Par Clément Bouynet – perigueux@sudouest.fr
Publié le 25/08/2021 à 21h54
Mis à jour le 25/08/2021 à 22h05

Jafar est rentré mercredi 25 août au soir. La fin d’un cauchemar pour ce jeune homme, parti au début du mois pour voir sa famille en Afghanistan, avant d’être coincé à Kaboul et de devoir fuir en urgence

Jafar, au centre, est arrivé mercredi 25 août à la gare de Périgueux. © Crédit photo : Philippe Greiller/”Sud Ouest”

« Tu as oublié mon cadeau à Kaboul ? » C’est avec un grand sourire, et un brin de malice, que Mohammad Azimi a accueilli son neveu Jafar, ce mercredi soir, sur le quai de la gare de Périgueux. Un sas de décompression bienvenu, alors que depuis plusieurs jours, le Périgourdin de 20 ans manque de sommeil après avoir assisté, de l’intérieur à la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan.

Dans le hall, les embrassades sont longues. Lucie, la tante du jeune homme, peine à retenir ses larmes. « C’est un énorme soulagement », souffle-t-elle. Chemise bleue, traits tirés, Jafar semble un peu perdu. « Le parvis a totalement changé ! », remarque le jeune homme. Il est parti le 10 août. En quinze jours, les bulldozers ont eu le temps de transformer cette place en un vaste chantier. En quinze jours, les talibans ont eu le temps de plonger dans la peur un pays entier.

Revoir ses parents

Jafar n’avait qu’une envie : retrouver, le temps de quelques jours, ses parents. Ils les avaient quittés en 2015, pour venir s’installer en Périgord. Depuis, il ne les avait jamais revus. « J’ai eu mon bac en juillet, je voulais partager la nouvelle avec eux », soupire-t-il. Rapidement, le voyage d’agrément se transforme en cauchemar. « Je n’osais pas sortir. Chaque semaine semblait durer dix ans. »

Jafar a retrouvé son oncle. Philippe Greiller

Son oncle, resté en France, suit alors de près la situation. Tandis que d’heures en heures, la situation se dégrade, il presse Jafar de quitter la province de Kapissa pour se rapprocher de Kaboul. « C’est encore très difficile de communiquer avec ma famille restée là-bas. Les talibans ont piraté mon adresse mail », témoigne Mohammad Azimi.

Retard de train

« J’étais désespéré. Je n’avais pas de réponse de la part de l’ambassade et j’étais de plus en plus isolé à Kaboul », relate le jeune bachelier. Il décide alors de partager un message sur le réseau social Twitter. Une véritable bouteille à la mer. Elle sera son salut. Une journaliste de RFI/France 24 partage son histoire. Les médias et les politiques locaux lui emboîtent le pas, favorisant son retour.

Mohammad a encore du mal à réaliser qu’il peut serrer son neveu dans ses bras : « Et en plus, le train a eu cinq minutes de retard. » Une goutte d’eau dans ce périple homérique. Depuis lundi, Jafar est passé par Kaboul, Dubaï, Paris puis Bordeaux. Aussi, le bachelier n’a qu’une seule envie. Dormir. « J’ai promis à mes amis d’aller au fast-food avec eux », sourit le Périgourdin.

Il lui faudra aussi préparer sa rentrée en première année de médecine, à la faculté de Calais, le 1er septembre. « Le temps de transition est court », constate Jafar. Son oncle en plaisante : « Ce sera “Bienvenue chez les Chti’s” ! » L’humour pour tenter de faire oublier à Jafar le cauchemar qu’il vient de quitter. Fouetté à Kaboul, le jeune homme a été marqué dans sa chair par les talibans. Et puis, il y a toutes ces images que le Trélissacois ne peut pas encore décrire. Son oncle le sait, mais poursuit son combat : « Les parents de Jafar, ses sœurs, ses oncles, ses tantes, sont encore là-bas. Ils ont aidé l’armée. Il faut les sortir de là. »

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