Vingt-quatre heures après un premier incendie criminel, un nouvel incendie a éclaté dans le campement de Cracovie, mardi 20 juillet, dans la soirée. © Crédit photo : guillaume bonnaud / SUD OUEST

Par Elisa Artigue-Cazcarra – e.cazcarra@sudouest.fr
Publié le 20/07/2021 à 23h27
Mis à jour le 21/07/2021 à 11h58

Un nouvel incendie a éclaté dans le campement de Cracovie, ce mardi 20 juillet, dans la soirée. « Il s’agit, comme lundi, d’un incendie criminel. Une vingtaine de jeunes se seraient introduits sur le campement », indique le maire adjoint de quartier, Vincent Maurin

Vingt-quatre heures après un premier incendie, le feu a de nouveau ravagé le campement de fortune de Cracovie, où vivaient près de 200 personnes de nationalités bulgare et roumaine, à côté du quartier des Aubiers, au nord de Bordeaux, mardi 20 juillet, dans la soirée. Les pompiers ont été alertés peu avant 22 heures. Les flammes, d’une intensité encore plus importante que lundi soir, atteignaient plusieurs mètres de hauteur. Encore une fois, la fumée était visible de loin. On ne déplore pas de blessé mais d’importants dégâts dans le campement. Une quinzaine de caravanes et des cabanons en bois, dans lesquels vivaient des familles, dont certaines avec des enfants, ont été détruits.

Selon le maire adjoint de quartier, Vincent Maurin, cet incendie serait une nouvelle fois d’origine criminelle. « D’après les témoignages, comme lundi, des jeunes venant des Aubiers se sont introduits sur le campement et ont mis le feu à des caravanes et cabanons avec des cocktails Molotov et des tirs de mortier d’artifice. Ils étaient une vingtaine », indiquait-il, dans la nuit.

« Ça brûlait à plusieurs endroits »

Des habitants du campement et des témoins rencontrés sur place, confirment. Tel ce jeune couple qui sortait d’une soirée chez une amie, dans une résidence voisine et a vu de grandes flammes, en passant en voiture dans l’allée de Boutaut. Ils se sont tout de suite arrêtés pour porter secours et ont alerté les pompiers. « Les habitants étaient déjà sortis du camp. Des hommes, des femmes et des enfants attendaient sur le trottoir. Personne ne criait. Ils étaient comme abattus et résignés. On est entré. Ça brûlait à plusieurs endroits. C’est là qu’on a aperçu une vingtaine de jeunes, de 15 à 20-25 ans, la plupart vêtus de sombre, qui s’affairaient autour de caravanes. Ils avaient des trucs dans les mains. On n’a pas eu le temps de voir de quoi il s’agissait. Ils nous ont pris pour des policiers de la Bac, ont crié et se sont enfuis en courant vers la cité des Aubiers », racontent Manon et Théo, lui-même pompier.

« Sils ne sont pas partis à 20 heures, on brûle tout »

Vers minuit, une trentaine d’habitants du campement attendaient toujours devant le site, dans l’espoir de pouvoir récupérer quelques affaires, des papiers, voire leur caravane si celle-ci n’avait pas brûlé. « Beaucoup de familles n’ont plus rien. Tout ça à cause de quelques mecs des Aubiers qui ont pété les plombs. C’est parti d’une embrouille, lundi, entre un Bulgare qui n’habite même pas ici et un homme âgé qui habite aux Aubiers. Le Bulgare, qui vient d’un squat à Bègles, était venu voir des amis au campement. Il a bu. En partant, il a agressé un vieil homme à l’arrêt de tram Cracovie. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre dans le quartier. Lundi soir, entre quarante et cinquante jeunes des Aubiers ont fait une descente dans le campement », raconte un jeune homme qui vit aux Aubiers et « donne un coup de main aux habitants du campement ».

« Mardi, ils ont décidé de remettre ça, poursuit-il. Des messages ont circulé sur les téléphones portables, en fin d’après-midi : « S’ils ne sont pas partis à 20 heures, on brûle tout. » J’étais dans le campement quand ils ont débarqué à une vingtaine. Ils avaient des gros pétards et de l’essence. On a tous fui. Vers 23 heures, je suis repassé aux Aubiers. Certains préparaient de nouvelles bouteilles d’essence. »

La police est restée sur place une bonne partie de la nuit, afin de sécuriser les lieux et de s’assurer qu’aucun nouveau feu ne soit rallumé.

Vue sur le camp de Cracovie, allée Boutaut. Romain Debonniere

Feu au camp de Cracovie, depuis les Aubiers

Colisan Loveteit

Dans la nuit du 20 au 21 juillet guillaume bonnaud / SUD OUEST

Selon le dernier recensement effectué par les services de l’État, il y a quelques jours, 180 personnes de nationalités bulgare et roumaine, dont une quarantaine d’enfants, vivaient dans le campement de Cracovie qui a vu le jour en février 2020. Depuis plusieurs mois, les tensions montaient avec le quartier voisin des Aubiers. Depuis l’incendie de lundi, une enquête est ouverte et confiée à la sûreté départementale

Vue depuis un balcon aux Aubiers.Vue depuis un balcon aux Aubiers.

Sabrina Fortier

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