers les premiers peuples.

Benoit Gaudreault est étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université de Montréal. Photo : Gracieuseté : Benoit Gaudreault

Entre 1850 et aujourd’hui, il y a évidemment eu beaucoup de transformations, mais la trame de fond est restée la même. J’en suis venue à penser qu’il faut vraiment arrêter d’initier les enfants québécois à cette matière-là en commençant dans le passé, dit Catherine Larochelle.

Néanmoins, Serge Simon garde espoir et croit encore à une réconciliation au niveau de l’éducation. Il y a beaucoup de choses qu’il faut changer, je crois, mais on serait capable de créer une meilleure société, quelque chose de vraiment spécial, dit-il.

Quand l’enseignement de l’Histoire sert un dessein colonial

Serge Simon lit un vieux manuel scolaire à la Collection nationale, située à la Grande Bibliothèque à Montréal.

Serge Simon consulte de vieux manuels scolaires issus des collections patrimoniales de la Bibliothèque nationale.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Gabrielle Paul2021-09-30 | Mis à jour le 1 octobre 2021

Dès les débuts de l’instruction publique au Québec au 19e siècle, une certaine version de l’Histoire a été élevée au rang de vérité. Ainsi, pendant des décennies, les premiers contacts des petits Québécois avec les réalités autochtones avaient lieu avec des manuels scolaires dans lesquels représentations racistes et discours ignorants se côtoyaient.

Quant au caractère, les sauvages étaient farouches, cruels et rusés. Ils oubliaient rarement un affront. Ils scalpaient les ennemis qu’ils avaient tués et torturaient ceux qu’ils avaient pris vivants, peut-on lire dans l’ouvrage Histoire du Canada pour les enfants : à l’usage des écoles élémentaires datant de 1883.

Les Indiens se faisaient souvent la guerre. […] Le soir, ils rôdent autour des cabanes. […] Ils s’emparent d’une femme, d’un enfant, est-il écrit, cette fois-ci, dans Les missionnaires au pays des Indiens – Histoire du Canada, un manuel datant de 1951 et destiné aux élèves de première année.

Ça ramène des souvenirs. Pas toujours des bons, lance Serge Simon à la lecture de ces passages alors qu’il se trouve à la Collection nationale de la Grande Bibliothèque à Montréal.

M. Simon, ancien grand chef de la communauté mohawk de Kanesatake, se souvient très bien avoir reçu ce genre d’enseignement. Enfant, il fréquentait l’école francophone d’Oka.

Ça commence avec les prêtres essayant de nous décrire comme des sauvages. C’est nous abaisser comme non-importants. On était des sous-humains, se remémore-t-il. [Il s’agissait] d’abaisser les Premières Nations pour justifier le vol de leur territoire et essayer de les assimiler le plus possible.

Il se souvient avoir été l’objet de mépris de ses camarades de classe non-Autochtones.

Mais ce n’était pas juste dans la classe, précise-t-il. C’était souvent dans la cour d’école aussi, on me traitait de sauvage ou de chinois. Il y en a qui ont appelé ma mère une squaw

Je me souviens avoir des sentiments où j’étais pas comme les autres, poursuit-il. Quand il faut que j’apprenne à être civilisé. Ça a un impact sur […] la manière que tu te vois. De vieux manuels scolaires sur une table de la BAnQ.

Différents manuels d’Histoire datant des années 1950 et 1960 faisant partie des collections patrimoniales de la Bibliothèque nationale.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Moi, je comprends un peu mieux pourquoi est-ce qu’on est comme on est entre les Premières Nations et les gens du Québec, remarque Serge Simon. J’avais oublié plusieurs de ces histoires-la. Mais cela m’amène un petit peu de lumière.

La nécessité de déshumaniser l’autre

Un témoignage comme celui de M. Simon étonne peu Catherine Larochelle, professeure au Département d’histoire de l’Université de Montréal (UdeM).

Mme Larochelle a mené ses études doctorales sur les discours et les idéologies impérialistes et racistes dans le système scolaire québécois au 19e siècle et au 20e siècle. Ce qu’elle a observé c’est que dès les débuts de l’école québécoise, les Autochtones sont représentés comme des sous-humains violents, païens, miséreux et immoraux.

Cette façon de représenter permet de faire paraître les explorateurs, les missionnaires, comme des hommes civilisés, ça permet de faire un contraste très fort, souligne-t-elle.Une femme se tient devant de vieux livres.

Catherine Larochelle est professeure au Département d’histoire de l’Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

D’après Mme Larochelle, cette manière de raconter l’histoire, en usant de descriptions violentes, permet de légitimer la colonisation du territoire.

C’est pour ça qu’il y a cette démonisation de l’autre qui est autochtone, continue-t-elle. Pour construire son identité et construire sa légitimité sur le territoire, il faut vraiment envoyer le message qu’en fait l’envahisseur, ce sont les populations autochtones.

Il s’agit d’une histoire coloniale. Mais on veut la faire passer pour une histoire nationale, évidemment. Et donc, il faut légitimer la présence sur ce territoire qui est un territoire colonial et donc il faut la nationaliser.Une citation de :Catherine Larochelle, professeure au Département d’histoire de l’UdeM

L’emphase sur la violence, imaginaire ou réelle, permet de donner ce vernis légitime et moral à la conquête coloniale, qui dans les faits n’est pas très morale, pas très chrétienne. Ça même à l’époque on le voit et il faut donc donner des arguments très forts dès la petite enfance pour ce cadre idéologique qui suit les gens toute leur vie, explique Mme Larochelle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Extrait du manuel « Histoire du Canada pour les enfants : à l’usage des écoles élémentaires » datant de 1883 et qui fait état du comportement attribué aux Autochtones.

Photo : Bibliothèques et Archives nationales du Québec

Les manuels des années 1950 sont assez graphiques, observe Benoit Gaudreault, un étudiant dont la maîtrise est dirigée par Mme Larochelle. Les scènes sont assez explicites, mêmes dans des manuels d’histoire de première année, de deuxième année. Ça revient constamment.

L’image qu’on donne aussi des premiers peuples, c’est une image de fragilité. On parle de ”pauvres indiens”, on les montre dans la misère et ça fait partie des mécanismes du colonialisme d’implantation, c’est de montrer l’autre comme fragile pour pouvoir justifier la colonisation et justifier leur disparition, explique M. Gaudreault. Des dessins d'Autochtones dans un manuel scolaire de 1951.

Les manuels des années 1950 et 1960 insistent sur le caractère païens des Autochtones et les font passer pour des êtres irrationnels. Ces images sont tirées de « Les missionnaires au pays des Indiens – Histoire du Canada, première année » de Georges-Henri Allaire, paru en 1951.

Photo : Bibliothèques et Archives nationales du Québec

Même si ces enseignements peuvent apparaître comme étant le fruit de l’Église, l’identité québécoise est tout de même intimement liée à cette construction du récit national qui déshumanise les Autochtones, signale la professeure.

La plupart des gens n’ont pas ce cadre colonial-là, mais plutôt un cadre national ou religieux, explique Catherine Larochelle. Mais en fait, dans les deux cas, ça va main dans la main avec le colonialisme. Pas juste au Canada et au Québec, mais partout le colonialisme a été imbriqué avec les missions religieuses. L’histoire du Québec est lié à l’Église catholique et c’est lié à ce colonialisme-là.

Les bons Indiens et les méchants Indiens

Dans les années 1950, la compréhension des Autochtones à travers les manuels d’histoire repose sur deux catégories : les bons Indiens et les méchants Indiens.

On voit tout simplement que les Iroquois, c‘étaient des méchants. Qu’on tuait à volonté, ce qui est entièrement faux, parce que la loi de la Grande Paix nous interdisait de faire des telles choses, remarque Serge Simon.

J’ai été très surpris quand j’ai vu ça, parce que d’après les descriptions de ces livres-là, j’étais censé être un sauvage qui n’avait aucune reconnaissance de la vie humaine. C’est insultant, ajoute-t-il.Extrait du manuel «Mon second album d'histoire du Canada. Les Français s'établissent au pays des Indiens » de 1951, où on peut lire « Les Indiens ennemis : les Iroquois. Ils faisaient la chasse aux Français ».

Extrait du manuel « Mon second album d’histoire du Canada. Les Français s’établissent au pays des Indiens » de 1951, où on peut lire « Les Indiens ennemis : les Iroquois. Ils faisaient la chasse aux Français ».

Photo : Bibliothèques et Archives nationales du Québec

Ces deux catégories d’Autochtones sont encore des outils de légitimation de la colonisation, soulignent les chercheurs.

Les bons sont nécessaires, parce que c’est sur eux que les missionnaires reposent leur objet apostolique et les méchants sont nécessaires parce qu’ils servent aux héros combattants comme Dollard des Ormeaux, Champlain et même Cartier parce qu’ils ont besoin d’une menace, explique M. Gaudreault.Serge Simon consulte une page de vieux manuel où il est inscrit ''Indiens ennemis''.

La notion de «méchants Indiens » ou d’«Indiens ennemis » est abondamment utilisée dans les manuels scolaires de la première moitié du 20e siècle. Sur l’image : Léon Daigneault, Les Français s’établissent au pays des Indiens – Histoire du Canada, manuel de 2 e année [élève], Montréal, Frères des écoles chrétiennes, [1952?] . Collections de BAnQ.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les bons, dans le cas francophone, c’est une façon de créer ce mythe du métissage et de la bonne entente, l’idée selon laquelle dès le début il y a eu des rapports cordiaux, précise Mme Larochelle.

C’est frappant à quel point on voit que dans la narration de l’histoire nationale, si on enlève les figurants autochtones du récit, qui sont des ”Indiens féroces”, il n’y a plus de récit. Il n’y a plus de héros.Une citation de :Catherine Larochelle, professeure au Département d’histoire de l’Université de Montréal

Et sans héros nationaux, il n’y a plus cette capacité pour la communauté canadienne française de s’affirmer comme nation, à la fois au Canada, mais même sur le plan international, considère Mme Larochelle.

Sans les Autochtones, il n’y a plus Champlain, il n’y a plus Cartier, il n’y a plus les missionnaires, il n’y a plus Dollard des Ormeaux, ajoute-t-elle. L’Autre qui est nécessaire pour se penser comme nation, c’est l’Autre autochtone, mais on ne peut pas lui accorder une agentivité ou une existence historique propre, parce que le but est de dire qu’il y a eu remplacement.

Et aujourd’hui ?

À partir des années des années 1970, on note des améliorations notables dans les manuels scolaires, entre autres grâce aux changements dans les conceptions de l’enfance et de la pédagogie, selon Mme Larochelle.

Aujourd’hui, dans les plus récents manuels, il y a des améliorations, mais ce n’est pas encore parfait. Par exemple, les pensionnats sont obscurcis au niveau québécois, constate pour sa part Benoit Gaudreault. Il y a encore un malaise face à la violence des Blancs envers les premiers peuples.Benoit Gaudreault sourit devant des bibliothèques.

Benoit Gaudreault est étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université de Montréal.

Photo : Gracieuseté : Benoit Gaudreault

Entre 1850 et aujourd’hui, il y a évidemment eu beaucoup de transformations, mais la trame de fond est restée la même. J’en suis venue à penser qu’il faut vraiment arrêter d’initier les enfants québécois à cette matière-là en commençant dans le passé, dit Catherine Larochelle.

Néanmoins, Serge Simon garde espoir et croit encore à une réconciliation au niveau de l’éducation. Il y a beaucoup de choses qu’il faut changer, je crois, mais on serait capable de créer une meilleure société, quelque chose de vraiment spécial, dit-il.

Plan large de Serge Simon qui lit un vieux manuel scolaire à la Collection nationale, située à la Grande Bibliothèque à Montréal.

https://imasdk.googleapis.com/js/core/bridge3.483.2_en.html#goog_1990517142Le Téléjournal avec Céline GalipeauVérité et reconciliation: l’enseignement de l’histoire autochtone

Plan large de Serge Simon qui lit un vieux manuel scolaire à la Collection nationale, située à la Grande Bibliothèque à Montréal.

Les Québécois doivent comprendre un jour que les Autochtones ont un historique qui est tressé, notre historique, on est tressés ensemble, dit-il. Je l’ai toujours dit, on est pas des lanières indépendantes. Nos lanières sont tressées. On ne peut pas se le nier, mais il faut apprendre de l’un et l’autre.

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Plan large de Serge Simon qui lit un vieux manuel scolaire à la Collection nationale, située à la Grande Bibliothèque à Montréal.

Les Québécois doivent comprendre un jour que les Autochtones ont un historique qui est tressé, notre historique, on est tressés ensemble, dit-il. Je l’ai toujours dit, on est pas des lanières indépendantes. Nos lanières sont tressées. On ne peut pas se le nier, mais il faut apprendre de l’un et l’autre.

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