Des vallées du Cantal aux bancs de la Sorbonne, l’écrivaine Marie-Hélène Lafon nous invite à sauter à pieds joints dans ses sources pour ancrer l’histoire dans la terre et dans la chair.

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Aurillac, Mauriac, Saint-Flour ; ses monts, ses hautes vallées, ses Puys ; ses traditions, ses contes, ses silences de plomb : le Cantal ! Avec Le Soir du chien, Sur ma photo, Les Derniers Indiens, c’est Une autre vie, ce sont Les Sources, et L’Histoire du fils. Femmes, hommes, paysans ; vaches, lait, fromage : Marie-Hélène Lafon est écrivaine et folle d’histoire !

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L’histoire dans la chair

“Ne glisse pas ailleurs, creuse sur place”. Avec cette phrase empruntée à Robert Bresson et utilisée en exergue de son tout premier livre, Marie-Hélène Lafon plante le décor, les pieds dans la terre du Cantal, les mots dans la chair.

“Il se trouve que la ferme de mes parents, c’était 33 hectares d’un seul tenant. Elle était bornée et festonnée par une rivière, la Santoire. De l’autre côté, ce n’était plus à nous”, se remémore Marie-Hélène Lafon. “Ce rapport-là (au paysage) – ce qui est à nous et ce qui n’est plus à nous – s’inscrit, sans qu’on ait besoin de faire de leçons, (…) dans le psychisme des enfants. Le paysage autour de nous prend un grain particulier parce qu’il est glosé de cette manière, jamais en termes esthétiques. On ne vous dira jamais ‘c’est beau’ ; on ne s’arrêtera pas pour regarder. Il y a un rapport au paysage qui passe par une sorte de généalogie.”

Le Cantal, ses paysages de moyenne montagne, ses odeurs, ses saisons, ses couleurs, Marie-Hélène Lafon continue de creuser ces motifs même quand elle “monte à la capitale” pour échapper à l’hérédité paysanne. La mécanisation de l’agriculture est sa chance et celle de milliers de jeunes filles rendues obsolètes par l’arrivée de tracteurs et qui ont pu inventer leur vie ailleurs.

Clé de la porte d'entrée en bois plein de la maison d'enfance de Marie-Hélène Lafon
Clé de la porte d’entrée en bois plein de la maison d’enfance de Marie-Hélène Lafon © Radio France – Thomas Beau

Sur les traces des histoires paysannes

Avec Les SourcesCézanne, ou encore Une autre vie, l’écrivaine continue aujourd’hui d’inscrire les traces d’un monde paysan percuté par la modernité, comme un témoin, une enfant espion qui remonte les cours d’eau comme on remonte le cours de l’histoire. “Il y avait peu de photos (dans ma famille,. Mais la rareté du document, à mon sens, peut faire son caractère précieux, justement, parce qu’il y avait peu de paroles. Et donc il y avait un espace énorme pour la rumination, pour flairer, pour tâter, pour supputer… La fiction et l’écriture viennent dans cet espace-là, à mon avis”, confie Marie-Hélène Lafon.

À écouter : Marie-Hélène Lafon, travailleuse du verbe

Bibliographie de Marie-Hélène Lafon

  • Une autre vie, Lamaindonne, 2023
  • Cézanne. Des toits rouges sur la mer bleue, Flammarion, 2023
  • Histoires, Libretto, édition de poche, 2023
  • Les Sources, Buchet-Chastel, 2023
  • Histoire du fils, Buchet-Chastel, 2020
  • Nos vies, Buchet-Chastel, 2017
  • Joseph, Buchet-Chastel, 2014
  • Les Pays, Buchet-Chastel, 2012
  • L’Annonce, Buchet-Chastel, 2009
  • Les Derniers Indiens, Buchet-Chastel, 2008
  • Mo, Buchet-Chastel, 2005
  • Sur la photo, Buchet-Chastel, 2003
  • Le Soir du chien, Buchet-Chastel, 2001

Références sonores

  • Archive sur la fabrication du Saint-Nectaire, Auvergne actualités, 29 novembre 1968
  • Archive de Gérard Pommier, agriculteur dans le Cantal, Nuits magnétiques, France Culture, 1988
  • Archive du reportage “Les 500 000 Auvergnats de Paris”, journal des Actualités Françaises, 11 décembre 1963
  • Archive d’Henri Pourrat sur les contes de Basse-Auvergne, Heure de culture française, France Culture, 15 septembre 1955
  • Archive d’un reportage sur Casablanca, Midi Atlantique, 1967
  • Chanson Casablanca par Georges Ulmer, 1948
  • Lecture par Raphaël Laloum de l’article “Viande” dans Pathologies verbales ou Lésions de certains mots dans le cours de l’usage d’Emile Littré, 1880
  • Chanson La Viande par Brigitte Fontaine, album Libido, label Polydor, 2007
  • Musique du générique : Gendèr par Makoto San, 2020

Chronique

À écouter : Pourquoi Aragon fut-il traumatisé par la catastrophe du métro parisien, le 10 août 1903 ?

Le Pourquoi du comment : histoire

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