Alieu Maiga avec ses deux fils Mustapha et Hamidu devant l’école Ferdinand Buisson de Mérignac. © Crédit photo : V.G

Par Victor Gascouat – Victor Gascouat
Publié le 06/08/2021 à 19h34

Installé à Mérignac avec ses enfants, Alieu Maiga, originaire de Sierra Leone, a vu sa demande d’asile rejetée par la préfecture. L’homme de 37 ans espère rester en France, où son fils cadet est suivi pour des problèmes de santé

Devant les grilles de l’école Ferdinand Buisson, déserte en cette matinée d’août, Mustapha ne tient pas en place. « Allez, on y va, on va à l’école, je vais vous montrer je connais un passage secret jusqu’à la cour. » Le garçon de six ans, scolarisé dans l’établissement de Mérignac depuis 2018, doit entrer en CP à la rentrée. Son frère Hamidu, de deux ans son aîné, suit ses gesticulations avec amusement. « L’école c’est super, on a des copains, on apprend des choses, tout se passe super bien », sourit le garçon.

Vie sans-papiers

Une vie d’enfant largement perturbée par les avis d’expulsion et un quotidien stressant. En janvier dernier, la préfecture de Gironde a refusé la demande d’asile déposée par Alieu Maiga, le papa d’Hamidu et Mustapha. Le père de famille originaire de Sierra Leone craint de devoir quitter le territoire français. « Mon fils Mustapha souffre d’une neutropénie auto-immune, d’asthme invalidant et d’apnée du sommeil. Il consulte régulièrement deux médecins du CHU de Bordeaux et en a besoin », s’alarme-t-il.

Suivie par Médecins du monde, le réseau Éducation sans frontières et le CCAS de Mérignac, la famille a multiplié les démarches auprès de l’administration, afin de sortir de l’impasse. « Tout ce que je veux c’est que mes enfants soient heureux et en bonne santé, livre Alieu Maiga. Avec des papiers, je pourrai travailler au restaurant Yamato de Talence, où le patron veut m’embaucher en cuisine. »

Parcours cauchemardesque

L’espoir d’un quotidien apaisé, après une vie marquée par les drames. En 2009, Alieu Maiga quitte la Sierra Leone avec sa compagne Aïcha, afin de rejoindre la Libye. « Sur place, les noirs sont vendus en esclavage, j’ai échappé de peu à un enlèvement, assure l’homme de 37 ans. Ce pays est trop violent, nous avons pris la décision de traverser la Méditerranée en 2017. »

Aïcha, Alieu et leurs deux fils embarquent en pleine nuit avec 130 autres migrants sur un bateau pneumatique. Aucun d’eux ne sait nager. Au bout de quelques heures, le navire de fortune se perce à l’avant, où sont installées les femmes. Aïcha tombe dans les eaux de la Méditerranée et meurt noyée, tandis qu’à l’arrière Alieu secourt leur fils, passé lui aussi par-dessus bord. « Mes enfants et moi avons survécu, maintenant je veux leur permettre de vivre en France, faire des études et être soignés normalement », rapporte Alieu Maiga la gorge nouée.

« Un risque de précarisation »

Arrivés en France pour construire une nouvelle vie, Alieu Maiga et ses fils ont aujourd’hui ordre de quitter leur logement pour demandeurs d’asile du Prada Adhoma, à Mérignac. La situation inquiète au plus haut point le Réseau éducation sans frontières. « Il y a un risque évident de précarisation, expose Patrick Guerra de Cea, membre de l’association. Ils vont devoir aller vivre dans un squat, il faut aussi parvenir à scolariser les enfants dans le secteur et trouver un emploi. »

Un ensemble d’obstacles sur la route des Maiga, qui gardent espoir. L’avocat de la famille a fait appel de la décision de la préfecture de refuser l’asile à Alieu et ses fils.

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