Lot-et-Garonne : « Ancrage », déjà 20 ans à raconter le destins des immigrés d’ici
Un des portraits de l’exposition « Les Lot-et-Garonnais du monde entier », présentée pour l’anniversaire. © Crédit photo : Ancrage

Par Julien Pellicier – j.pellicier@sudouest.fr

La revue traitant de la mémoire des métissages du Sud Ouest fête son 81e numéro, samedi à Sainte-Livrade

Les Républicains espagnols, la Compagnie de travailleurs étrangers (CTE) de Fumel… La matière était là. « Et il fallait bien commencer quelque part. » Juillet 2002, les journalistes Joël Combres, Maïté Uruela et Jean-François Mézergue, à l’origine de la revue « Ancrage », publient le n°1, consacré à l’immigration espagnole. Suivront « les thématiques classiques qui illustrent le bassin de vie du Villeneuvois Fumélois », relate avec modestie Joël Combres, à la veille de la parution du 81e numéro, sans compter les hors-séries, de ce trimestriel confidentiel mais précieux.

« Le Lot-et-Garonne est le premier département d’immigration italienne d’Aquitaine”

Les immigrés italiens donnent aussi matière à de nombreux articles. « Le Lot-et-Garonne est le premier département d’immigration italienne d’Aquitaine et Midi-Pyrénées. C’est un département petit, démographiquement faible qui après la première guerre mondiale a fait venir des étrangers dans le cadre d’un repeuplement administratif. »

« Effacer les idées reçues »

La méthode de la revue des mémoires des communautés du Lot-et-Garonne, devenue depuis celle des métissages du Sud Ouest est toujours la même : « Nous racontons des parcours de vie révélateurs d’un phénomène mais qui n’englobe pas tout le sujet. Idéalement, pour les mettre en perspective, nous faisons appel en parallèle à un spécialiste, un historien. »

La confrontation des points de vue trouve sa place au fil des pages. Sans naïveté et avec modestie, « Ancrage » essaye à sa façon « de contribuer à une forme d’ouverture d’esprit. Ces histoires renvoient à un réflexe un peu inné de rejet de la part des gens envers les migrants. C’est normal. Cela fait appel à la méfiance, à la crainte de l’autre, de la différence. Elle est levée une fois la porte du dialogue ouverte. Le dialogue permet d’effacer les idées reçues. Les braves gens d’ici et les braves gens d’ailleurs arrivent à s’entendre. Et il y a parfois de belles histoires d’amour à raconter. »

SI la thématique, « par la force des choses, est permanente », Ancrage est loin d’avoir fait le tour de la question. « Nous n’avons encore jamais écrit une ligne sur le flux migratoire d’ex-Yougoslavie. Le conflit reste récent, douloureux et nous essuyons beaucoup de refus de témoignage. » D’autres, plus anciens, conservent des plaies à vif. La guerre d’Algérie par exemple.

Ancrage en partage, volet associatif très sollicité de la revue, avait eu toutes les peines du monde à organiser un colloque sur le sujet. Décalé, il s’était tenu sous surveillance des gendarmes à Sainte-Livrade. « Il a tout de même permis aux acteurs de ces mémoires en Algérie de se retrouver et s’exprimer. Notre fierté est d’avoir réuni ces points de vue différents autour d’une même table, opposés, mais qui ont tous pu s’exprimer. »

Il en sera toujours ainsi et le plus longtemps possible en version papier même si les coûts (papier, acheminement par la Poste…) deviennent difficilement supportables.

Le programme

Samedi 25 juin, au cinéma l’Utopie de Sainte-Livrade : 14 heures, accueil des participants et ouverture de l’exposition photographique « Les Lot-et-Garonnais du monde entier ». 16 heures : table ronde « Menace sur les journalistes » en présence de grands reporters. 18 heures : vin d’honneur offert par « Ancrage ». Possibilité de restauration sous forme de buffet froid sur réservation. 20 heures : Diffusion, suivie d’un débat, du film « Donbass » de Sergei Loznitsa (2018). Contact : ancragenpartage@gmail.com

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