Abdelkader et Charles Tamazount, fils de Harkis et enfants du camp de Bias, plaident auprès de leurs compatriotes en faveur d’une large union de leur communauté.
Les deux frères sont encouragés par la victoire obtenue devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme le 4 avril 2024. Pour la première fois une juridiction officielle reconnaissait « les conditions de vies indignes dans les camps qui ont hébergé » les Harkis et leurs familles après la guerre d’Algérie. Un jugement qui, au-delà de l’ouverture de droits à indemnisations, rehausse le sentiment de dignité que revendique la communauté.
On compte en France quelques 400 associations de Harkis (1) minées depuis des décennies par leur désunion quand elles ne servent pas de support à des enjeux personnels. Le chantier est titanesque pour les deux frères, soucieux de rompre avec cette spirale infernale. Leur démarche apparait néanmoins crédible au regard de leur capacité à rassembler récemment à Bias un public conséquent dont plusieurs personnalités venus de différentes régions, tels Foudil Cheglib, Mohamed Djafour. Présent aussi, Michel Mekhalfi, président de la jeune association « Mémoire des Harkis du camp de Bias » qui serait à la fois une vitrine mémorielle des horreurs passées et le ciment de cette unité.
« Ceux qui nous considèrent comme des traitres pêchent par une méconnaissance de l’Histoire, nous allons restituer la dignité bafouée de nos parents » ont réaffirmé les leaders du mouvement. Tous plaident pour « l’unité » autour de l’association de mémoire. Ils impulsent une démarche « collective » dans le but d’obtenir « réparations dont l’Etat doit s’acquitter » a martelé Charles Tamazount : « De 1963 à 1975, l’Etat français a spolié nos parents. Il devra rendre l’argent volé ! »
Les oubliés de l’Empire
Le front des batailles judiciaires qui s’annoncent ne se limite pas aux Harkis. L’an passé Charles Tamazount a rencontré Olivier Faure le rapporteur de la loi sur l’indemnisation des Français d’Indochine qui a été adoptée à l’unanimité par les députés (lire Ancrage N°95 janvier 2026). Ces échanges préfigurent une entente des « oubliés » de l’Empire qui ont souffert des mêmes indignités dans les camps de Bias et de Sainte-Livrade.
Début mars, de nouveaux contacts ont été établis entre Charles Tamazount et Julien Cao Van Tuat le co-président de l’association des Rapatriés d’Indochine de Noyan-d’Allier, autre haut-lieu de l’exil des Français d’Asie du Sud-Est. Depuis plus de vingt ans Julien Cao Van Tuat se bat pour la reconnaissance des droits de ses adhérents et dénonce la lenteur de la procédure relative à la loi d’indemnisation en souffrance au Sénat, dans l’attente d’un inscription à l’ordre du jour. La victoire remportée en justice par le Comité Harkis et Vérité instaurant droit à réparation aux victimes des camps n’est pas passé inaperçu du coté de Noyan-d’Allier.
« Le Comité Harkis et Vérité est aux côtés des français d’Indochine pour faire avancer votre légitime droit à réparation » a fait savoir Charles Tamazount à Julien Cao Van Tuat. Le magistrat sera présent au traditionnel rassemblement des Français d’Indochine au mois d’août prochain.
Si les oubliés de l’Empire font cause commune nul doute que le débat prendra une autre ampleur.
Joël Combres
(1) On estime à 40 le nombre d’associations actuellement en activité. Les autres sont en sommeil
Photo : Foudil Cheglib, (Harkis et enfants de Harkis) Mohamed Djafour, (génération Harkis) entourant Charles et Abdelkader Tamazount, (Comité Harkis et Vérité) Michel Mekhalfi, (Association de mémoire du camp de Bias)
