Nous débutons une série de publication autour de littérature et colonialisme. Ce sont des présentations d’ouvrages préalablement diffusées dans le cadre de l’émission du Guide du Bordeaux colonial sur la Clé des Ondes, radio de la métropole bordelaise sur 90.1. Les deux auteurs font partie de l’équipe de rédaction du Guide. Après Mérimée, viendront dans un premier temps, René Maran, le seul Goncourt noir et Laurent Mauvignier, l’auteur du roman des hommes qui a donné le film éponyme que nous avons diffusé en octobre dans le cadre du colloque autour du hors série AlgérieS.   

Prosper Mérimée( 1803-1870). fut écrivain, mais aussi historien et archéologue. Ses parents, des artistes, appartiennent à la bourgeoisie cultivée de province,  lui-même fut un  pianiste réputé,  il obtient même un premier prix international européen de piano!

Il poursuit des études de droit , de philo et de  langues, il fut  traducteur de littérature russe.

Parallèlement  à la littérature, il fait une carrière administrative dans les ministères et surtout , il fut nommé: inspecteur général des monuments historiques en 1834.

Sur le versant de la carrière politique : il fut sénateur (1853) sous l’empire, et  amie de l’impératrice Eugénie.

Il est élu membre de l’académie française en 1844.

Il apparait plutôt comme un conservateur, un bourgeois cultivé et conformiste.

Paradoxalement, il  défend des principes moins conventionnels : anticlérical et contre l’institution familiale, ni mariage, ni enfants.

Il est proche des abolitionnistes pendant une époque où abolition , interdiction et autorisation se multiplient.

Prosper Mérimée

La nouvelle Tamango parait en 1829 ( aucun succès) après l’abolition prononcée par l’assemblée nationale en 1794, puis le rétablissement décidé par Bonaparte de l’ esclavage et de la traite hors de France en 1802. En 1815 au retour d’Elbe et sous la pression des puissances européennes ( congres de vienne 1815) Napoléon prononce l’interdiction de la traite, qui sera rappelée également en 1818 mais peu appliquée…tandis que les décrets d’abolition se multiplient partout dans le monde à partir de la seconde moitié du 19éme .Rappelons que c’est le  27 avril 1848 que le décret d’abolition est promulgué en France.

Ainsi en 1829, en France, même si l’esclavage est officiellement interdit, il demeure et les débats sont nombreux : Mérimée est du côté des abolitionnistes.

                                 le récit et sa vison du colonialisme

C’est dans cet esprit que parait Tamango : plaidoyer contre l’esclavage à travers une description minutieuse des conditions de vie terrible des esclaves et de leur destinée mais qui porte cependant des clichés racistes sur les Noirs.

Cette nouvelle est très réaliste, à l’image de l’œuvre de Mérimée, qui rédige aussi des récits fantastiques, mais l’on sait que le fantastique est à 95% du réalisme…(1)

A travers le portrait de Tamango, guerrier noir trafiquant d’esclaves, la narrateur décrit minutieusement les différentes étapes du trafic : la construction du bateau, la négociation,  le voyage et y ajoute la mutinerie …

S’appuyant sur des écrits d’abolitionnistes comme Thomas Clarkson,  Mungo Park les abbés Raynal et Prévost, il détaille tous les éléments caractéristiques de la Traite, ainsi que les rapports entre esclavagistes et esclaves…Cette description est volontairement froide et crue: ce réalisme met en valeur la cruauté des esclavagistes et la victimisation des esclaves….

Le récit est court, très descriptif et ne porte pas de jugement : sans doute pour laisser le lecteur se rendre compte de lui même de l’inhumanité de l’esclavage….

                                                         Résumé

Le capitaine Ledoux, commandant et constructeur du bateau négrier « L’Espérance » se rend à Joal, port sénégalais et négocie avec Tamango, chef guerrier, l’achat d’esclaves. Ivre, celui-ci lui donne sa femme Ayché. Au matin, il regrette, rejoint « L’ Espérance » où Ledoux le fait prisonnier. Tamango provoque une mutinerie, dans laquelle tous les esclavagistes sont tués…Cependant ne connaissant aucune technique de navigation, les insurgés meurent peu à peu tandis que seul Tamango est recueilli par un navire anglais et déposé, libre en Jamaïque. Il devient militaire dans l’armée britannique puis meurt d’alcoolisme….

                           Martine Descoubes et Bertrand Gilardeau

1 : autres œuvres de Mérimée : Carmen, la Venus d’Ille, Matéo Falcone, le vase étrusque, Colomba.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *